jeudi 28 mai 2009

Report : Warsaw Street Art


Le Français moyen connaît principalement de la Pologne ses mineurs et ses plombiers, sa charcuterie, son bal Kubiak et son défunt pape. Depuis le week-end dernier, le lillois en sait un peu plus concernant sa scène street art.
Comme nous vous l'annoncions il y a quinze jours, le Warsaw Street Art s'est tenu les 23 et 24 mai derniers à la Gare St Sauveur de Lille.

Retour en images sur ce week-end qui aura plus fait pour l'amitié franco-polonaise que la directive Bolkestein !

Collectif Massmix







Chazme (Miami Vice Crew)





Sepe (Miami Vice Crew)






Bozek One (Miami Vice Crew)





Spyre





Synhtax Error







Ores (avec la participation de Lady Alezia)




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mardi 26 mai 2009

"Graffiti : une culture suicidaire", par Lokiss


L'exposition "Le TAG au Grand palais" a fermé ses portes le 3 mai dernier. Le site officiel de la manifestation en propose aujourd'hui un bilan tout en nuance sous le titre ne souffrant aucune fausse modestie "Triomphe de l'exposition Le TAG au Grand Palais".

"Plus de 80 000 visiteurs en 5 semaines se sont pressés pour découvrir la collection Gallizia ! 
Son créateur, Alain-Dominique Gallizia et Yves Saint-Geours, Président de l’Etablissement public du Grand Palais, se félicitent d’avoir su toucher un public aussi vaste que varié. 
Le Grand Palais a choisi de sortir le Tag de la rue pour le mettre sur la place publique, en le faisant connaître et reconnaître comme un art, à travers son histoire, ses courants et ses techniques. 
La collection, toujours ouverte aux artistes, d’Alain-Dominique Gallizia, le spécialiste du Tag, permet ce regard car elle est, par son unité de thème et de format, la seule empreinte comparative dans l’histoire de l’art et celle de ce mouvement."

Comme on pouvait s'en douter, il s'est dit beaucoup de choses à l'occasion de cette exposition officiellement patronnée par Christine Albanel, Ministre de la culture et de la communication. Les grands médias ont glosé sur le fait, pour une institution publique, d'adouber de la sorte une pratique relevant du vandalisme ; les amateurs de graffiti se sont gentiment disputés sur les qualités artistiques des oeuvres exposées (dont, le moins que l'on puisse dire, est qu'elles ne faisaient guère l'unanimité) ; certains, plus rares, se sont interrogés sur le sens que cela peut avoir de demander à des graffeurs de se plier à la règle contre-nature de la toile à format et à thématique imposés ou se sont inquiétés de la signification politique d'un tel événement.

Parmi les kilomètres de prose plus ou moins inspirés (plutôt moins que plus) provoqués par cette expo, la tribune publiée par le site Poptronics.fr le 27 mars dernier fait office d'exception. D'abord parce qu'elle est signée par Lokiss, activiste graffeur à la légitimité indiscutable. Ensuite parce qu'elle interroge, de l'intérieur, l'essence de ce qu'est le graffiti et son adéquation possible avec de tels événements.

Il me semblait qu'un tel article, critique et argumenté, avait toute sa place dans notre rubrique Studies. J'ai donc demandé à l'intéressé s'il acceptait que son article soit reproduit ici même dans son intégralité. Qu'il soit remercié d'avoir accepté cette invitation.



"Graffiti : une culture suicidaire", par Lokiss

TAG au Grand Palais - inutile d’aller voir. En parler sans même regarder. (Tag verbal)

Le tableau est trop beau. Vous avez d’un côté l’hypermarché Warhol, de l’autre la supervision de Christine Albanel qui s’est faite connaître récemment dans le domaine des modes d’expressions libertaires genre Hadopi, et une conjoncture de crise politique et morale. Au beau milieu du cadre et de ce haut lieu de la culture suburbaine qu’est le Grand Palais, on trouve un motif anachronique et livide : l’exposition TAG.
 Le panorama est emblématique de ce que le « Times » appelait « la mort de la culture française ». Même si pour TAG, le champ est international, la vision est clairement française. Et culturellement morbide.

Le Grand Palais. « La Rue » en octobre 2006. Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la Culture et de la Communication.



REFRAIN 1er jet : j’ai refusé catégoriquement l’invitation mais mon nom est apparu sur le site web et certaines publications de l’exposition.



