jeudi 26 février 2009

KAWS aka Brian Donnelly


Brian Donnelly est aujourd'hui un des artistes contemporains américains les plus en vu. En témoignent notamment le nombre d'expositions consacrées à son travail depuis la fin de l'année dernière, le reportage que lui a consacré au début de ce mois la chaîne CBS News comme les articles récemment publiés dans le New York Times et le Los Angeles Times ou encore la quantité de VIP (plus ou moins auto-proclamés) s'affichant dans les médias, sinon avec l'artiste lui-même, du moins avec une de ses créations.


Paradoxalement, tout se passe comme si son public si prompt à l'aduler ne prenait, le plus souvent, pas même la peine de regarder son travail, de l'observer, de l'admirer... Ainsi la plétore d'articles et de discussions que l'on trouve en ligne sur Kaws témoignent à leur manière - assez cruelle dans leur candeur - de cet état de fait : on attend de Kaws qu'il se dépêche de sortir un Companion "10 years after", qu'il commercialise un jouet détournant Astroboy, qu'il appose le logo Original Fake sur plus de co-brandings... Mais rien, ou si peu, relevant d'un véritable intérêt pour sa démarche artistique. Kaws est une marque et sa clientèle a le même type d'exigences envers celle-ci qu'à l'égard de toute autre marque.

Sans doute faut-il voir dans ce phénomène une conséquence du parti-pris résolument pop-art de la démarche de l'artiste. Une bonne part de la notoriété dont il jouit découle en effet de sa capacité à produire des objets d'art en série et à prix abordables, tels ses jouets ou les accessoires de sa marque Original Fake.

Il n'en demeure pas moins que cet engouement sélectif et donc partiel a de quoi étonner en cette période où Kaws se voit consacrer presque coup sur coup trois expositions personnelles, lesquelles démontrent clairement que, loin de se contenter de répéter à l'infini les mêmes recettes, il affine toujours plus sa démarche, l'enrichissant et la complexifiant tout à la fois, et n'hésite pas à faire siennes de nouvelles techniques.


Précisément, qu'était-il exposé à la galerie Emmanuel Perrotin de Miami en septembre 2008 comme à la galerie Gering & Lopez de New York en novembre de la même année ? Et qu'est-il possible de voir à l'exposition "The long way home" à la galerie Honor Fraser de Los Angeles depuis samedi dernier et ce jusqu'au 04 avril prochain ?

Certes, certaines choses ont un goût de déjà-vu : accueilli par un Chum géant connu de tous (dans son principe comme dans sa forme, sinon dans sa couleur ou son matériau) depuis l'exposition collective "Beautiful losers" (2004), le visiteur se voit proposer certaines toiles de petit format sous blister ainsi que de plus grands formats représentants, pour certains, des personnages issus de la culture mainstream revisités à la manière, maintenant bien connue, de l'artiste (oreilles et dentition façon squelette de comics, yeux en croix...).

Les amateurs de la première heure ne seront pas déçus, ils sont là en terrain connu et Bob l'éponge tout comme les Schtroumpfs, nouveaux personnages du panthéon personnel de Kaws, suffisent à leur offrir le sentiment réconfortant d'une esthétique sachant s'enrichir tout en restant reconnaissable entre toutes. Mais le véritable intérêt de ces expositions ne réside pas tant dans ces créations que dans d'autres oeuvres à la tonalité résolument nouvelle.


Ainsi de ces toiles qui, abandonnant le parti-pris du seul premier plan qui a longtemps était celui de Kaws, propose une vision plus complexe, traversée de diagonales comme autant de points de fuite, instaurant un chaos artificiel dans l'image ou au contraire, à l'aide de formes géométriques, la re-cadrant de manière exponentielle à l'intérieure même de la composition.

Les gimmicks de l'artiste demeurent (croix en guise d'yeux, main et dentition de Companion, queue de Bendy...) mais ils sont ici comme dé-contextualisés, séparés des personnages qui les portent habituellement. Il ne s'agit plus tant de reconnaître de quelles icônes les personnages de Kaws sont le détournement que de s'intéresser à ces mêmes personnages devenus eux-même icônes d'une certaine modernité et donc reconnaissables à la vue d'un seul de leur attribut.


