lundi 29 juin 2009

Sade / Nelson Garrido


"La certitude où nous devons être qu'aucun dieu ne s'est mêlé de nous et que, créatures nécessitées de la nature, comme les plantes et les animaux, nous sommes ici parce qu'il était impossible que nous n'y fussions pas, cette certitude sans doute anéantit, comme on le voit, tout d'un coup [les] devoirs [...] dont nous nous croyons faussement responsables envers la divinité ; avec eux disparaissent tous les délits religieux, tous ceux connus sous les noms vagues et indéfinis d'impiété, de sacrilège, de blasphème, d'athéisme, etc., tous ceux, en un mot, qu'Athènes punit avec tant d'injustice dans Alcibiade et la France dans l'infortuné La Barre. S'il y a quelque chose d'extravagant dans le monde, c'est de voir des hommes, qui ne connaissent leur dieu et ce que peut exiger ce dieu que d'après leurs idées bornées, vouloir néanmoins décider sur la nature de ce qui contente ou de ce qui fâche ce ridicule fantôme de leur imagination.


Ce ne serait donc point à permettre indifféremment tous les cultes que je voudrais que l'on se bornât ; je désirerais qu'on fût libre de se rire ou de se moquer de tous ; que des hommes, réunis dans un temple quelconque pour invoquer l'Eternel à leur guide, fussent vus comme des comédiens sur un théâtre, au jeu desquels il est permis à chacun d'aller rire [...] Je ne saurais donc trop le répéter ; plus de dieux, Français, plus de dieux, si vous ne voulez pas que leur funeste empire vous replonge bientôt dans toutes les horreurs du despotisme ; mais ce n'est qu'en vous en moquant que vous les détruirez ; tous les dangers qu'ils traînent à leur suite renaîtront aussitôt en foule si vous y mettez de l'humeur ou de l'importance. Ne renversez point leurs idoles en colère : pulvérisez-les en jouant, et l'opinion tombera d'elle-même.


En voilà suffisamment, je l'espère, pour démontrer qu'il ne doit être promulgué aucune loi contre les délits religieux, parce que qui offense une chimère n'offense rien, et qu'il serait de la dernière inconséquence de punir ceux qui outragent ou qui méprisent un culte dont rien ne vous démontre avec évidence la priorité sur les autres ; ce serait nécessairement adopter un parti et influencer dès lors la balance de l'égalité, première loi de votre nouveau gouvernement."


Words : Sade, "Français, encore un effort si vous voulez être républicains", Paris, Max Milo, 2004.
Pics : Nelson Garrido
Lire la suite...

vendredi 26 juin 2009

Quand Michael Lau se mélange les ficelles


La chose est entendue, l'artiste hongkongais Michael Lau serait le pionnier du phénomène "designer toys". Lorsqu'il décide en 1998, à l'occasion d'une exposition de ses travaux, de transposer ses propres personnages - les Gardeners - en vinyle et en 3D, il donne en quelque sorte là le coup d'envoi d'un mouvement dont, 10 ans plus tard, même les plus réticents à la chose plastique ne peuvent affirmer qu'il est anecdotique dans le domaine des arts graphiques.

Pape de l'urban toy (soit le designer toy dans sa version hip-hop) grâce aux Gardeners et autres Crazy Children, Lau a depuis démontré sa capacité à explorer d'autres univers graphiques, s'intéressant parfois à la science-fiction (série des Off World Creatures), au sport (série des Mr Shoes par exemple ou, plus près de nous, les différentes versions du Jordon), aux figures tutélaires du jouet d'artiste (superbe MFJK rendant hommage en un seul jouet à Futura, Jarvis, Kaws... et à lui-même) ou encore au cinéma (set SK3 inspirés de différents films de Stanley Kubrick).
A l'occasion aussi, Lau ne rechigne pas à accoler son nom à côté de celui de telle ou telle grande marque (Nike, Maharishi ou encore X-Large) pour la sortie de jouets officiellement "labellisés".


Le prochain jouet de Michael Lau sera d'ailleurs de cette famille puisqu'il portera le sceau de la Paramount. Produit par MINDstyle, The Godfather devrait être commercialisé à l'occasion du prochain salon SDCC (San Diego Comic-Con). Après Orange mécanique, 2001: l'odyssée de l'espace et Full Métal Jacket, c'est donc au plus que fameux Parrain de Francis Ford Coppola que Lau s'attaque avec cette création atypique.

D'une taille de 8 pouces (12 avec les ficelles), The Godfather version Michael Lau a en effet la particularité de se présenter sous la forme d'une marionnette. On ignore à ce jour si celle-ci sera une véritable marionnette susceptible de se mouvoir selon le bon vouloir de celui qui serait tenté de la manipuler (les ficelles semblent bien réelles mais, a contrario, l'axe partant de la tête du jouet donne à penser que celui-ci serait condamné à demeurer dans sa position initiale) mais, somme toute, peu importe.