Je me paraphrase : la portée complaisamment simpliste et démagogique de cette manifestation me choquait. Voir mon nom participer à cette opération qui n’échappait ni à la caricature artistique, ni à la bouffonnerie politique m’était désagréable. Cette foire aux bestiaux, en plus d’être rétrograde, faisait des recoupements culturels qui démontrent, si le besoin existait encore, la méconnaissance absolue de la culture graffiti ou suburbaine et d’un opportunisme social assez nauséabond. 
Quant aux interdits, malgré cette orgueilleuse façade, ils restent et resteront les mêmes. Tu fais où on te dit de faire. Ne commencera pas ici le laborieux état des lieux des relations entre les autorités et la scène graffiti française. Ou il faudrait démarrer par la base : la particularité très française de détruire sinon réprimer ce qu’elle ne cadre pas, et de n’aimer que ce qu’elle peut s’approprier voire, comme ici, récupérer. Le musée Branly, à sa manière, témoigne du même particularisme. On ne regarde que mieux ce que l’on peut mettre sous vitrine : un zoo passé à la Javel.

Nous avons rétabli les « indigènes » dans leurs droits. Il était temps. Rétablissons-nous ici les cultures de banlieue - autre raccourci imbécile - dans leur droit de représentation ? Si oui, quand va-t-on payer les arriérés de pension ? Car pour ce qui est du graffiti, cela fait longtemps que l’emblématique - Karcher - s’est déchaîné contre lui. Et cela ne s’arrêtera jamais. Jamais.

Le Grand Palais. TAG - Collection Gallizia - 27 mars-26 avril 2009 - Christine Albanel, ministre de la Culture et de la Communication.



Retour sur investissement évidemment désintéressé, Monsieur Gallizia nous vend « TAG » (et revend un peu de son anonymat absolu dans le domaine de la création architecturale). Une collection de 150 graffiti-artistes ayant travaillé sur le thème de L’amour. J’en suis d’avance ému. Ah l’amour est rare en ces temps de crise. Merci. Le graffiti est souvent utilisé comme pompier social, alors qu’il devienne une pompe d’amour HEIN !!?



Merci Monsieur Gallizia. Merci encore. Le tableau est trop beau. Il n’y a aucune limite au grotesque, à l’emphase vide, à l’architecture du néant. Merci Monsieur Kaeppelin délégué aux arts plastiques pour votre texte publié dans le dossier de presse, rédigé il y a 20 ans, mais laissé dans un tiroir en attendant un gouvernement plus enclin à libérer les cultures souterraines. 

AH ? C’était écrit hier ? Ah vous y étiez pas ? Ah. Peur de rentrer dans les terrains vagues ? Ah.

Merci Henry (Chalfant), le photographe mythique des bibles « Subway Art » et « Spray Can Art », d’apporter ton sceau à cette farce. 
Merci pour tes compliments à mon propos dans le documentaire « Writers » (Résistance Films). Je ne les mérite pas. Lokiss c’est un gros TOY. Et toi tu ne mérites pas davantage cette retraite anticipée et moribonde, que te paient ces dresseurs de caniches. Merci aux artistes, on se connaît tous HEIN !!? Merci de votre Collaboration. Tout ça pour ça ? HEIN !!?


REFRAIN 2ème jet : j’ai refusé catégoriquement la commande d’une œuvre sur toile et l’invitation de TAG.



Je m’explique. Je vous jure, ce sera bref. Un peu sanguin, ok, mais bon du graffiti sans sang ni sperme, autant l’effacer. Un graffiti, comme je le conçois, et comme je l’ai toujours peint, c’est du slogan qui tâche, c’est guerrier, c’est arrogant, c’est mégalomane, c’est sexuel, c’est haineux – TOUT SAUF L’AMOUR HEIN !!? – c’est la mise à l’amende des ennemis, des rivaux, du spectateur, de l’environnement, de la police, de la propriété, des limites du support, des limites de la légalité mentale et judiciaire, de sa propre intemporalité.

Avez-vous oublié que le graffiti est rentré dans le code pénal ? Que l’on va en prison pour ça ? Que le célèbre Azyle attend son procès que lui a collé la RATP ? PAR AMOUR HEIN !!? L’avez-vous déjà oublié !?! HEIN !!?