Et puis il y a ces toiles présentant de nouveaux personnages originaux, plus proches, dans leur esthétique, des flops de l'artiste que de ses traditionnels personnages aux fausses allures de cartoon. La rupture entre anciens et nouveaux sujets est ici consommée, assumée et même revendiquée, l'absence de tout oeil faisant office d'ultime pied de nez à l'ancienne esthétique kawsienne, comme si la signature de l'artiste n'avait plus lieu d'être.

Il faut encore évoquer les couleurs utilisées, lesquelles brillent pas leur exubérance (la palette n'en a jamais été aussi riche et les teintes choisies sont presque saturées) quand elles ne sont pas tout simplement niées à l'occasion de toiles noir sur fond noir.


Le succès rencontré par ces trois expositions comme le battage médiatique qui les a entouré le prouvent clairement : en osant remettre en question sa propre pratique artistique, Kaws est parvenu à s'octroyer un nouveau public, celui des galeries (voir à ce sujet l' intéressant article mis en ligne sur le site de la MJC). Ce dernier n'est pas, en soi, plus valorisant que celui constitué des amateurs de la première heure ayant appris à apprécier Kaws pour ses interventions dans la rue (graff, publicités détournées, etc.) comme pour ses créations en série (jouets, objets divers). Il a cependant le mérite, de par le regard neuf qu'il pose sur les travaux de Kaws, de l'inciter à pousser plus loin ses expérimentations, de l'amener à se questionner et à remettre en cause son travail. Il y a ainsi tout lieu de se réjouir de cet état de fait.
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lundi 23 février 2009

MishkaxBShitxLowclub : vous reprendrez bien un peu de Superdeux ?


Malgré son esthétique à la ligne et aux couleurs franches, Superdeux est un gars compliqué. Du genre à brouiller les pistes en se cachant sous de multiples avatars, en se dissimulant derrière nombre de collectifs, en changeant de nom selon la nature du projet en cours : que ce soit BShit (projet spécifique autour d'un étron...), Unchi (collectif réunissant, autour de Superdeux, une quinzaine de personnes proposant aussi bien des expos collectives - on se souvient notamment de Resist !, Popn'n Flop ou encore Panos 2013 - que des dj-set) ou encore Lowclub (projet musical), il y a toujours du Superdeux derrière tout ça !

Manière d'embrouiller encore un peu plus les pistes, parfois les projets en questions fusionnent pour telle ou telle occasion. Ainsi vient-on d'apprendre (non pas sur le blog de BShit, ce serait trop simple, mais sur celui de duo graphique Kanardo, comparse de Superdeux dans l'aventure Unchi) qu'un nouveau mixe signé Lowclub, pour l'occasion estampillé BShit et en partenariat avec la marque de fringues new-yorkaise Mishka, était disponible en ligne.

Vous n'y comprenez plus rien ? A vrai dire, moi non plus... Mais somme toute peu importe. Ce qui compte c'est que ce mixe est disponible en téléchargement libre et gratuit en cliquant simplement sur ce lien.
Pour les retardataires, on rappellera que le mixe précédent, réalisé à partir d'une tracklist proposée par 123Klan, est toujours disponible dans les mêmes conditions (c'est à dire sans condition) quelque part par .


Ca fait des années qu'on nous bassine les oreilles avec le le principe de crossover, Superdeux l'incarne à lui seul ! En créant de la sorte des ponts entre différentes entités (BShit, Lowclub, Unchi...), il permet à des pratiques et à des univers artistiques différents (arts graphiques, musique, mode, jouet) de se rencontrer à l'occasion de projets spécifiques.

Au bout du compte, tout cela est beaucoup moins chaotique qu'il n'y paraît sur le papier et les mixes de Lowclub matchent parfaitement avec l'esthétique Superdeux : le tout se veut léger et fun, efficace et dynamique, et y parvient sans soucis !
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vendredi 20 février 2009

skatebookS


Il fût un temps où le skater français n'avait que Bicross & Skate Magazine (pour les curieux et les nostalgiques, le site Endlesslines a eu la bonne idée de mettre en ligne des scans d'anciens numéros) à se mettre sous la dent s'il voulait entr'apercevoir quelques images de skaters chevronnés en action ou admirer le design des planches produites outre-atlantique.
Cette époque est bien heureusement révolue et il n'est plus un trimestre qui passe sans qu'apparaisse sur les rayonnages des librairies un nouvel ouvrage consacré à la divine planche à roulettes.

