mardi 28 juillet 2009

Louis Calaferte / Fernando Vicente


"Coiffée, légèrement maquillée, en pantalon et gilet cintré, elle est une déchirure de beauté".

"Elle enviait de "mourir" dans l'amour, qu'elle envisageait sous une forme sacrificielle.
Décor mortuaire de sa chambre, draps de soie noire, un crâne de mort que reflétait avec le lit la grande glace fixée au mur".


"Tu vois le petit lacet ? Il n'y a qu'à le tirer par un bout, toute l'ouverture du décolleté se défait d'un coup jusqu'à la taille".

"Dans la demi-obscurité de la rue, on croirait qu'elle émerge des murs eux-mêmes, soudain présente, apparition étrange, sa main cherchant un instant le sexe, disparue ensuite aussi soudainement dans une entrée dont elle claque la porte".


"- C'est ici que je vis. Ce n'est pas très luxueux, mais petit à petit je fais en sorte que ce soit beau. Quand je le peux, j'achète une belle chose ou on me l'offre.
D'une attendrissante dignité.
- Un jour, je voudrais habiter une grande, grande maison, remplie d'objets d'art, qu'elle soit belle partout, dans toutes les pièces, j'aime la beauté. Le monde est trop laid. Je me battrai pour avoir cette maison. J'en ferai une maison de rêve.
M'embrassant la main.
- Je t'inviterai. Pour te recevoir, je m'habillerai tellement bien que je serai éblouissante. Après, je ferai ma pute".


"Je suis toute décousue".

"Parfois, dans la rue, ou ailleurs, j'ai envie de m'effondrer en larmes tant le regard des yeux sur moi me blesse. Il y a de la haine de la part des hommes et des femmes et, de la part de certains hommes, le désir de m'avilir par leur sexe".


Words : Louis Calaferte, "La mécanique des femmes", Paris, Gallimard, 1992.
Pics : issues des série "Vanitas" et "Anatomia" de Fernando Vicente.

Autres articles relatifs aux écorchés :
- Des entrailles plein les yeux :
- Des entrailles plein les yeux (suite)
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jeudi 23 juillet 2009

Affaire ZEVS contre Giorgio Armani



Les faits sont aujourd'hui connus de tous : invité par la galerie Art Statements de Hong Kong pour y proposer une exposition personnelle de ses travaux (du 16 juillet au 30 septembre prochain), l'artiste français ZEVS s'est fait alpaguer par la police locale dans la nuit du 12 au 13 juillet dernier alors qu'il installait un de ses fameux "liquidated logo", en l'occurrence celui de la marque Chanel (sticker et peinture), sur la façade d'une boutique Giorgio Armani...

Comme on pouvait le craindre (faut-il rappeler que Hong Kong est revenu dans la giron chinois depuis 1997 ?) l'affaire a pris une bien mauvaise tournure puisque, alors que son procès a été reporté au 14 août prochain, son passeport lui a été retiré par le procureur Bina Chainrai de manière à ce qu'il ne puisse pas quitter le territoire jusque là. En outre la direction du shop Armani lui réclame pas moins de 6 millions de dollars hongkongais au titre des dommages et intérêts !


Visiblement paniqué par cette situation, ZEVS a mis en ligne un appel à l'aide assez pathétique sur Facebook :

"Ne sachant pas comment réagir Armani à annoncé plus de 6MHK$ de dégât, ce qui à déclenché un fort effet médiatique ici. Armani utilise la pierre calcaire de Saint-Maximin pour ses magasins. C'est une pierre très chère, il est vrai que ce n'est pas facile à nettoyer car elle est fragile et absorbe la peinture.
C'est la raison pour laquelle le bureau de design auquel a fait appel Armani à dit dans l'urgence avant mon jugement qu'il ne pouvait pas nettoyer et qu'il fallait reconstruire toute la façade.

J'ai de mon coté contacté l'entreprise avec qui j'avais fait la fresque propre sur le musée Danois, d'après eux c'est possible de nettoyer ce type de pierres à l'aide de produits chimiques et peut être un peu de gommage.