Ok, dans cet univers urbain qui ne cesse de rétrécir son champ de possibles, que l’on légifère à tour de bras, que l’on contrôle, que l’on surveille à la méga cam, que l’on nettoie culturellement pour le livrer à sa véritable vocation commerciale et publicitaire. Ok, dans tout ça, le graffiti reste the last buzz qui fait bander le Tout Paris – tous les cinq ans environ depuis 25 ans -qui veut la jouer canaille. On connaît la musique. Faut croire que l’on ne s’en lasse pas. Même de mon refrain.

On organise un Barnum et on veut exposer l’extrême dynamique de la culture graffiti. C’est vrai que dégueuler sans discernement le tout et n’importe quoi d’une culture, sur un support matériel et temporel auquel il ne s’est jamais destiné, ça aide à la légitimer, HEIN !!? ça aide à le vendre en tous les cas. Pas d’art sans objet HEIN !!?

Mais c’est « spectaculé », alors vive le cirque urbain. Tant que l’on marche dans les clous et que l’on tape dans l’esbrouffe en creux…et que ça bave pas partout… le ministère se félicite de ce magnifique élan créatif.

PAR AMOUR HEIN !!?



Je m’explique. 

Laconiquement, genre insupportable donneur de leçons, ça ferait ça (je me recopie) : 

Le graffiti est le champ d’action d’individus libérés des contraintes sociales et collectives. Le peintre urbain, puisqu’il faut bien lui donner un nom, et non une appellation réductrice et labélisée « banlieue », est un être affranchi. Il se remplit de sa seule individualité et ose le gueuler avec des couleurs criardes, avec un langage seul connu de lui et une aversion pour les autres qui est immédiate et brutale. 

Par aversion, j’exprime simplement la manière dont son œuvre est reçue. Mais omettre la rage dans le geste d’un peintre urbain, c’est un peu se laver les dents avant d’embrasser. Le graffiti est une tumeur sur un tissu urbain quadrillé, encadré, régi par la grande loi de l’ordre social. Celui même censé ici, rassurer le passant, là, sécuriser le passager. Le graffiti est une griffure ou la révélation d’une faille, là où tout devrait être lisse et consensuel. A celui qui le voit ou qui l’affronte du regard, le graffiti est le rappel ou plus encore l’avertissement de sa propre nullité en tant qu’individu libre, en tant que membre actif d’une société qui semble mieux connaître que quiconque ce qui est bon pour lui, quitte à opprimer certaines des pulsions à se détacher de la meute. « Le vert turquoise des sièges associé à la tenture des murs oranges, c’est bon pour toi. Quitte à les vomir quand tu rentres chez toi. La saignée publicitaire aussi. C’est du tout bon pour toi, et pour nous. » Ça s’intègre…

Le graffiti, c’est ce qui ne devrait pas être et qui est inexorablement. Il prend possession d’un territoire et en dépossède qui de droit. Un kidnapping volontaire mais indéterminé car le graffiti est basé sur un processus interactif. Le graffiti tente d’envahir une surface dont il n’est pas propriétaire. Il recouvre, affirme une personnalité, aliène celui qui possède comme celui qui regarde. En retour, celui qui possède ou regarde, peut détruire, effacer ou recouvrir d’un autre graffiti l’œuvre de départ. A ce niveau, le graffiti suit un processus génératif qui prolonge autant sa dimension temporelle - son caractère éphémère est un contresens - que son champ créatif.

Elément subversif sans idéologie sinon celle du « moi tout puissant », du « moi vengeur ». Un truc incernable, intraduisible dont on ne retient, au-delà de l’apparence compilatoire et jouissive, que la violation visuelle, chaotique, incontrôlable, que l’hyperviolente cassure de la cellule de transport, de sa mise en péril autant que celle du résigné. 
Le graffiti dissout l’état. L’état des choses et l’Etat en tant qu’entité de pouvoir. Se répandant sur la ligne, le graffiti brise la ligne « classique », foudroie les parallèles, amène le désordre là où tout se met en rang et pas une tête qui dépasse. Sinon le SDF, mais lui… il est par terre.

Le graffiti c’est l’urgence, pas plus de théorie. C’est une barricade que l’on monte et que l’on abandonne pour en recréer une autre à son extrême opposé. Pas plus de pensée qu’un truc irréfléchi. La pulsion, c’est la nécessité. L’acte, c’est la politique. Et au-delà, je finirai par prétendre, le graffiti c’est l’inconscience politique.