Car ce qui choque dans cette adaptation toyesque du fameux mafioso campé à l'écran par Marlon Brando c'est l'erreur d'interprétation - pour ne pas dire le contre-sens - que représente la décidément fausse bonne idée de Lau de figurer Don Vito Corleone sous la forme d'une marionnette. Certes, tout le monde à en tête le superbe logo du film de Coppola, ce titre blanc sur fond noir, très graphique, mettant en scène une main de marionnettiste. Mais qui connaît un tant soit peu le chef-d'oeuvre de Coppola ou encore le roman de Mario Puzo dont il est tiré ne saurait se tromper sur le sens a donné à cette métaphore de la marionnette : c'est bien le parrain qui en tire les ficelles, qui manipule son entourage comme les politiques, les magistrats, les habitants des quartiers qui sont sous son autorité. Ce n'est certes pas lui qui est le pantin de qui que ce soit...


Peu importe que Lau s'adonne aux joies du produit dérivé, passe aussi le fait que certains détails de son jouet ne soient pas fidèles au Don Corleone incarné par Brando, mais le représenter sous la forme d'un pantin, voilà qui aura bien du mal à être accepté, sinon par les collectionneurs acharnés de jouets (lesquels se montrent généralement plus enclins à dégainer leur carte bancaire à la moindre sortie de toys qu'à s'interroger sur leur véritable intérêt), du moins par les cinéphiles !
Lire la suite...

mardi 23 juin 2009

Report : exposition "Le tattoo moderne" à Lille, jusqu'au 20 août


Il fut un temps où le tatouage était affaire de marins, de repris de justice et autres légionnaires. L'art du tatou se pratiquait alors de manière essentiellement amateur et il faut bien dire qu'il n'était pas nécessaire d'être sorti des Beaux-Arts pour se faire soi-même trois points prétendument noirs sur la joue ou pour orner l'avant-bras d'un pote d'un calvaire du plus bel effet.

Aujourd'hui les salons de tatouage et de piercing qui ouvrent à tous les coins de rue ressemblent plus à des cabinets de dermatologie qu'à des arrières sales de troqué sur le port d'Amsterdam et je ne serais pas plus étonné que ça d'apprendre que ma belle-mère se trimbale avec un dauphin dans le bas du dos et que mon propre père arbore discrètement un prince Albert dans son caleçon.

C'est là à n'en pas douter une affaire d'époque, époque à laquelle il est de bon ton de vivre son corps de manière totalement désinhibée et de se donner l'impression de pouvoir le modifier à sa guise question de bien faire la nique à dieu le père en personne !

Enfin bref, tout ça pour dire que le café-galerie "Le monde moderne" (Lille) propose actuellement une exposition judicieusement intitulée "Le tattoo moderne" réunissant divers travaux d'une petite dizaine de tatoueurs.
L'intérêt de l'initiative réside dans le fait qu'il ne s'agit pas, comme c'est souvent le cas, d'une simple compilation de photographies prises sur le vif (c'est le cas de le dire), mais d'une exposition de travaux purement graphiques allant de l'esquisse de tatouage façon dealer mexicain au stencil sur toile en passant par divers travaux aux techniques variées témoignant tous, s'il en était besoin, d'une véritable exigence artistique de la part de ceux auxquels il peut nous arriver de confier un bout de notre corps. Rassurant.

Lire la suite...

samedi 20 juin 2009

Cherchez le mobile..., par Vince


J’avais prévu d’aller assez rapidement visiter l’exposition « Alexandre Calder, les années parisiennes » du Centre Pompidou et de profiter de cette occasion pour partager mon sentiment – enthousiaste, c’est le moins que je puisse dire – concernant son petit cirque, découvert il y a quelque temps déjà grâce à l’excellent film que lui a consacré Carlos Vilardebo en 1961 (disponible en DVD chez Les Films du paradoxe). Finalement je n’ai toujours pas visité cette exposition et ne suis même pas certain d’en avoir l’occasion avant qu’elle ne ferme ses portes le 20 juillet prochain.

Quand Vince m’a proposé de s’inviter une nouvelle fois sur Some Cool Stuff pour faire part de son expérience – et de celle son fils - à la découverte de la dite exposition, je n’ai donc pas hésité un seul instant.



Cherchez le mobile …

1931, Alexander Calder est fasciné par le travail de Piet Mondrian. Il abandonne la sculpture figurative en fil de fer qu’il pratique depuis 1926 et se consacre à un langage sculptural abstrait. L’année suivante, il expose les premières sculptures issues de cette nouvelle démarche. Marcel Duchamp les qualifiera alors de mobiles.
2009, un enfant de 3 ans et demi découvre ces formes aux déplacements lents et gracieux en apesanteur dans les grands espaces blancs du centre Pompidou et va avoir l’opportunité, grâce à des ateliers d’une rare intelligence ludico-pédagogique, de s’approprier le travail d’une des figures majeures de l’art du XXème siècle.