Nous sommes en train d'organiser les choses pour tenter le nettoyage de la quinzaines de pierres touchées ( à certain endroit il ne s'agit que de fines coulures : le logo était un autocollant ).

Je suis passé au tribunal la semaine dernière, mais naïvement j'avais accepté un avocat commis d'office. Il a mal géré ma défense. J'ai du rendre mon passeport : je suis donc bloqué en Chine.


D'après mon nouveau avocat Chinois, il serait très utile que je puisse avoir des lettres de soutien de personnalités influentes, disant qu' il y a un sens artistique dans mes actions, que je ne suis pas un mauvais gars et que cette action s'inscrit dans une continuité d'expositions et d'interventions à l'internationale, etc.

Ces lettres seront importantes pour faire prendre conscience au juge que l'intention était artistique et non criminel et que le "gag" à mal tourné.

J'espère vraiment pouvoir régler cette situation à l'amiable avec Armani et Hong Land et réussir à effacer la trace Chanel du mur Armani avant le 14 aout, date du prochain passage au tribunal.


Je suis en contact avec Agnes b. Si Christophe Girard, Antoine de Galbert ou Paul Ardenne peuvent formuler quelque chose ca m'aiderait beaucoup . . .


Signé : ZEVS
"

Il ne s'agit bien évidemment ici de juger, tranquillement installé devant mon mac, la situation d'un frenchy qui doit craindre de se voir embringuer dans une affaire à la "Midnight Express". Quand on voit l'ambiance qui règne dans un commissariat français, on ose à peine imaginer l'accueil qui a du lui être réservé par les autorités chinoises.

Il n'empêche, cette affaire et le SOS envoyé par l'artiste ne peuvent que susciter quelques réflexions dont la plupart, d'ailleurs, excède le seul cas de ZEVS.


Première remarque d'ordre purement factuelle : le message reproduit ci-dessus a été récupéré dans l'article que William Rejault a mis en ligne sur le site LePost ; il n'apparaît pas ou plus sur la page Facebook consacrée à ZEVS. Interrogé à ce sujet l'administrateur du dit groupe affirme n'être au courant de rien...

De ce fait on ignore si le dit message a été réellement mis en ligne sur cette page comme l'indiquent plusieurs sources. Si tel est le cas il a depuis été supprimé. Pour les mêmes raisons on ignore également si le message est ici retranscrit dans son intégralité. On peut d'ores et déjà noté qu'en l'état ZEVS n'y fait pas mention des deux comparses hongkongais qui l'accompagnaient dans sa virée nocturne et qui se sont fait embarqués avec lui. C'est dommage : on aurait bien aimé également connaître le sort réservé par la justice chinoise à ses travailleurs de l'ombre...

Plus fondamentalement ce qui interpelle dans cet appel à l'aide c'est l'écart entre la dimension subversive revendiquée de la démarche artistique (l'installation de Hong Kong avait pour objectif d'interpeller sur la guerre des marques et de le faire façon hors-la-loi) et l'adresse à l'establishment, dictée par les nécessités de la défense, dont témoigne le message de ZEVS.

Bien entendu, dans la cadre d'une défense devant les tribunaux, mieux vaut faire valoir des témoignages de soutien provenant de critiques reconnus plutôt que d'amitiés urbaines au casier judiciaire bien rempli. De même, quand il s'agit de réunir rapidement une forte somme d'argent, mieux vaut frapper à la bonne porte (quand on a la chance d'en connaître l'adresse) que de faire la manche devant Monoprix.

Il n'empêche que revendiquer son appartenance à une prétendue contre-culture et faire appel dans le même temps à l'establishment dans l'espoir de pouvoir se prévaloir de son soutien, cela ne fait pas très sérieux.

De même on est en droit de s'interroger sur le crédit à apporter à une démarche artistique visant à stigmatiser l'emprise des marques sur la société lorsqu'elle conduit à venir quémander son soutien à une autre marque (Agnès b. n'étant pas uniquement, que je sache, une mécène avisée). Cette guerre des marques là est bien curieuse qui voit se confronter Chanel à Giorgio Armani avec le soutien d'Agnès b.