Je conclue.

Coller 150 artisans à peindre du folklore sur 300 toiles aux dimensions contraintes, tient de l’imposture, et pire, contredit ce qu’il est censé sublimer. On ne réduit ni cristallise le champ naturel du graffiti au risque de le tuer. Et la démagogie bien connue de prétendre que donner une scène au graffiti c’est aider à changer le regard des gens est pathétique. Le graffiti se nourrit de son aliénation, trouve son talent dans sa violation des codes. Un vice qui ne s’illumine que lorsqu’il franchit un interdit.

Et finalement HEIN !!? le graffiti, c’est pas de l’art car c’est de l’anti système. Système qui qualifie ce qui est de l’art et ce qui n’en est pas justement. C’est de l’activisme décadré. Le graffiti, c’est ce que l’on veut à vrai dire. OK !! MAIS TOUT SAUF ÇA ! Dans cinq ans, on essaiera encore une fois de le mettre en boîte. L’opportunisme du Spectacle n’a pas de limite.

Voilà pourquoi j’ai refusé l’invitation. Bravo à ceux qui l’ont accepté. Tout en sachant… car ils savent ! Je ne suis pas exempt de compromissions inévitables mais là… LÀ… NON.

En tous les cas, voilà pourquoi il serait temps de passer à autre chose, de donner dans le post-post-neo-post-post graffiti par exemple. Comme partout en Europe. Sauf… Allez où … allez ! En France… 

On va tâcher de changer la donne dans les temps à venir. Compter sur Emosmos. Car évidemment que la culture Graffiti est montrable et superbement intéressante MAIS…

LOKISS – Sons of the Gun PAR AMOUR HEIN !!?

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samedi 23 mai 2009

APAK ("Treeson Bubble Fun !" & "Free to a good home 2 : Dogs !")


J'ai découvert le travail d'APAK par le plus grand des hasards, l'année dernière dans la boutique Giant Robot de New-York. Etaient accrochés aux murs des dizaines de petits prints aux couleurs acidulées mettant en scène des personnages étranges et kawaï dans de petites saynètes dépeignant un quotidien aussi paisible que mystérieux.
Chacune de leurs créations raconte en effet une histoire, une histoire visiblement sans importance (scène de pêche, de promenade, de veillée autour d'un feu de bois...) par le biais d'un trait d'une rare délicatesse et d'un choix de couleurs douces au possible. Leur dimension anecdotique est toutefois rapidement remise en question par différents éléments semblant relever d'une certaine forme d'ésotérisme. Du kawaï donc, mais du kawaï qui ne sonne pas creux et qui ne sombre pas dans la niaiserie.


Je n'ai découvert que plus tard qu'APAK n'était pas un artiste mais un couple d'artistes (à la vie comme à l'atelier) constitué d'Aaron Piland et d'Ayumi Kajikawa. Originaires de Portland (Oregon), chacun d'entre eux oeuvre par ailleurs sous son nom propre et il est étonnant de constater à quel point ils ont su marier leurs styles et leurs univers respectifs dans leurs créations collectives. Les compositions signées APAK proposent ainsi une parfaite synthèse du style géométrique et abstrait d'Aaron et de l'univers peuplé de personnages aussi mignons qu'étranges d'Ayumi.

Ce sont ces personnages et le traitement très graphique dont ils font l'objet qui m'ont toujours donné à penser que le monde d'APAK se prêterait bien à une déclinaison sous forme de jouets.


Tout récemment APAK a précisément fait une première incursion dans ce milieu. Aux côtés d'autres artistes comme Gaston Caba, Malota, JamFactory, Peskimo et Tado, ils se sont en effet vu confier par Bubi Au Yeung (http://www.milkjar.com/), la créateur du Treeson (prod. Crazy Label), la personnalisation d'une petite bulle venant se placer dans la bouche de ce personnage au format 8". Cette participation au projet "Treeson Bubble Fun !", dans la mesure où il s'agit d'une intervention sur un shape préexistant, n'est pourtant pas de nature à satisfaire ceux qui attendent de voir l'univers APAK décliné en jouet.


