mardi 27 avril 2010

"Hey !" (Ankama éditions)


Il semblerait que les amateurs francophones de street et de pop culture aient enfin la revue qu'ils n'osaient plus même attendre. Loin des mensuels strictement dévolus à une chapelle et tout autant éloigné des bimestriels touche-à-tout et donc réellement consacré à rien, "Hey !" est un trimestriel dont le premier numéro, sorti le 18 mars dernier, devrait ravir les amateurs du genre et laisse présager le meilleur pour l'avenir.

La qualité majeure de la revue éditée par Ankama et sa collection 619 réside à n'en pas douter dans sa ligne éditoriale, dans l'ouverture dont elle fait preuve et qui témoigne pas moins d'une vraie cohérence d'ensemble. Qu'on en juge par le sommaire qui arbore des noms comme Navette, Alëxone, Ludovic Debeurme (merci pour la jolie découverte !), JR, Kris Kuksi, David B., Olivier Kosta-Théfaine, Suckadelic, Daisuke Ichiba et bien d'autres, réunissant ainsi sans complexe dans une même publication des disciplines aussi diverses que la sculpture, la bande dessinée, le street art, l'illustration, le jouet, le tatouage ou encore les arts populaires également appelés "art outsiders" à travers d'intéressants articles sur les affichistes du Ghana ou encore l'art carcéral Chicano.
Bref c'est tout le monde graphique actuel, sans chapelles ni labels, qui trouve sa place dans "Hey !", revue dont l'existence même témoigne du caractère poreux des champs disciplinaires concourant à cette culture sans nom qui est aujourd'hui celle de toute une génération.


Certes, ici comme ailleurs, on constate une nouvelle fois à quel point les éditeurs français semblent avoir peur des mots dès lors qu'il s'agit de promouvoir une culture de l'image. Cependant ce triste constat s'applique ici dans une bien moindre mesure que d'habitude car si chez "Hey !" le texte est bel et bien prié de se faire discret par rapport à l'image, il n'est pas pour autant totalement banni des pages du magazine ou réduit, comme c'est si souvent le cas dans la presse française, à quelques chapeaux vite et mal torchés. En effet, si une bonne partie des articles édités dans "Hey !" se contentent de présenter un artiste et son travail en quelques mots et surtout en images pleines pages (ce qui, étant donné la qualité du choix éditorial comme de la maquette, n'est déjà pas si mal), le magazine propose également un second type d'articles, plus fouillés et laissant directement la parole aux artistes en les invitant à commenter leur propre travail. A l'instar de l'entretien avec Alëxone ou encore comme à l'occasion du regard distancié porté par Ludovic Debeurme sur ses propres dessins, le résultat s'avère souvent passionnant. Tellement passionnant qu'on en vient à regretter que ce type d'article ne soit pas majoritaire au sommaire de ce premier numéro !


Bien qu'encore un peu trop frileuse dans ce domaine donc (pourquoi ne pas proposer plus d'articles de fond ? des critiques ? des enquêtes ?), la rédaction de "Hey !" n'en a pas moins compris que pour donner à voir des images, encore convient-il de les accompagner de textes pertinents permettant leur appréhension comme leurs interprétations. Puisqu'elle a en plus la bonté de rédiger ses articles avec professionnalisme (entendez par là que les phrases comportent des verbes conjugués et qu'au final ne subsiste aucune de ces coquilles qui polluent nombre de publications), qu'elle soit ici remerciée de ne pas prendre ses lecteurs pour des analphabètes ou des aveugles comme il semblerait que ce soit pourtant la règle quand il s'agit de s'adresser à un public réputé "jeune" et "branché"...


Quand on aura ajouté que "Hey !" est bilingue (français / anglais), qu'il ne contient aucune publicité et qu'il propose en sus des articles traditionnels des petits bonus comme une planche de stickers et un tiré à part façon comix de l'inénarrable Blanquet, on aura sans doute dit l'essentiel. Si ce n'est peut-être que, proposé dans un format à l'italienne, il force parfois son lecteur à certaines contorsions pour lire des articles composés à la verticale. Mais ce serait vraiment faire la fine bouche que de lui en tenir rigueur !
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vendredi 16 avril 2010

Superdeux plagié : sans fleurs mais avec couronne


Vous allez finir par croire que j'ai un mauvais fond. Que je suis une espèce de fouille merde qui se complaît dans la critique facile et la dénonciation tout azimut. Que je vois le mal partout en quelque sorte. Et c'est vrai qu'il n'y a rien de tel pour me faire sortir d'un silence un poil prolongé qu'un bon vieux coup de sang.