Cette histoire a ainsi au moins le mérite de nous rappeler - si besoin en était - que les street artistes, même s'ils choisissent un domaine d'action non conventionnel sinon subversif (parfois même pour des motivations politiques), n'en sont pas moins de simples artistes et non des guerilleros ou de potentiels martyrs à la bonne cause (laquelle d'ailleurs ?) comme le donnent à penser certaines images d'Epinal aujourd'hui encore largement véhiculées.
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lundi 20 juillet 2009

SpongeBob au panthéon des icônes pop !


C'est l'été, la presse écrite voit ses publications mincir à vue d'oeil et ses contenus éditoriaux laisser la part belle à des sujets dits "légers". Il n'y a pas de raison qu'il en aille autrement sur le web. Pour preuve, le sujet de notre billet d'aujourd'hui n'est autre que... Bob l'éponge !

Omniprésent sur les écrans de télé depuis 1999 (date de diffusion de la première saison de cette série réalisée par Stephen Hillenburg et produite par Nickelodeon), Bob l'éponge a depuis été décliné sous forme de long métrage, de jeux vidéos et d'objets en tout genre à destination des enfants... et pas seulement. Car c'est peu dire que l'éponge carrée affublée d'un pantalon trop court et de chaussettes blanches à rayures - de son vrai nom SpongeBob SquarePants - a su devenir en 10 ans une véritable icône pop et qu'elle fait aujourd'hui parti du panthéon des personnages issus de la BD, de l'animation ou du jeu vidéo (genres réputés mineurs et à destination de la jeunesse) connus de tous au même titre que Mickey, PacMan et autre Hello Kitty.

Jouets Burger King customisés par Kozik

Personnage désormais culte de la culture pop mondiale, Bob l'éponge s'est comme il se doit vu récupéré, utilisé, détourné, pastiché par tout ce qui existe en matière de sub- et de contre-culture. On ne compte plus aujourd'hui le nombre de graffitis, de pochoirs ou de collages dressant dans la rue le portrait, fidèle ou pas, de Bob l'éponge.

Preuve aussi de son adoption dans le domaine de la culture réputée "underground", SpongeBob fait parti, depuis 2008 et l'exposition "Saturated" accueillie par la galerie Emmanuel Perrotin de Miami, du bestiaire de Kaws. Ainsi a-t-il droit, lui aussi et au même titre que les Schtroumpfs ou les Sympsons, à ses yeux en croix, gimmick graphique de l'artiste-entrepreneur dont la cote ne cesse de grimper.


En 2008 également, Spongebob s'est vu adoubé par Nigo, pape de la hype nippone qui n'a pas hésité à lui consacrer une collection entière de sa marque A Bathing Ape comprenant sneakers, t-shirts et objets en tout genre.


Pas étonnant dans ces conditions que Medicom se soit enfin décidé à introduire Bob l'éponge dans la grande famille des Be@bricks. Pour le coup la firme de jouets japonaise n'a pas fait dans la demie mesure puisque ce ne sont pas moins de deux modèles distincts de Be@bricks Spongebob qui ont été produits à l'occasion de la sortie toute récente de la série 18. En outre la marque vient de présenter, dans le cadre de l'édition 2009 de sa Medicom Toy Exhibition, un modèle de Be@rbrick Bob l'éponge au format 400 % qui devrait bientôt voir le jour.


Alors quoi, la cité aquatique de Bikini Bottom serait-elle devenue "the place to be" ? Visiblement oui... Quant aux raisons de cet engouement, difficile de les identifier, comme souvent en pareil cas. Peut-être l'exposition "Bob l'éponge comme vous ne l'avez jamais vu", présentée jusqu'au 21 novembre prochain au Pavillon de l'eau de Paris et qui se propose notamment de répondre à la question "comment cette éponge est devenue une icône branchée adulée même par les stars (Michelle Obama, Marc Jacobs, Johnny Depp...) ?" apportera-telle quelque éclaircissement à ce sujet. Ce qui vaut pour la première dame des Etats Unis d'Amérique doit bien valoir pour Kaws ou Nigo non ?