Mon récit débute au moment où se terminent habituellement les comptes rendus d’exposition, au moment précis où nous avons passé la porte de sortie de l’exposition Calder, ou plus exactement la porte de sortie de l’inévitable boutique façon Disneyland (bon, j’exagère un peu, mais quand je suis mal luné, c’est a cela que ça me fait penser) des expos Calder et Kandinsky.
Un dimanche ensoleillé de juin. 12h13. Ouvert depuis un peu plus d’une heure, Beaubourg est une fourmilière. Des milliers de visiteurs arpentent les mythiques et panoramiques escalators en façade, pour se rendre aux deux expositions à succès (mérité) encore visibles pour quelques semaines en ces lieux : les rétrospectives Calder et Kandinsky.

Nous sommes donc à contre sens, puisque nous venons de terminer la visite de l’exposition Alexander Calder, les années parisiennes 1926-1933 et que nous ne retournons pas faire la queue pour la conséquente exposition Kandinsky grâce à un passe annuel salvateur qui nous permet de passer quand bon nous semble admirer la collection du Centre ainsi que ses magnifiques expositions temporaires. En longeant la longue file d’attente sous la verrière non climatisée, nous nous disons que nous avons de la chance. D’abord parce que passé 11h30 la queue qui s’étend à l’entrée commune des deux expositions à de quoi désespérer les plus courageux des amateurs d’art dominicaux et matinaux. Mais ce qui nous remplit plus particulièrement de bonheur, c’est l’exposition à laquelle nous venons d’assister. Que de merveilles et de grâce dans le travail de Calder.


Nous descendons donc l’escalator en débriefant joyeusement, le cœur plein de cet enthousiasme que procure un pur moment de magie. La joie également d’avoir pu partager cela avec un enfant qu’un cirque, un lion, un singe, un éléphant, une tenniswoman et des mobiles abstraits et colorés (entre autres) ont fasciné au plus haut point.

(Ici je dois m’interrompre un instant pour m’adresser aux personnes que mon article sur la récente exposition de Dalek ont agacées parce qu’il était principalement question des aventures de mon fils. Je vous conseille amicalement de relire un des autres posts de l’excellent blog que vous êtes actuellement entrain de parcourir plutôt que de perdre plus de temps devant cette modeste prose. En effet, comme vous le sentez sûrement venir, il va à nouveau être question de la perception de l’art par les enfants et de sujets du genre « comment transmettre le goût de l’art aux plus jeunes sans qu’ils aient l’impression d’être à l’école, forcés d’apprendre l’art poussiéreux et officiel du vieux manuel scolaire de leurs parents ? »).

Reprenons. Nous descendions donc les escalators, pensant avoir bien mis à profit notre matinée. Et c’est en bas des dits escalators, dans la nef principale au cœur du grand bâtiment, que les choses ont basculé. Ou plus exactement, qu’elles ont pris une toute autre dimension.
N’y allons pas par quatre chemins : la Galerie des enfants du centre Pompidou est un espace tout simplement magique. A cette heure de la journée, il n’y avait aucune animation en cours. Toutefois, les ateliers étaient en place et quelques familles avaient investi les deux pièces de cet « espace de sensibilisation ». L’objectif de ces ateliers est (je cite) de « permettre aux enfants d'expérimenter et d'aborder différentes problématiques du langage plastique de l'artiste : l'équilibre, le mouvement, la ligne, l'espace, l'utilisation de matériaux simples et industriels ».

En pratique, me direz-vous, ça consiste en quoi ? Eh bien, faire son propre mobile dans le plus pur style Calder par exemple ! Tout est à disposition : des tiges de plusieurs longueurs avec un centre de gravité mobile, des pieds métalliques pour poser les mobiles et des formes géométriques en mousse qui évoquent de grands médiators rouges, jaunes, bleus et blancs. Débute alors une séance épique de créativité joyeusement débridée où le but va être de réaliser le mobile le plus gracieux, le plus complexe et bien sûr le mieux équilibré possible. En effet, à l’ajout de chaque niveau de complexité, il faudra rééquilibrer entièrement l’ensemble pour que le mobile conserve sa grâce aérienne.


L’enfant va ainsi manipuler et agencer chaque élément, puis faire tourner tout ou partie du mobile, pour le regarder évoluer et observer sur le sol les ombres mouvantes de sa création, comme quelques instants plus tôt il avait découvert sur les murs et le sol de la salle d’exposition les ombres des créations du maître. Les organisateurs des ateliers ont également mis à disposition des jeunes créateurs une ingénieuse installation faisant office de studio photo, permettant de prendre une série de prises de vue qui s’affichent séquentiellement sur trois écrans différents afin d’admirer sous tous les angles le mobile ainsi créé.