Même les magazines de skate se font livres de nos jours, c'est vous dire ! C'est en tout cas l'option choisie par Salman Agah et Michael Ballard pour leur Skatebook : sortir un trimestriel sous forme d'un livre relié de 350 pages !
Pour ne rien gâcher, Skatebook est gratuit. Tout au moins il l'est pour les heureux américains qui peuvent le trouver entre deux piles de flyers dans leur skate-shop du coin de la rue. Il l'est beaucoup moins pour nous européens qui, ne pouvant profiter de la proposition d'envoi à domicile faite sur le site de Skatebook, sommes contraints de nous rabattre sur des intermédiaires style libraires en ligne qui ont le chic pour transformer tout gratuit en payant, payant payable à prix fort qui plus est !


Pour revenir à l'essentiel, sachez que Skatebook laisse une large place à l'image, contemporaine ou d'archive, et semble avoir pour vocation de se faire le témoin éclairé de toute une culture. Pour ce faire, les bonnes idées ne manquent pas, comme notamment celle consistant à laisser les raines de chaque numéro entre les mains d'un rédacteur en chef invité, lui-même acteur émérite de la dite skate-culture.
Ainsi, après Steve Berra, Paul Sharpe et Lance Mountain, c'est le grand Mike Vallely qui s'y colle pour le 4ème numéro de Skatebook sorti la semaine dernière. La couverture, un portrait en pied de Vallely himself, a le chic pour rappeler aux old timers que bien du temps a passé depuis leur dernière ride session, suffisamment de temps pour transformer un jeune skinhead façon straight-edge en père de famille à la sauce biker à barbe...


Autre sortie, à venir celle-ci, celle de Disposable II : A skateboard collector's bible de Sean Cliver chez Gingko Press.
Annoncé, selon les sites, pour mars ou juillet prochain, Disposable II se propose tout simplement de poursuivre l'oeuvre de mémoire amorcée en 2004 avec Disposable : A history of skateboard art.

Depuis, l'ouvrage est devenu un véritable livre culte (multipliant les rééditions) et S. Cleaver (ancien designer chez Powell & Peralta) n'a donc eu aucun mal à se persuader lui-même, et par la même occasion son éditeur, qu'il était d'utilité publique de poursuivre sa quête de recensement de ce qui s'est fait de plus beau, de plus marquant et de plus innovant en matière de design de planches à roulettes depuis les origines jusqu'à nos jours.

Pour finir et puisqu'il est fait référence au début de cet article aux old timers, je ne résiste pas à l'envie de vous inviter à visiter cette page internet sur laquelle vous redécouvrirez, disponible en téléchargement gratuit, la bande son de votre jeunesse sur roulettes, de JFA à Eight Dayz...

(merci à Thomas)
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mardi 17 février 2009

Martha Cooper, "Going postal. Mailing label street art" (Mark Batty Publisher, 2009)


Mondialement reconnue pour ses reportages photos concernant la scène hip-hop américaine des années 70 et 80 (c'est à elle que l'on doit le livre culte Hip Hop Files), Martha Cooper est une vénérable dame officiant notamment pour le magazine National Geographic.

Bien que n'étant pas elle-même du sérail, elle s'est spécialisée depuis de nombreuses années dans le reportage photographique consacré à la street culture. Après les premières années du hip-hop, les B-Girlz, le graffiti en général ou encore le graffiti sur rames de métro en particulier, elle s'intéresse, depuis 2003, aux stickers et plus particulièrement aux stickers postaux customisés main.


S'amusant de voir La Poste, le United States Postal Service ou encore la Deutsche Post sponsoriser à leur corps défendant cette forme d'expression artistique à la fois peu onéreuse (les stickers vous sont offerts par votre bureau de poste), pratique (réalisation tranquille chez soi et affichage sur la voie publique en un seul geste) et légalement inattaquable (quel policier municipal, même le plus obtus, oserait vous aligner pour avoir simplement apposé un autocollant ?), Martha Cooper a shooté ces dernières années des centaines de stickers à travers le monde.

Publié par Mark Batty Publisher le mois dernier, Going postal. Mailing label street art propose une sélection de quelques 200 prises de vue.


Où l'on constate que, férue d'anthropologie, Martha Cooper se montre à même de porter sur la street culture un regard à la fois particulièrement éclairé et distancié, soucieux de ne jamais séparer le sujet de ces photos de leur contexte.
Cette entreprise, qu'elle définit elle-même comme étant guidée par la volonté de préserver un patrimoine historique par définition éphémère, se verra confortée par une soirée de présentation de ses travaux relatifs aux stickers postaux à la galerie Ad Hoc (Brooklyn - NYC) le 20 février prochain.