Et puis, même si tel n'est pas le cas, voir Spongebob squatter de grandes oeuvres du patrimoine artistique signées Van Gogh, Botticelli ou Magritte doit valoir en soi le détour !


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mercredi 15 juillet 2009

Histoire d'un pan de mur pas comme les autres (Haring, Haring fac simile, Os Gemeos)


Premier acte
Eté 1982, Keith Haring fait son trajet quotidien entre son domicile et l'atelier qu'il occupe dans le quartier de SoHo, New York City. Passant au coin de Houston Street et de Bowery il observe un mur dégueulasse délimitant un ancien terrain de sport envahi par les détritus et les rats... Il décide alors de le peindre pour redonner couleurs et gaieté à ce quartier qu'il aime tant.

Partant du constat que personne ne s'est soucié jusque là de ce morceau de béton totalement laissé à l'abandon, il conclut qu'il n'est pas utile de demander l'autorisation à qui que ce soit pour lui offrir une nouvelle vie. Pendant deux jours, avec son pote Juan, il nettoie donc l'ensemble avec le plus grand soin, recouvre le mur d'une couche de blanc puis appose couleurs et lignes noires. Le tout dans l'indifférence générale.

Bientôt cependant la dite indifférence laisse place à l'émerveillement : pour l'occasion Haring, qui n'est d'ailleurs pas un habitué de ce genre de grandes fresques murales, a en effet utilisé des couleurs vives au possible, presque fluorescentes. C'est un véritable feu d'artifice permanent dans la grisaille de ce quartier.

Pourtant, à peine quelques semaines plus tard, Haring décide de recouvrir lui-même cette ode à la joie de vivre. Entre temps les couleurs ont perdu de leur éclat initial et l'artiste ne peut se résoudre à voir ses fameuses silhouettes de breakdancers et son non moins fameux visage hilare à trois yeux comme ternis par le soleil. La fresque restera cependant durablement encrée dans les mémoires de par sa qualité et sa taille exceptionnelle d'une part, et d'autre part parce qu'elle a été photographiée par des milliers de personnes, dont notamment Tseng Kwong Chi auquel Haring lui-même demanda de garder trace de son travail.



Deuxième acte
2008 : Haring aurait alors 50 ans si les années sida n'étaient pas passées par là. Afin de rendre hommage à son talent la Keith Haring Fondation et la galerie Deitch Projects décident d'unir leurs efforts pour redonner vie à cette oeuvre aussi prématurément disparue que son créateur. Avec le soutien de Goldman Properties, le propriétaire légal du mur, ils commissionnent donc Gotham Scenic pour faire réapparaître, exactement au même endroit que par le passé, la fameuse fresque de 1982.

Société spécialisée dans la confection de décors de théâtre, Gotham Scenic utilise comme matériau de base les clichés de l'oeuvre originale pris par Tseng Kwong Chi et, grâce à un procédé aussi high-tech qu'ingénieux, parvient rapidement à proposer un fac-simile de la fresque de Haring en lieu et place de l'original disparu. Le mur est inauguré le 04 mai 2008. Les new-yorkais comme les touristes n'en croient pas leurs yeux et bientôt le coin de Houston street et de Bowery devient un véritable lieu de pèlerinage pour tous les amateurs du peintre.



Troisième acte

On imagine donc sans peine le choc suscité par la nouvelle qui, en début de semaine dernière, fit le tour de SoHo comme de la blogosphère à la manière d'une traînée de poudre : la palissade était en train d'être totalement recouverte par des individus dont on ne savait alors rien si ce n'est qu'ils étaient bien équipés (engins de chantier et tout le toutime !) et qu'ils semblaient travailler en toute sérénité comme s'ils possédaient les autorisations pour ce faire !

Rapidement ils délaissèrent les rouleaux pour les sprays et commencèrent à créer leur propre oeuvre en lieu et place de celle de Haring. Il fut alors patent pour tout le monde que loin d'appartenir à une société de nettoyage ou d'être des vandales peu scrupuleux de l'histoire de l'art, les deux compères en action n'étaient autre que le duo brésilien Os Gemeos. Bientôt la galerie Deitch Projects revendiqua l'opération.