Après une heure consacrée aux ateliers, à faire des jeux de montage et d’équilibre, à manipuler des mécanismes ou des fils de fer ou à essayer de faire le dessin le plus complexe possible sans lever le crayon, nous avons quitté Beaubourg. Et je sais que mon fils n’oubliera jamais l’œuvre de Calder.
Lire la suite...

mercredi 17 juin 2009

Le monde comme Tetris (avec le Be@rbrick pour habitant)


A l'occasion de la sortie imminente de la série 18 des Be@rbricks, arrêtons nous un instant sur un des modèles présent dans cette nouvelle fournée tant attendue du jouet fétiche de chez Medicom : le be@brick Tetris.
Celui-ci est proposé dans un vinyl clear grey et arbore sur différentes parties de son corps les pièces géométriques, reconnaissables entre toutes, du fameux jeu vidéo Tetris.

Créé en 1985 par l'ingénieur russe Alexei Pajitnov, Tetris est sans conteste - tout comme Space Invaders ou encore Pac-Man - un des titres cultes de la courte histoire du jeu vidéo. Pour mémoire, son principe tout comme son esthétique sont d'une simplicité déconcertante : il s'agit de superposer au mieux les formes qui sont imposées au fur et à mesure de la partie, cela à un rythme de plus en plus soutenu. Chaque ligne complète (sans espace vide donc) disparaît, laissant ainsi au joueur le loisir d'en constituer une nouvelle tout en lui faisant encaisser quelques points.

Connaissant le goût de Medicom pour les modèles de be@rbricks directement inspirés de jeux vidéos (la dernière série en date en comprenait un aux couleurs de "Patapon"), il n'y a en soi rien d'étonnant au fait que Tetris se voit aujourd'hui décliné sur be@rbrick. Pourtant, ce n'est peut-être pas tant au jeu lui-même qu'à son statut désormais iconique dans la pop culture mondiale que Tetris doit de se voir consacrer un be@brick. Car, de fait, la sphère d'influence de ce jeu dépasse largement le seul cercle des hardcore gamers.

Récemment, le site Fubiz notait en effet que les "tétrominos" (les 7 formes géométriques toutes constituées de 4 carrés et constituant les uniques protagonistes du jeu) avaient su inspirer différents designers comme Martin Zampach, Diego Silvério et Stéphanie Choplin qui n'ont pas hésité à décliner ces différents modules sous forme de rangements divers et variés ou même de moules à glaçons....


En architecture, les différentes applications du jeu sont également légions à l'instar de l'immeuble de 650 appartements conçu par Ofis Arhitekti à Ljubljana ou de celui de l'architecte Blanca Lleo à Madrid. Le photographe Erik Johansson n'a d'ailleurs pas manqué de le remarquer et de proposer à ce sujet un photomontage assez ironique sur cette tendance des architectes à concevoir les habitants d'immeubles comme une population à compartimenter au mieux dans des espaces symboliques clos clairement délimités et géométriquement séparés les uns des autres.

Allant plus loin encore dans cette "tetrisation" du monde, l'artiste performeur Guillaume Reymond a proposé en 2007 une version humaine de Tetris, les tétrominos étant joués par des groupes de 4 individus portant un t-shirt de même couleur et se déplaçant selon un ordre prédéfini.



On ne s'étonnera pas qu'en matière artistique, la liste des hommages directs au jeu de Pajitnov ne s'arrête cependant pas là et qu'elle comprenne également nombre de créateurs intervenants sur l'espace urbain.

On pense notamment à cet égard aux tétrominos géants installés cette année par George ! dans une ruelle de Sydney (Abercrombie Lane). Les images de cette installation impressionnante intitulée "Live Lanes" ont récemment fait le tour de la blogosphère suscitant en chacun le même type de questionnement : qui peut bien jouer à ce Tetris géant ? La ville ne serait-elle qu'un espace de jeu à taille humaine ? Et, par voie de conséquence, sommes nous nous-même les protagonistes d'un jeu dont les règles comme le joueur nous demeurent inconnus ?


Plus prosaïquement on peut également se contenter de noter que décidément l'Australie se révèle particulièrement sensible à l'univers du Tetris puisque c'est également là-bas - mais cette fois dans la ville de Melbourne - qu'un collectif d'artistes s'était distingué en 2006 en proposant une autre installation king size conçue sur le modèle du jeu à partir de caisses de bouteilles de lait (d'où son titre, "Crate Tetris").


Qu'on se rassure, en la matière la France n'est pas totalement en reste (quoi que l'on pourrait légitimement s'étonner du fait qu'Invader n'ait encore proposé aucune mosaïque inspirée de Tetris. Ou bien est-ce que je me trompe ?) puisque c'est à Toulouse que le collectif Kid Design a "stickerisé", l'année dernière, cette cabine d'ascenseur de métro.