Si vous n'avez pas prévu de passer le week-end prochain à New York, le livre est toujours disponible dans toutes les bonnes librairies.
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samedi 14 février 2009

Un Blockbob de plus


Faut être cohérent : vous ayant parlé des deux précédentes versions du Blockbob, je me vois mal passer sous silence la sortie du jour.
Le collectif Eboy vient en effet de mettre en vente, aujourd'hui même sur son site internet, le Blockbob Black Friday, soit une version noire de leur sympathique personnage en bois.

Comme la version blanche dite "Snow", cette troisième version est limitée à 12 exemplaires dont 6 seulement sont disponibles à la vente. Inutile de préciser que le jouet est vendu dédicacé : étant donné la quantité produite ce geste commercial ne risque pas de leur fouler le poignet !

Plus sérieusement, bien que cette dernière version ne soit pas moins réussie que les deux précédentes (sorties respectivement le 06 octobre et le 27 novembre 2008), il est un peu dommage de voir le collectif allemand et ses petites (auto)productions artisanales adopter le même penchant mercantile que la majeure partie des firmes productrices de jouets à la réalisation en chaîne de color variants.
D'autant plus dommage que le principe même du Blockbob (comme celui d'ailleurs du Peecol des mêmes Eboy), constitué de trois pièces totalement indépendantes les unes des autres et donc amovibles, invite bien plus à la création de multiples personnages sur le même modèle et pouvant donc donner naissance à des hybrides, qu'à la multiplication des versions d'un seul et même personnage.


C'est dans cette logique qu'il semble avoir été conçu (comme en témoigne notamment l'image ci-dessus), ne reste donc plus à espérer que ses créateurs finissent par s'en souvenir...
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mardi 10 février 2009

Yann Kempen peint


L'Affordable Art Fair (AAF) de Bruxelles se tiendra du 12 au 15 février prochain.
Parmi la foule d'artistes qui participeront à cette foire (et qui y proposeront des tarifs allant de 100 à 5000 €), j'ai choisi de vous parler de Yann Kempen dont les travaux seront présentés à l'AAF par la galerie Edgard le marchand d'art.

D'abord parce que c'est un ami et que j'aime son travail (ce qui constituent deux excellentes raisons tout à fait indépendantes l'une de l'autre). Ensuite parce que mon emploi du temps actuel me laisse trop peu de temps à consacrer à SCS et que j'ai justement sous la main un texte, écrit il y a quelque temps déjà, qui n'attend qu'à être copié-collé.
Rédigée en 2006, cette présentation du travail de Y. Kempen, a été publiée sous forme d'introduction au catalogue de l'exposition "French kiss". Je la reproduis telle quelle.


"Yann Kempen peint.
Pour l'observateur, la cause pourrait sembler entendue : ce serait bien de manga dont il est ici question. Pourtant, il n'en est rien. Alors même que les principaux codes de ce mode d'expression populaire sont reconnus, ils se trouvent dans le même temps confrontés à un certain nombre d'éléments picturaux agissant comme autant de hiatus venant démentir le diagnostic par trop rapide.

En premier lieu, alors que le manga est généralement imprimé en noir et blanc, les toiles de Yann Kempen se composent notamment d'un large éventail de rouges (magenta, pourpre, violet...) ainsi que d'une teinte dorée sur laquelle nous aurons à revenir. L'utilisation de trames est qui plus est délaissée, pour ne pas dire ouvertement niée, au profit d'un parti pris de la matière qui ne laisse rien subsister de la transparence spectrale des faux aplats du mangaka. Ici la peinture, de par sa densité matérielle, est tout autant l'objet du propos que son principal médium. S'inscrivant dans cette logique d'épaississement, de densification, le choix de profonds châssis venant supporter la toile fait office de démenti apporté au papier excessivement fin et de piètre qualité sur lequel sont généralement imprimés les mangas. Plus que de simples toiles, plus que de simples supports à la représentation, les créations de Yann Kempen tendent à apparaître comme de véritables objets à part entière, capables de s'imposer à et dans l'espace par leur seule présence physique.