La nouvelle fresque ornant le mur au coin de Houston Street et de Bowery est désormais finie. Resplendissante et réalisée dans les couleurs chaudes et vives propres au collectif brésilien qui n'en est pas à son coup d'essai en matière de peintures monumentales, elle semble ainsi réaliser à sa manière le souhait initial de Haring : ensoleiller le quartier et lui offrir, à la manière d'une bague passée au doigt, un ornement à la hauteur de son charme. Loin de remplacer l'oeuvre de Haring dont ne demeurait finalement qu'une simple copie grandeur nature, elle lui rend au contraire le plus bel hommage qui soit en lui répondant à quelques dizaines d'années d'intervalle.



NB : L'exposition Keith Haring All-Over au BAM de Mons est ouverte jusqu'au 13 septembre prochain.


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jeudi 9 juillet 2009

Le picture-disc réinventé


Pour ceux qui l'ignoreraient encore, l'art du stencil a son site de référence : Stencil History X. Administré par Samantha Longhi, laquelle affirme en toute lucidité et sans fausse modestie "je me suis spécialisée dans cette obsession qu'est pour moi le pochoir. L'idée est que, si l'on est intéressé par ce medium, on sache qu'on va pouvoir tout trouver à son sujet sur SHX", Stencil History X fut d'abord un livre édité fin 2007.

C'est aujourd'hui devenu une entreprise fleurant bon le DIY et le respect des artistes présentés, une petite entreprise aux multiples ramifications - blog bilingue, organisation d'expositions, galerie on line commercialisant les créations de nombreux artistes - faisant pourtant plus penser à un bon vieux label de rock alternatif qu'à une multinationale sans scrupules.


La référence plus ou moins explicite à Bondage Records et autre Gougnaf Mouvement n'est bien entendu pas innocente puisque c'est bien cette époque (époque où "Nazi punks fuck off" était encore un titre des Dead Kennedys et non un t-shirt fluo commercialisé par une marque de "street wear") et ce milieu (celui, du rock, du punk et des principes non dissolubles dans la bière) qui constituent les principales racines de la pratique du pochoir moderne, pratique que SHX défend de nos jours avec tant de fougue. Elle se justifie en outre eu égard au sujet qui nous intéresse aujourd'hui, à savoir la mise en vente sur SHX d'une série de pochoirs proposés sur support 33 tours vinyls.

Réalisés par des artistes tels que Jef Aérosol, YZ, Artiste ouvrier ou encore Epsylon Point, ces disques ont pu être vus, pour la plupart d'entre eux, lors d'expositions organisées à New York et à Berlin. Certains, plus rares, sont venus grossir après coup l'étrange catalogue de disques "stencilisés" proposés par SHX, à l'instar de ceux conçus par Nice Art, pochoiriste précisément spécialisé dans le disque personnalisé et abandonné dans la rue en guise de potlatch.


Ces stencils sur vinyls présentent l'intérêt de créer un pont entre la culture punk-rock dont ils sont tous, qu'ils le veuillent ou non, plus ou moins directement redevables et celle, plus récente, de la customisation, de la personnalisation par différents artistes d'un seul et même support. Déjà, en 2005, Jef Aérosol avait bien compris la richesse d'une telle démarche lorsqu'il avait organisé l'exposition collective et itinérante "Dites 33" dans laquelle 33 plasticiens s'étaient vu confier l'amusante tâche d'inventer ou de revisiter 333 pochettes de 33 tours au fameux format (aussi esthétique que peu pratique) 31, 5 x 31, 5 cm.

Cette fois ce n'est plus à la seule pochette mais à son contenu, au sacro-saint disque vinyl lui-même, que les artistes réunis par Samantha Longhi se sont attaqués, transformant ainsi le picture-disc de naguère, souvent kitsch et toujours produit en série limitée, en objet unique et original témoignant d'une identité artistique forte et singulière.