On le voit, nombre d'artistes se sont penchés sur le Tetris et n'ont pas manqué d'y voir une sorte de métaphore du monde dans lequel nous vivons. La "tetrisation" du monde dont témoignent leurs oeuvres respectives doit sans doute être interprétée non pas tant comme apposition d'une structure extérieure sur le monde réel mais plutôt comme simple révélation du déjà là, du sous-jacent. Tetris révélerait ainsi quelque chose de notre monde et/ou de notre psyché, il en dévoilerait la structure plus ou moins cachée. Compartimentation, manie de l'ordre, nécessité de la rapidité... relégation...

Toujours à l'affût des tendences culturelles actuelles et fin observateur de l'air du temps, il n'est donc pas étonnant, dans ces conditions, que Medicom se décide aujourd'hui à rendre hommage au dieu Tetris.

NB : pour aller plus loin dans la connaissance du jeu ainsi que dans celle de ses répercussions culturelles (pour ne pas dire civilisationnelles), on se saurait trop conseiller la lecture du bien-nommé site Tetrominos.

Lire la suite...

lundi 15 juin 2009

La sérigraphie expliquée aux enfants et en images, par San Miguel


A l'occasion de la sortie du livre consacré à son travail ("San Miguel s'affiche", ed. En Marge), nous nous étions entretenus ici-même avec l'affichiste San Miguel. Pour compléter ce portrait et surtout de manière à comprendre le mode opératoire propre à la technique de la sérigraphie, nous proposons aujourd'hui un extrait du fascicule "La sérigraphie expliquée aux enfants" (2004) que celui-ci a rédigé à l'occasion d'ateliers menés en milieu scolaire. En outre, puisqu'il se trouve que nous avons eu l'occasion d'être récemment associé à la conception d'une affiche sérigraphiée de San Miguel, nous avons la chance de pouvoir illustrer cette notice explicative de photographies témoignant, pas à pas (du premier croquis préparatoire jeté sur le papier à l'affiche finie), de cette technique.


La sérigraphie
Du latin sericum, "soie", et du grec graphein, "écrire". La sérigraphie est une technique d'im-pression qui permet de reproduire une image ou un texte à l'aide d'un pochoir, d'une raclette de caoutchouc et d'encre.
Cette technique a été inventée en Asie, il y a plus de 2000 ans.
On utilise la sérigraphie dans l'industrie pour imprimer divers supports (des emballages, des objets, des vêtements...). des artistes comme Andy Warhol ont utilisé la sérigraphie pour reproduire des oeuvres d'art en plusieurs exemplaires identiques.
Des artistes utilisent la sérigraphie pour réaliser des livres, des affiches... en plus ou moins grande quantité.


L'atelier de sérigraphie
Pour reproduire une image en sérigraphie, nous avons besoin d'utiliser :
- un "écran" (cadre de bois ou de métal sur lequel est tendu un tissu de sérigraphie),
- une raclette en caoutchouc montée sur un support en bois,
- de l'émulsion "photosensible" (qui est sensible à la lumière),
- de l'encre dont on aura choisi la couleur,
- du papier,
- un dessin ou un texte,
- une feuille de film plastique transparent.


Préparation de l'écran
Pour imprimer un dessin, il faut le photocopier sur le film transparent.
On enduit ensuite un écran de sérigraphie d'émulsion photosensible.
On pose le film transparent dessus et on place l'écran sous une lampe reproduisant les rayons du soleil.
Les rayons "cuisent" l'émulsion (l'émulsion ainsi protégée par les contours du dessin ne sera pas cuite et s'en ira par simple passage sous l'eau pour laisser apparaître l'image. L'encre pourra alors passer à travers cette partie de l'écran).
Dès que l'écran est sec, on peut imprimer !


L'impression
On place l'écran sur une table, à côté on dispose une pile de papier, le pot d'encre et la raclette.
On place une feuille sous l'écran.
on dispose un peu d'encre sur l'écran et, à l'aide d'une raclette, on vient appuyer pour faire passer l'encre à travers le dessin.
Voilà, c'est imprimé !
On dépose la feuille sur le côté pour la laisser sécher et on imprime la suivante. (On peut recommencer plusieurs fois l'opération si l'on souhaite imprimer le dessin en plusieurs couleurs).
On nettoie l'écran de sérigraphie pour le garder pour l'utilisation suivante.


Translation by Soozy Bellenot

The French word for silkscreen printing, "sérigraphie", comes from the Latin word "sericum" (silk) and the Greek word "graphein" (to write). Silkscreening is a printing technique thant can reproduce an image or text using just a stencil, a rubber squeegee, and ink.
This method was invented in Asia over 2,000 years ago.
Silkscreen printing is used in industries to print up all sorts of things (like wrappers, objects, or even clothing). Artists like Andy Warhol also use silkscreen technique to produce many identical copies of the same work of art.
In addition, artists use silkscreens to create books and posters, in bigger or smaller quantities.