Du genre de ceux que je ressens face au plagiat par exemple. Le plagiat graphique qui devient monnaie courante dans notre monde où l'image emporte pourtant une part toujours croissante de notre attention, le plagiat qui finit par passer inaperçu tant il est vrai qu'à force de consommer de l'image à tout bout de champ on finit par ne plus même les regarder, le plagiat pour ainsi dire excusé d'avance au nom de la culture du sampling qui y est pourtant foncièrement étrangère, le plagiat jamais puni parce qu'on ne prend plus même la peine de le dénoncer et de l'attaquer tant il est généralisé.


Il se trouve que, pour une raison touchant plus à mes goûts vestimentaires qu'aux sujets qui nous intéressent généralement ici, je suis abonné à la newsletter de la marque Fred Perry. En fait je ne sais pas trop pourquoi je m'y suis abonné à cette lettre d'infos : c'est vrai quoi, c'est pas parce que j'aime bien leurs polos à couronne de laurier et à col rayé que j'ai pour autant envie de lire leur propagande commerciale. De ce fait la newsletter Fred Perry fait partie de ces mails, beaucoup trop nombreux, que je supprime chaque matin sans même prendre la peine de vérifier leur contenu. Alors qu'il y a quelques jours je m'apprêtais ainsi à liquider d'un simple clic un message intitulé "Win Festival Tickets", j'ai cependant suspendu mon geste en croyant reconnaître sur le dit mail le style d'un graphiste que j'apprécie. "Tiens, me suis-je dit, Superdeux vient de décrocher un nouveau contrat".

L'union de certaines nuances de cyan et de magenta associées à une typo :
la signature Superdeux


Sauf que cette hypothèse à peine émise, j'ai ressenti comme une gêne. Je sais bien que quand un graphiste se retrouve sous contrat avec un client il est parfois obligé de faire des concessions, d'arrondir les angles de son style pour mieux le mettre au service d'un produit ou d'une campagne, de l'adapter à son objet tout simplement. Oui je sais bien tout cela. Mais là ça ne collait toujours pas.

L'image que j'avais devant les yeux - une pub faisant état d'un partenariat entre la marque Fred Perry et le festival de musique Dot to Dot - ne fonctionnait pas. Ou plutôt elle ne fonctionnait pas en tant qu'image dont Superdeux aurait été l'auteur. Certes on reconnaissait bien là le style de typo que le graphiste lillois aujourd'hui expatrié affectionne tant, son goût pour les phylactère bien ronds bien dodus, et puis surtout bien entendu sa manière de représenter de manière ludique et sonique le matériel propre au monde de la musique dont il est par ailleurs partie prenante. Last but not least, l'utilisation qui est faite sur ce visuel de certaines nuances de cyan et de mangenta que Superdeux associe systématiquement depuis des années faisait pour ainsi dire office de signature. Certes.

Dernière incarnation de l'univers graphico-musical de Superdeux :
le jouet Auto (Artoyz originals)

Sauf que la typo c'était ça sans vraiment l'être... Et puis surtout je ne réussissais pas à imaginer Superdeux utiliser une telle trame en arrière plan, pas plus d'ailleurs que je ne pouvais me résoudre à le voir dessiner un tel micro avec de tels onglets scotchés sur un tel pied. Ca tient à peu de chose parfois le style non ?

Pour en avoir le coeur net j'ai donc cherché une signature sur le visuel incriminé. En vain. Je suis allé chercher l'info sur le site de la marque. Sans plus de succès. Et me suis donc résolu à interroger directement Superdeux... qui m'a confirmé ne pas connaître cette image et à plus forte raison ne pas en être l'auteur. Un nouveau cas de plagiat donc, un nouveau cas de plagiat qui comme tant d'autres restera certainement impuni, mais un nouveau cas de plagiat que j'aurais au moins la satisfaction de savoir dénoncé.


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