La quarantaine de pochoirs sur 33 tours ainsi collectés est donc aujourd'hui disponible à la vente sur le site SHX. On notera pour conclure qu'en proposant ces oeuvres à des tarifs tout à fait raisonnables (entre 150 et 500 €), Stencil History X jette ainsi un éclairage sans concession sur les prétentions (d'ailleurs le plus souvent cruellement démenties par les faits) des différentes ventes aux enchères qui pullulent actuellement en France et dont le seul objectif semble être de gonfler artificiellement la cote de certains artistes pour rendre leur travail définitivement inaccessible au plus grand nombre.


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lundi 6 juillet 2009

Banksy désamorcé


Banksy expose au Bristol Museum jusqu'au 31 août prochain. L'information, massivement relayée par tout ce qui existe en matière de média branché street culture, n'a pas pu vous échapper. Quant au contenu même de la dite exposition, les photos et les vidéos se comptant par centaine sur le net, il n'est déjà plus nécessaire de faire le déplacement à Bristol pour s'en faire une idée aussi exacte que possible.
Tout a donc déjà été écrit sur cette prétendue "exposition de l'année". Si ce n'est peut-être qu'elle n'est précisément pas cet événement incontournable que tout le monde s'accorde à louer, si ce n'est sans doute qu'elle ne l'est pas parce qu'elle ne peut l'être.


Certes le fait de voir l'enfant terrible de Bristol se voir confier l'honorable institution qu'est le Bristol Museum n'est pas anodin. Certes Banksy est sans aucun doute possible l'un des artistes les plus talentueux de ce qu'il est convenu d'appeler le "street art". Certes les pièces exposées dans l'exposition "Bristol Museum versus Banksy" sont pour la plupart d'entre elles de belles réussites. Certes enfin la scénographie de l'ensemble semble avoir été particulièrement bien pensée : détournements de la statuaire classique en lieu et place des dites statues accueillant généralement le visiteur dans la salle principale du musée, implantation judicieuse de pièces réalisées en octobre 2008 à l'occasion de l'installation new yorkaise "The village Pet Store and Charcoal Grill" - bâtonnets de poisson tournant en rond dans un bocal, nuggets de poulet bêquetant de la sauce barbecue, etc. - dans la salle du musée habituellement dévolue à l'histoire naturelle, détournements de toiles de style académique présentés au coeur de la collection permanente du Bristol Museum...


Mais quel est le problème alors ? Comme bien souvent avec le street art, art contextuel s'il en est, le problème vient des circonstances : en l'occurrence la présentation de ces travaux, sous forme d'exposition, au Bristol Museum.
Et là je m'interromps de suite pour éclaircir directement un quiproquo potentiel : ce n'est pas la question de la "crédibilité" de l'artiste des rues exposant en musée qui m'intéresse ici mais celle de l'efficacité de son travail, de son impact attendu et de son effet réel.

Sur ce point, précisément, je reste sur ma faim. Ce que Banksy tente ici de reproduire c'est ce qu'il a déjà si bien fait par le passé, à savoir provoquer chez l'observateur, via l'amusement, des questionnements d'une part sur le statut de l'oeuvre d'art, de l'artiste et de l'amateur d'art et, d'autre part, sur ce que les critiques d'art appelleraient des "sujets de société" et que nous dénommerons quant à nous des "enjeux politiques". Sauf que ce qui manque ici c'est l'effet de surprise, l'étonnement susceptible de provoquer les interrogations susmentionnées. A cet égard, ce n'est certes pas la même chose de tomber sur une Mona Lisa au visage de smiley en se promenant au Louvre que de venir sciemment admirer les talentueux détournements de l'artiste en allant visiter le Bristol Museum. Une telle exposition ne prive certes pas les créations de Banksy de leur humour et de leur signification mais elle les déleste indiscutablement de leur force, de leur impact possible et de leur caractère subversif.


On m'objectera sans doute que l'exposition "Bristol Museum versus Banksy" a l'immense mérite de permettre de voir effectivement les oeuvres de l'artiste tandis que, pour la plupart d'entre nous, nous ne connaissons des détournements du passé, illégalement installés en musée, que les photographies publiées ça et là, les dits détournements n'ayant en général pu profiter d'une durée d'exposition excédant quelques minutes.