The silkscreen studio
To copy an image using silkscreens, all we need is :
- a "screen" (a wood or metal frame with silkscreen material stretched over it),
- a rubber squeegee with a wooden handle,
- light-sensitive emulsion,
- ink or any color you'd like,
- paper,
- a drawing or text,
- a sheet of shrink-wrap (transparent plastic film).

Preparing the screen
To print out your drawing, photocopy it on to the transparent film. Then coat the screen with the light-sensitive emulsion.
Next, place the transparent film with your drawing onto the screen and place it under a lamp that recreates the sun's rays.
These rays will "cook" the emulsion (but those parts covered by the drawing will not be cooked - after rinsing with water your image will be revealed and ready for printing later on).
One the screen is dry, you can start printing your picture !


Printing
Place the screen on a table next to your stack of paper, the ink pot, and the squeegee.
Put a sheet of paper undermeath the screen.
Pour a bit of ink on the screen and, with the help of the squeegee, press down gently to make the ink go through to the other side.
Voilà ! Your first print is done !
Leave the print somewhere safe to dry and start another. If you'd like you can also start over with a different color ink.
Last but not least, clean the screen and put it away for next time !
Lire la suite...

jeudi 11 juin 2009

Régis Jauffret / Crash


"Les avions de ligne ne tombent pas souvent. On pourrait piloter pendant dix siècles sans connaître de problème majeur. Mais, comme le deuxième moteur vient de prendre feu, je me dis que je vais finir ma carrière dans les eaux tièdes du Pacifique. Je tiens mollement le manche à balai, la moindre crispation risquerait de provoquer chez moi une crise d'angoisse ou de tétanie. Mon cerveau n'a jamais été solide, je suis insomniaque depuis l'âge de sept ans, et je collectionne les dépressions nerveuses comme d'autres les voitures anciennes, ou les boîtes de Vache qui rit. La compagnie n'en a jamais rien su, elle ignore aussi que j'ai souvent envie de grimper tout en haut du ciel jusqu'à l'implosion dans la stratosphère, tant je rêve de quitter définitivement la Terre pour aller me saouler la gueule avec les anges. Mais avant le décollage j'ai pris des neuroleptiques, ce genre de fantasme ne me traverse pas l'esprit.


De toute façon, l'avion perd de l'altitude. D'une voix rendue désinvolte, presque gaie, par mon accent chantant qui sent la garrigue, j'avertis les passagers que la compagnie indemnisera leurs familles. Le copilote est pâle, le jeune navigateur pleure dans ses mains en coquille. La porte du cockpit est verrouillée, mais je vois sur l'écran de contrôle que de l'autre côté stewards et hôtesses se débattent avec les passagers en proie à la panique. Ils les supplient d'ouvrir les portes avant le crash afin de tenter leur chance en se jetant dans le vide dès que l'appareil fera du rase-mottes au-dessus de l'océan. Pour partir la conscience tranquille, je m'emploie à les rassurer de mon mieux.
- Le personnel demeure à votre disposition.
- Une collation va vous être servie.


Mais personne ne m'écoute. Tout le monde est compressé autour des hublots, et hurle en regardant la mer dont on distingue maintenant avec netteté l'écume des vagues. J'abandonne les commandes, je m'empare de la bouteille de gin que j'ai acheté au free-shop, et je la vide précipitamment en éclaboussant les instruments de bord. A la réflexion, j'aurais volontiers vécu cinquante années de plus, mais mourir tout de suite a quelque chose d'apaisant, un peu comme préférer au dernier moment se coucher tôt un 31 décembre, au lieu d'aller réveillonner avec des amis décidés à s'amuser coûte que coûte, âprement, jusqu'au matin."


Words : Régis Jauffret, "Crash", in Microfictions, Paris, Gallimard, 2007.
Pics : John Matos aka Crash - exposition "Crash by Crash" jusqu'au 15 juillet à la galerie Helenbeck (Nice).
Lire la suite...

Words/Pics


Some Cool Stuff s'enrichit aujourd'hui d'une nouvelle rubrique. Intitulée "Words&Pics", elle n'a d'autre ambition que de mettre en relation - comme son nom l'indique - des mots et des images.

En l'occurrence des mots dont, une fois n'est pas coutume, je ne suis pas l'auteur : des mots issus de textes (romans, nouvelles, poèmes, essais, articles...) suscitants à mon sens des ponts avec des images qui, a priori, leur sont pourtant étrangères.