L'impatience en la matière est d'autant plus légitime qu'au grès de ses différentes expositions le duo a démontré sa capacité à retranscrire fidèlement son univers en 3D. Ce fut le cas en 2007 lors de la biennale Giant Robot où l'on pouvait aussi bien découvrir des peluches que des sculptures signées APAK, ça l'est à nouveau dans le cadre de l'exposition collective "Free to a good home 2 : Dogs !" se déroulant actuellement à Los Angeles.


Ne reste donc plus à espérer qu'APAK saura prochainement faire fructifier les différents contacts pris avec le milieu du jouet ces dernières années (Giant Robot, Super7, Crazy Label) pour qu'enfin puissent voir le jour leurs créations sous la forme de toys. Ce serait à la fois une excellente nouvelle pour les amateurs du travail d'APAK comme pour les toys addicts évoluants dans un milieu qui, décidément, peine à évoluer et à ouvrir ses portes à de nouveaux talents.
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mercredi 20 mai 2009

Le rebelle et le banquier : à propos d'Artus, du politiquement correct et de la Banque Populaire...


Avant d'exposer à la galerie AAA -"Tout ou rien (S'adresser en face)" du 11 juin au 21 juin - Artus de Lavilléon expose actuellement, et ce jusqu'au 30 mai, chez The Lazy Dog. Sous le titre amusant de "Posters en vente à la boutique", il propose une série de dessins grand format à l'encre de Chine.

L'annonce de cette exposition a fait le tour des blogs s'intéressant aux arts graphiques tendance contre-culture. Il faut dire qu'en communicant inspiré Artus avait rendu public, quelques jours avant le vernissage de la dite expo, une note d'intention susceptible d'ouvrir l'appétit des plus perplexes. Qu'on en juge : « L’exposition « Posters en vente à la boutique », est la réponse à l’exposition « Tomorrow is the first day of the rest of you li(f)es », qui avait eu lieu à la galerie Patricia Dorfmann à mon retour de Chine en juin 2008. J’avais accepté d’y montrer un travail très politiquement correct qui m’avait valu la reconnaissance des milieux de l’art et, malgré les nombreuses ventes, m’avait laissé un goût de défaite dans la bouche. Chez Lazy dog je compte tenter de rétablir une vérité propre à ma démarche « contre culturelle » et à ses limites ».


Dans le cas où cette annonce de rébellion n'aurait pas suffi, le flyer de l'événement en rajoutait une louche : "Depuis que ça marchait je ne m'étais encore jamais senti autant dans la peau d'un vendu. Pour moi l'art servait à autre chose qu'à vendre des jolis dessins et avait beaucoup à voir avec la contestation des systèmes en place. Aujourd'hui "la contre culture" ne voulait plus rien dire qu'un beau chèque dans la poche un jour ou l'autre, et on voulait nous faire croire que ça ne dérangeais (sic) personne... Vraiment ?".

Mazette : on tenait là un artiste engagé, noble représentant d'une espèce pourtant malheureusement en voie de disparition ! Et comme pour mieux susciter une certaine nostalgie envers les belles année de l'art contestataire, Artus promettait une performance "saignante" le jour du vernissage de son exposition, à "21 h précise" : "vu que je suis très énervé contre tout en ce moment je vous conseille de ne pas la louper celle-là.... Ca va saigner !".
A 21 heure précise donc, le 30 mai dernier, Artus s'est mis à poil (ohhhhhhh !), a déchiré ses posters accrochés aux murs (ahhhhhhh !), derrière lesquels sont soudain apparus des mots grossiers peints en rouge (ihhhhhhh !).


Trêve d'ironie cependant. Malgré la dimension surannée et potache de la dite "performance", le travail d'Artus est loin d'être inintéressant. Cela a des faux airs de Raymond Pettibon dans le dessin, des vrais airs de Lichtenstein dans la composition et de vrais faux airs de Debord dans le propos comme dans la manière. Le tout avec une dimension autobiographique bien dans l'air du temps. C'est à la fois plaisant et intelligent, amusant et stylé et, faute de savoir susciter la révolte par des moyens nouveaux, cela a au moins le mérite d'évoquer une période où d'autres, sans doute plus inspirés ou plus révoltés, savaient le faire. On pourrait se contenter de conclure là dessus.