Et je rétorquerais que même ainsi simplement archivées sur photos, ces oeuvres avaient plus de force que celles, d'égal intérêt par ailleurs, qu'il est actuellement loisible à chacun d'aller admirer à Bristol. J'irais même plus loin encore en affirmant que le simple fait de savoir que ces oeuvres existaient, sans même pouvoir les voir en photo, m'aurait suffit et que, dans l'absolu, elles auraient ainsi conservé tout leur intérêt et toute leur force. Car ce ne sont pas tant les qualités plastiques (aussi exceptionnelles soient elles) des oeuvres qui sont intéressantes dans la démarche de Banksy que sa démarche précisément.


Malgré l'apparente contradiction que semble receler un tel raisonnement les créations de Banksy ne sont pas tant faites pour les amateurs de son art que pour ceux qui ne le connaissent pas, voire ceux qui n'apprécient guère son travail. C'est à ce (non)public là qu'elles s'adressent en priorité. Et c'est précisément là ce que vient contredire cette exposition que l'on visite pour voir du Banksy, cette exposition où l'on peut découvrir des pièces qui, infiltrées dans un musée, auraient été particulièrement percutantes et à même de faire évoluer quelques mentalités et qui, accueillies ici en grandes pompes, ressemble plus à une immense blague potache qu'à un dispositif artistique et subversif.

Se réjouir de l'exposition "Bristol Museum versus Banksy" c'est se contenter de voir Banksy être institutionnellement reconnu et entrer de plein pied dans l'histoire de l'art. On ne demande beaucoup qu'à ceux dont on sait pouvoir attendre bien plus encore : je préférerais pour ma part le voir poursuivre, avec le talent qu'aujourd'hui tout le monde lui accorde, son action de dynamitage des conventions artistiques et des idées dominantes. Il sera bien temps quand il sera mort et enterré de lui consacrer pareille rétrospective et de considérer la dimension politique et artistique de son action passée comme appartenant à l'histoire...


Crédit photos : Sabeth717
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mercredi 1 juillet 2009

Entretien avec l'association BonArt (workshop + expo "Les Pragois")


Le Centre Tchèque de Paris accueille depuis le 18 juin dernier une exposition collective - "Les Pragois" - réunissant différents représentants du street art tchèque et français : Jan Kalab (aka Point), Matej Olmer, Michal Skapa, Jan Zdvorak d'une part et Samuel François, Honet et Olivier Kosta-Théfaine (aka Stak) d'autre part. Réalisées à l'occasion d'un workshop les oeuvres créées spécifiquement à cette occasion et entrant en interaction avec les caractéristiques du lieu restent visibles jusqu'au 12 septembre 2009.

A cette occasion, Some Cool Stuff en profite pour poursuivre son petit tour d'Europe initié en mai dernier avec le street art polonais dont nous avait entretenu Mamz' L Ka. Cette fois c'est Klara Vomackova de l'Association BonArt (organisatrice du workshop) qui s'y colle !

Volume de Michal Skapa et installation de Jan Zdvorak

Pour commencer, pourriez-vous vous présenter et nous expliquer le rôle qui est le vôtre dans cette initiative?
Nous sommes l'Association tchèque BonArt (ONG), qui renoue avec un évènement marquant de l´année dernière à Prague - le festival de street art et graffiti, NAMES. Plus d´une quarantaine d' artistes du monde entier s'y étaient rencontrés et des oeuvres extraordinaires avaient été créées. Nous y avons découvert des artistes, pas seulement tchèques, que nous considérons comme des figures importantes de l'art contemporain. Notre rôle, si l'on peut le dire cela comme ca, ou plutôt notre effort, a été de les rassembler une nouvelle fois et de montrer leur travail. Nous avons donc conçu "Les Pragois" à cette fin.