Des mots, des images... des ponts, des relations qu'il ne convient pas nécessairement de saisir dans un rapport d'illustration.
Admettons qu'il ne s'agisse que d'une lubie, une lubie partagée. Charge à vous, si cela vous tente, de reconstituer le chemin des uns vers les autres, voire d'inventer le vôtre.
Lire la suite...

mardi 9 juin 2009

Neil Young "pochoirisé"


Dans le domaine de l'esthétique rock la technique du pochoir a toujours été plus associée à la scène punk qu'à tout autre courant musical.
Sans doute est-ce une question d'époque : les années 80 furent à la fois les années pochoir et les années punk (tout au moins pour la deuxième vague de ce mouvement, moins "crêtée" et plus politisée que la précédente).

Sans doute aussi parce que le stencil, dans sa technique même, convenait parfaitement à philosophie punk du do it yourself. Pour qui voulait reproduire le logo de Crass sur son perfecto ou celui d'Heimatlos sur un t-shirt, y avait-il de meilleures alternatives que le pochoir ?

Portrait de N. Young, pochoir sur toile de Jef Aérosol, 2006

On pourrait de ce fait s'étonner de voir aujourd'hui le stencil associé à la scène folk en la personne de l'un de ses plus prestigieux représentants : Neil Young. C'est en effet non sans surprise que l'on a pu découvrir, à l'occasion de l'actuelle tournée européenne du sieur Young, une affiche d'une sobriété totale tout juste ornée - façon pochoir donc - de la silhouette de l'increvable compositeur d'Harvest.
Une visite sur son site internet permet en outre de constater que la technique du pochoir (ou tout au moins son succédané infographique) a donné lieu à un second visuel utilisé comme header à la page du site réservée aux fans.


Partant, on pourrait se mettre à gloser sans fin sur l'actuel retour en odeur de sainteté du pochoir, notamment auprès des communicants de tout poil. Ce serait aller un peu vite en besogne et oublier que si le pochoir a certes été longtemps associé à l'imagerie punk, il a également toujours connu un certain succès dans le domaine de la propagande politique. La campagne pour les élections européennes qui vient de s'achever en témoignait à sa façon : aux affiches du NPA ornées d'un logo rouge façon pochoir s'ajoutaient les pochoirs, cette fois bien réels et peints à même les trottoirs de la capitale, apposés par la nauséabonde liste "antisioniste" de l'ex-comique-plus-drôle-du-tout Dieudonné.

C'est sans aucun doute plus à cette tradition propagandiste et contestataire du pochoir qu'à toute autre raison que l'on doit, de la part de Neil Young dont les engagements politiques sont bien connus, ce choix esthétique fort.
Lire la suite...

samedi 6 juin 2009

"il n'y aura pas d'enfant qui saigne du nez"


Cela fait maintenant trois ans que les nordistes et leurs proches amis belges ont la chance de trouver, tous les mois, dans les lieux de concerts et autres endroits de perdition du même genre, le "Meltin' pack" Konkrite.
D'un point de vue purement pratique, le Meltin'Pack est une grosse enveloppe comprenant une grosse poignée de flyers divers et variés orientés branchouilles. En soit, pas vraiment de quoi sauter au plafond donc : après le "street wear", le "street art" et même la "street food", il fallait bien s'attendre à voir un jour s'imposer le "street marketing"...

Sauf que la bonne idée retenue par Konkrite est de confier systématiquement le design de la dite enveloppe (format 22/22 cm) à un artiste, lequel est également en charge de la conception du poster (format 40/60 cm) contenu dans le pack. A ce petit jeu là on a déjà eu l'occasion de se procurer, gratuitement donc, de jolis créations idédites de Qubo Gas, Koa, Comoseta, Ki-Haï ou encore Superdeux. Certes, parfois la pioche est moins excitante, comme lorsque la jeune entreprise (basée à Roubaix) fait le choix de faire appel à tel ou tel studio de création graphique plus prompt à proposer une esthétique passe-partout qu'à profiter de cette espace grand public de libre création pour imposer un univers artistique fort.

Pour autant on aurait tort de bouder notre plaisir lorsque Konkrite laisse à nouveau carte blanche à un artiste aussi prometteur que bourré de talents comme c'est le cas avec le pack estival disponible à partir d'aujourd'hui (et dont nous vous proposons les visuels en avant-première).

On clique dessus, ça s'agrandit, on y voit plus clair...

C'est en effet cette fois Knapfla qui s'y colle et c'est peu dire qu'on a - ou tout au moins que j'ai - plaisir à retrouver son univers décliné sur ce support que l'on aurait pu craindre, a priori, non adapté à ses créations de nature plutôt narrative. Erreur : là où certain s'imaginent contraints de donner dans la composition purement décorative, Knapfla démontre que l'enveloppe comme l'affiche, malgré leurs fonctions, n'en sont pas moins des surfaces papiers et qu'à ce titre elle peut globalement en faire ce qu'elle veut.