En outre, la capacité picturale et narrative du manga à rendre sensible le déroulement temporel d'une situation, capacité héritée de l'emakimono chinois et souvent comparée au montage cinématographique, est ici totalement abandonnée aux profits de cases isolées exprimant, comme autant de plans fixes, mouvements et expressions figés. Ignorant une autre des spécificités artistiques du genre auquel elle se rapporte, à savoir le subtil entrecroisement du dessin et du récit écrit, chaque toile de Yann Kempen se présente enfin sous la forme d'une case strictement muette.

L'une des principales conséquences de ce mode opératoire est que, se référant de façon patente à une esthétique lisse et policée, les créations de Yann Kempen ne présentent pas moins un aspect volontairement sali, vieilli, rugueux, imparfait. Il n'est pas ainsi jusqu'à l'épiderme des mutines jeunes filles représentées qui ne semble avoir subi les outrages du temps, la déliquescence de la matière.

Si l'on ajoute à ce bilan que Yann Kempen ne crée pas lui-même ses personnages mais qu'il les emprunte directement aux différents volumes qui peuplent sa bibliothèque, on aura tôt fait d'en conclure qu'il se prête de la sorte au désormais traditionnel jeu du détournement. Ce serait là une nouvelle erreur. Ses oeuvres ne relèvent pas de l'art du manga, mais elles n'en constituent pas pour autant l'image détournée. Yann Kempen ne détourne pas une esthétique, ni même ses personnages, il révèle au contraire les figure-types qui s'y dissimulent.



Comme le signalent indirectement les titres des oeuvres exposées tout comme le nom lui-même de l'exposition, ce qui est ici à voir se cache derrière ce qui est montré. Résolument post-moderne et assumant pleinement sa filiation avec le néo-pop art, l'art de Yann Kempen nous donne à voir, sous ses apparences de manga démenties et par là même soulignées, des icônes féminines d'aujourd'hui révélées par le travail, quant à lui multiséculaire (le fond or des oeuvres exposées constitue à cet égard un clin d'oeil appuyé à la tradition de l'icône religieuse), de la peinture."
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jeudi 5 février 2009

Ruppert et Mulot, "Sol Carrelus" (L'Association, 2008)


Le festival international de la bande dessinée d'Angoulême s'est clôturé il y a quelques jours sur un bilan en demie teinte, pour ne pas dire contradictoire, comme il est d'usage depuis quelques années déjà. Laissant, comme il se doit pour cet événement financé par la grande distribution, la part belle de ses stands et autres pavillons de dédicaces à la BD peuplée de trolls et de bimbos, d'aventuriers et de persos plus ou moins autobiographiques à l'humour potache, le festival n'a pas moins mis à l'honneur, via son palmarès, des auteurs aux propos moins infantilisants et, d'une façon générale, plus pertinents comme Blutch et Winshluss (prix du meilleur album avec Pinochio).

Ruppert et Mulot, qui avaient reçu en 2007 le prix Révélation pour Panier de singe, n'ont pas transformé l'essai à l'occasion de cette nouvelle édition du festival, bien que leur album Le tricheur faisait partie de la sélection officielle.

Vous me direz "on s'en fout" et je vous répondrai "oui, tout à fait, mais bon je ne pouvais tout de même pas, en cette période de foire à la BD, commencer un article consacré à des auteurs de bande dessinée sans même faire référence à leur présence au festival d'Angoulême" et, plus ou moins convaincus, vous acquiescerez, ce qui nous permettra d'entrer enfin dans le vif sujet.


Le vif du sujet, ce n'est ni Panier de singe, ni Le tricheur mais Sol Carrelus, leur dernier album en date paru il y a quelques semaines à peine chez L'Association. Inutile de s'attarder sur le titre (je vous rassure tout de même : malgré les apparences nous ne sommes pas ici devant un de ces "albums-à-mourir-de-rire" dont raffole tant l'industrie de l'édition), ni même sur l'histoire de ce sixième bijou signé Florent Ruppert et Jêrome Mulot, car finalement là ne réside pas son véritable intérêt.

Non pas que ce qui constitue la trame de cet album soit dénué d'intérêt ni même d'humour - bien au contraire les deux compères excellent tout autant dans l'invention de situations aussi singulières que ludiques que dans la rédaction de dialogues au style faussement parlé et à l'humour pince-sans-rire vraiment efficace -, mais parce que, comme ses prédécesseurs, Sol Carrelus est avant tout une histoire de style et une manière d'interroger la narration dessinée en en dévoilant les rouages et en en expérimentant de nouvelles facettes.