Sauf que la lecture de certains magazines actuellement en kiosque nous réserve une certaine surprise. Le Crédit Coopératif, filiale du Groupe Banque Populaire (faisant depuis hier l'objet d'une enquête préliminaire pour présentation de faux bilan et diffusion de fausses informations au marché), lance en effet une nouvelle campagne de publicité sur le thème "Une banque qui me défend, ça se défend !". Pour mieux faire avaler la pilule de son slogan démago, la banque s'est adjoint les services d'un artiste, d'un artiste pourfendeur du "politiquement correct", d'un artiste contestataire... Ca y est ? Vous avez deviné ? Ben oui : Artus. Le même.


Il y aurait certes là de quoi rire. Ou se mettre en colère. C'est pourtant un malaise d'un tout autre genre que l'on ressent pour peu que, tentant de parfaire son opinion sur le cas Artus, on prenne la peine d'aller fouiller un peu sur son blog. On y découvre en effet un gars intelligent, cultivé, critique envers le milieu dans lequel il évolue, s'interrogeant sur le rôle de l'artiste dans la société comme sur les tenants et les aboutissants de la contre-culture... Bref un artiste qui en plus de ne pas être dénué de talent serait visiblement honnête, notamment envers lui-même. Même pas un salaud !

Point de colère donc, mais de la tristesse, tristesse de voir une nouvelle fois vérifié le constat debordien : en ce début du XXIème siècle, la société du spectacle est plus que jamais capable de récupérer à son profit les critiques qui lui sont adressées, d'assujettir contre-culture et contre-pouvoir et de continuer ainsi à reigner seule... laissant aux spectres des artistes et autres contestataires le soin de divertir et d'endormir ceux qui ont la naïveté de croire encore en eux.
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lundi 18 mai 2009

Entretien avec Christian Guémy aka C215


Christian Guémy aka C215 multiplie les casquettes presque autant qu'il trouve d'usages pour son pseudonyme : pochoiriste de talent, poète, éditeur, organisateur d'expositions... Récemment, à l'occasion de l'exposition "Justice" à la Long Arm Gallery de Bristol, son travail sur le thème de la justice et de l'emprisonnement (comme celui de Bruno Leyval, Dan 23 et MC1984 avec lesquels il partageait l'affiche de cette expo collective organisée dans d'anciennes cellules de commissariat) a fait sensation. Autant dire que ce ne sont ni les bonnes raisons ni les questions qui manquent pour avoir envie de s'entretenir avec lui...

Tout d'abord, pourquoi avoir choisi le pochoir comme mode de création privilégié ?
Le pochoir résume tout ce que j'aime : le trait, l'application sur tous supports, la rapidité d'exécution, la patience requise pour découper ses outils... et enfin la possibilité de combiner optique tribale et figuration réaliste en pleine ville, sans autorisation.

Un de tes sujets favoris, sinon ton sujet de prédilection, est le visage. Tu multiplies les portraits. Le stencil te semble-t-il si approprié que cela au portrait, qui plus est réaliste et regorgeant de détails ?
L'intérêt d'une technique consiste à en écarter les territoires : les portraits sont des paysages, et les lois de l'optique permettent de multiples approches. La mienne vient de loin, car j'ai longtemps dessiné au poska blanc sur papier coloré des portraits et des scènes d'intérieur, ce qui me donne un avantage aujourd'hui... L'intérêt du portrait en tous cas, c'est d'aller tout droit à l'émotion. Rien n'interpelle davantage qu'un portrait.

En l'occurrence, de qui tires tu le portrait ?
Je tire le portrait des gens, des simples gens. Pas des vedettes. Ce qui m'intéresse c'est l'émotion.


Tu es diplômé d'histoire de l'art. D'une manière générale, comment cette connaissance en matière d'histoire de l'art influe-t-elle sur ton travail ?
J'ai étudié en ayant déjà peint lorsque j'étais adolescent. Puis je me suis remis à peindre... bien plus tard d'ailleurs. Mais le cursus universitaire m'a influencé et poussé vers un certain académisme. J'aime les exercices, les grands sujets... et les grands maîtres du passé. Avoir une solide culture t'aide à trouver d'avantage que tu ne cherches. T'appuyer sur les épaules des gens du passé t'aide à voir plus loin et plus vite... et t'évite de te croire l'inventeur de choses déjà existantes.

Comment conçois tu l'inscription du street art dans l'histoire de l'art ? Tu perçois des filiations avec des courants ou des écoles antérieures ou tu envisages plutôt le street art comme une forme de rupture ?
Il n'y a pas tant de rupture. Les artistes du land art, après guerre, et leur étude de la contextualité, sont les pères fondateurs du stree art. Graphiquement, de nombreux codes utilisés aujourd'hui avaient été exploités auparavant par les nouveaux réalistes.. etc. Ernest Pignon Ernest serait le premier "street artist" français selon moi.