On retrouve de la sorte sur ces deux supports tout ce qui fait le charme difficilement définissable du travail de l'artiste lilloise : son style d'une rare délicatesse, son trait si fin qu'il semble toujours sur le point de s'effacer, son usage parcimonieux des couleurs, la sobriété de ses personnages principaux confrontés à un décorum aussi strictement délimité que riche en détails minutieux, la place importante laissée à l'écriture manuscrite et la manière désinvolte dont elle légende ses compositions de phrases aussi sybillines qu'inquiétantes ("il n'y aura pas d'enfant qui saigne du nez")...


Je m'arrête là - d'autant que je vous avais déjà fait part de mon enthousiasme à son sujet dans un précédent article - non sans toutefois signaler que Knapfla, qui aime à s'éditer de très belle manière, vient de publier un nouvel ouvrage intitulé "Interrogez l'enfant carotte"'. Relié main et imprimé en noir et blanc sur papier recyclé, ce nouvel opus ("une multitude de dessins pour une multitude de sens que peut être seul l'enfant carotte peut comprendre") est désormais disponible auprès de l'artiste (info[at]knapfla.com).
Lire la suite...

mardi 2 juin 2009

Report : Keith Haring All-Over à Mons (Belgique)

La France a connu sa première grande rétrospective Keith Haring l'année dernière à Lyon, la Belgique a actuellement la sienne. A Bruxelles ? Non non, à quelques kilomètres seulement de la frontière avec la France, dans une petite ville de moins de 100.000 habitants faisant rarement parler d'elle : Mons...

Capitale culturelle de la Wallonie (j'ignore totalement ce que cela est censé représenter), Mons est actuellement en lisse pour devenir Capitale européenne de la culture en 2015. Il était donc temps pour la ville de faire parler d'elle dans le domaine culturel et artistique. Elle aurait pu choisir de mettre en avant à cette occasion un artiste du pays, Paul Delvaux ou Magritte par exemple, elle a choisit d'aller chercher son faire-valoir outre Atlantique en la personne de Keith Haring. On ne lui en tiendra pas rigueur.

D'autant moins que l'exposition qui lui est actuellement consacrée - "Keith Haring all-over" (commissaire : Gianni Mercurio) - réunit pas moins de 150 oeuvres et pas des moindres.


Pour accueillir dignement ce nombre impressionnant de pièces et pour les exposer dans de bonnes conditions malgré le format impressionnant de certaines d'entre elles, ce sont deux lieux distincts qui ont du être réquisitionnés : d'une part le BAM (Musée des Beaux-Arts de Mons), d'autres part les Anciens Abattoirs (comme son nom l'indique, une ancienne friche industrielle, située à quelques minutes à pieds du musée).


Si le BAM accueille les oeuvres d'une facture relativement classique (des croquis de l'époque où Haring était encore étudiant en art aux grandes bâches peintes qui ont fait sa renommée - Schtroumpf et Pinocchio pour adultes, peintures sur les thèmes du sida et du racisme ou encore portrait de Warhol en Mickey - en passant par ses sculptures en métal), les Anciens Abattoirs exposent quant à eux ce que l'on pourrait nommer les "curiosités".


Qu'on en juge. En arrivant dans la grande salle des Anciens Abattoirs le visiteur se retrouve face à une fresque initialement conçue sur un chantier de construction de New York et qui n'avait, jusque là, jamais été exposée dans son intégralité. Réalisée au pistolet à peinture sur 28 grandes plaques de métal, cette oeuvre monumentale mesure pas moins de 70 mètres... Le parcours qui est ainsi créé d'un mur à l'autre du lieu d'exposition invite le visiteur à lire cette oeuvre comme s'il se promenait devant une succession de cases de Bande Dessinée à taille humaine.


Dans la salle adjacente, d'autres surprises de taille l'attendent encore à l'instar de ces céramiques comme directement issues de la Grèce antique, "customisées" au marqueur par l'artiste ou encore de ces dessins à la craie blanche sur papier noir que Haring avait réalisés sur les panneaux d'affichage du métro new-yorkais et dont on se demande, étant donné leur support comme la nature du lieu dans lequel ils ont été conçus - par quel miracle ils ont pu parvenir jusqu'à nous dans cet état de parfaite conservation.



Last but not least, l'exposition se termine par une visite du Pop Shop que l'artiste avait ouvert à Tokyo afin d'y proposer lui-même les "produits dérivés" de ses oeuvres. Reconstitué à l'identique, celui-ci est recouvert du sol au plafond (en passant par les étagères et le comptoir) des silhouettes blanches qui ont tant fait pour la reconnaissance grand-public de Keith Haring.


Une bonne occasion d'aller boire une mousse en Belgique non ? Profitez en, c'est jusqu'au 13 septembre.
Lire la suite...