Question style, le trait sobre et élégant de Ruppert et Mulot (une forme de ligne claire toutefois dénuée de la fausse évidence qui accompagne le plus souvent cette façon de dessiner) comme leur usage exclusif du noir et blanc s'enrichit cette fois de l'adjonction de glacis à l'aquarelle jouant des nuances de gris. Quant aux personnages, à l'inverse de l'esthétique prédominante du manga japonais et de ses héros aux visages ultra-expressifs, le caractère inexpressif de leurs traits, au demeurant simplifiés à l'extrême, n'a d'égale que la grâce se dégageant de leurs mouvements (pour l'anecdote, Ruppert pratiqua la danse contemporaine avant de s'adonner au dessin).


Le mouvement, tel est d'ailleurs sans doute un des thèmes centraux de ce roman graphique. On se souvient que c'était déjà le cas avec Panier de singe qui proposait au lecteur de découvrir ou de redécouvrir les joies du phénakistiscopes, ces images circulaires, inventées en 1831 par Joseph Plateau, qui permettent, pour peu que l'on prenne la peine de les faire tourner autour d'un axe, de se faire son petit cinéma d'animation en profitant du phénomène de la persistance rétinienne (les phénakistiscopes de Panier de singe sont disponibles en ligne).

Cette fois le procédé diffère mais l'objectif demeure inchangé : interroger la pratique de la bande-dessinée comme succession de cases/séquences censées renvoyer à un mouvement, à une action se déroulant. Pour se faire, Ruppert et Mulot n'hésitent pas à décrire avec méticulosité nombre de mouvements de nature aussi absurde que violent. Manière d'enfoncer encore plus le clou de leur propos (par ailleurs évoqué tout au long de l'album par la présence récurrente d'un trampoline quelque peu incongru dans le décors de château hanté qu'est celui de Sol Carrelus) ils entrecoupent leur narration de grandes et surprenantes planches sur fond noir dans lesquels un mouvement (toujours de nature criminel) est systématiquement déconstruit pour être comme rejoué devant nos yeux par le biais de strips entrecroisés.


Bande dessinée conceptuelle - osons le mot -, Sol Carrelus a pour objet non pas tant le signifié que le signifiant. Un ultime témoignage de cette démarche nous est d'ailleurs offert par les scènes de mises à mort qui sont jouées tout au long de l'album et dans lesquelles ce ne sont pas tant les personnages qui sont amputés que la représentation de ces mêmes personnages qui se trouve altérée, comme trouée ou lacérée selon l'arme du crime.

Bande-dessinée ayant pour thème principal la pratique de la bande-dessinée interrogée par les moyens mêmes de ce médium, Sol Carrelus mérite amplement sa place dans les bibliothèques de tous les passionnés de romans graphiques désireux de voir l'objet de leur amour enfin mériter l'appellation tant galvaudée de 9ème art.

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dimanche 1 février 2009

Report : exposition collective "Propeace" à la MFW (Lille)


Ce n'est pas dans nos habitudes de nous contenter de poster quelques photos en guise d'article. Et ça ne risque pas de le devenir : des images, on en voit partout, et le plus souvent ça n'apporte pas grand chose.

Disons que pour cette fois je déroge à la règle que je me suis moi-même fixé. Non pas par facilité ou par flemme, mais parce que le vernissage de l'expo "Propreace" qui avait lieu vendredi dernier à la MFW a été l'occasion d'une expérience, certes enrichissante mais non pas dans le domaine esthétique. Dans une certaine mesure les travaux exposés n'y sont pas pour grand chose. Et puisque je n'ai aucune raison de me montrer désagréable envers les participants comme envers l'organisateur de la dite expo, j'ai choisi cette fois de me taire.

Sans doute, par contre, aurai-je l'occasion prochainement de me montrer plus prolixe au sujet d'une belle discussion que ce vernissage m'a donné l'occasion d'avoir avec Lady Alezia et Comoseta. Où il sera question de street art, de ce que l'on est en droit d'attendre de toute pratique se définissant comme art, de ce qu'est une création artistique par opposition à ce qu'est une image, etc. Enfin bref, un truc que la plupart ne prendront pas même la peine de lire, ce qui ne démontrera finalement que leur refus plus ou moins conscient d'en être les destinataires.








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