Fresque de Jan Kalab

Quel a été le moteur de ce projet et pourquoi prend-t-il place au Centre tchèque de Paris qui n'est pas, a priori, un lieu dévolu aux subcultures ?
Apres NAMES, un évènement spécial pour Prague et la République Tchèque, beaucoup de gens se sont aperçu que l´art né dans la rue n'est pas seulement une révolte d´Egos mécontents mais aussi une expression artistique, une partie de la culture visuelle. Le directeur du Centre Tchèque a trouvé les "pièces" intéressantes et il nous a offert la possibilité de faire travailler les artistes ensemble une nouvelle fois. Il a mis à leur disposition l´espace du Centre. La subculture est présente dans notre "sur-culture" depuis longtemps.

Création de Matej Olmer

A l'inverse de beaucoup d'initiatives actuelles qui demandent aux street artistes et autres graffeurs de peindre et d'exposer leurs travaux sur toiles, vous avez fait le choix d'une formule autre : un workshop et une invitation à s'approprier librement les lieux. Pourquoi ce choix ?

Les artistes choisis sont ceux que nous considérons comme étant particulièrement significatifs dans leur forme d´expression. La caractéristique principale des créateurs de street art et de graffiti est leur capacité de s´adapter à n'importe quel espace. L'autre intérêt de ce workshop c'est de leur permettre de communiquer entre eux pendant la création et de créer une oeuvre éphémere. L´éphémère est également une valeur essentielle pour ce genre d´expression visuelle. On peut certes travailler sur une toile ou sur un mur mais la toile c'est déja une autre histoire...

Création de Stak

Le choix des artistes invités ne se cantonne pas aux strictes limites de ce que l'on a coutume de désigner par "street art". C'est là une manière d'affirmer une conception des arts urbains plus large, plus ouverte qu'elle n'est généralement décrite ?

Matej Olmer et un des plus importants graffeurs de République Tchèque. Ce que vous pouvez trouver au Centre Tchèque, vous pouvez également le trouver sur les murs de Prague. Son travail témoigne d'un langage passionné prenant aussi bien la forme d'une signature que celle de compositions plus compliquées. Jan Zdvorak est dans le même cas, bien qu'ayant une démarche artistique différente : il transforme des lettres en objets 3D. Pour l' exposition "Les Pragois", il a composé sa signature - Hattap - avec des toiles. Vous aurez compris que notre idée est de montrer l'art urbain comme un espace ouvert et large.

Installation de Jan Zdvorak

Quelle est l'ampleur du phénomène street art en République Tchèque et comment est-il accepté ?
Comme je l'ai dit tout à l'heure, NAMES a permis au public tchèque de comprendre que le street art ne se limite pas à un tag sur la façade d'un monument historique. Aujourd'hui, le street art commence a être un phénomène réel en République Tchèque : il n'est plus uniquement perçu comme une forme de vandalisme.

Installation de Samuel François

Y constate-t-on, comme en France par exemple, une certaine forme de reconnaissance, sinon d'institutionnalisation, avec ventes aux enchères, grandes expositions, discours bienveillants dans les médias culturels, etc ?
Pas encore. Cela n´existe pas ici. Mais cela est notamment du au fait qu'il n'existe pas encore un marché de l'art comme on en trouve en France ou en Europe occidentale. Il y a certes des débats à ce sujet dans les médias, mais ceux-ci sont de peu d'influence. S'il commence à être accepter, cela se fait de manière spontanée sans qu'il y ait pour autant de longs discours à ce sujet.

Installation de Samuel François

Quelles sont les tendances lourdes du street art en République Tchèque en matiére de médiums utilisés comme en matière d'esthétique ? Y retrouve-t-on des thématiques ou des traitements que l'on pourrait considérer comme relevant spécifiquement de la culture tchèque ou doit-on au contraire, en ce domaine comme en tant d'autres, conclure à une forme d'uniformisation, de mondialisation ?
Une des caractéristiques du street art tchèque, ce sont les objets 3D présents aujourd'hui un peu partout et qui travaillent avec sensibilité sur les environnements urbains. A la suite de Point, qui a construit le premier tag en 3D a Prague, on peut maintenant croiser des dizaines d'autres installations 3D dans les rues. Cependant, le graffiti "classique" est toujours présent et celui-ci s'inscrit dans le cadre d'une culture et d'une esthétique "mondiale" dans son principe même.
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