Restons encore un instant sur ce terrain de la connaissance universitaire. J'ai tendance à penser qu'il existe, notamment en France, une réelle carence en matière de regard critique porté sur les arts de la rue. Comment expliques tu ce phénomène ? A tes yeux, est-ce lié à la nature même de ces pratiques artistiques, à une forme de rejet massif émanant de ceux qui détiennent les outils théoriques de la critique ou à quelque autre raison ?
C'est très simple : les universités françaises ont un décalage de trente à quarante ans sur la réalité... Bientôt les universitaires français digéreront Keith Haring... et ce qui a suivi, je l'espère. Le graffiti et le street art n'étant pas des mouvements clairs, aux compositions définies, cela risque de mettre un temps certain. D'autant que les historiens français ne considèrent que les documents d'archives et les évènements officiels... Bref ce n'est pas gagné mais cela viendra nécessairement !

L'exposition collective à laquelle tu as récemment participé - "Justice" - se déroulait dans d'anciennes cellules. J'ai lu quelque part que tu as toi-même fait l'expérience de la prison. Avec quel état d'esprit et avec quels objectifs es tu parti dans cette aventure ? Avais tu dans dans l'idée de régler des comptes ou au contraire de porter un regard distancié sur l'incarcération ?
Je ne sais pas. Je pense y être venu pour dépasser mes émotions et surmonter ce passé. Une revanche positive sur le destin peut-être...
Je n'ai pas de regard normé sur ces questions très complexes que sont l'incarcération, la culpabilité, la nécessité d'une justice pour les victimes. Je peux juste évoquer le sentiment d'enfermement pour le partager.


Au bout du compte, quel regard portes tu sur le travail réalisé à cette occasion et sur l'expérience que tu as vécu là ?
C'est une chance incroyable que de pouvoir peindre sur les murs d'une cellule et de mener à bien un projet que je trouve parfairtement cohérent, contrairement à la plupart des évenements collectifs de street art auxquels j'ai pu participer, à l'exception du "Cans festival". La coïncidence du thème - la justice - et du lieu - un commissariat - m'a semblé une opportunité unique.


Travailles tu différemment selon l'endroit où ta création doit prendre place, selon qu'elle sera peinte en extérieur ou qu'elle prendra place sur les cimaises d'une galerie ?
La galerie permet de réaliser des oeuvres plus abouties que dans la rue. Si je faisais en galerie ce que je peux faire aussi dans la rue, ce ne serait pas intéressant. La galerie permet de réaliser des installations, le tout dans le confort et avec un temps de préparation indéfini. Aimant ordinairement travailler sur un contexte, c'est alors à moi d'en créer un. En galerie il s'agit plus souvent d'un topique.

Techniquement, comment travailles tu ?
Je ne suis pas très enthousiaste lorsqu'il s'agit de parler de technique et je ne saurais quoi dire sinon que je ne me sers jamais de l'ordinateur. Je choisis une image en pensant à l'usage que je veux en faire (lieu, placement, etc.), l'imprime tel qu'elle est puis la découpe directement sans croquis, le plus simplement du monde. Peu importe le matériel au fond.


Récemment une des tes créations de rue a été volée, avec la porte de compteur électrique sur laquelle tu l'avais peinte. Tu t'en es alarmé et tu as même lancé une espèce d'avis de recherche. Comment analyses tu cette situation et surtout quelle est la philosophie qui sous-tend, en ce qui te concerne, le street art ?
Personnellement je peins dans la rue afin de partager ma passion avec le plus grand nombre, et non seulement quelques-uns. Je donne du temps, prends des risques, sans grande contrepartie, afin de partager. Mais le marché et les histoires de côte font qu'aujourd'hui mon travail de rue se trouve de plus en plus souvent volé, même sur des portes en acier assez lourdes et de taille conséquente. La porte ne m'appartenait plus. Ce n'est pas moi qu'on a volé, mais tous les passants qui auraient pu l'apprécier. Je ne tiens pas spécialement à la récupérer. Je tiens seulement à stopper les spéculateurs - s'il s'agit de spéculateurs - qui l'ont volée.
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