mercredi 28 janvier 2009

Failure notice


Faut que je vous avoue quelque chose : je ne suis pas journaliste.

J'ai beau écrire des articles sur ceci ou cela, me faire critique de livres, commentateur d'expos, chroniqueur de jouets ou encore interviewer, je ne suis qu'un dilettante. Passionné certes, éclairé je l'espère, mais simplement dilettante.
Indubitablement cette position a ses bons côtés : j'écris quand bon me chante, je ne parle que de ce qui m'intéresse, je ne suis pas obligé de « faire du chiffre » et j'ai une totale liberté de ton. Fort bien.

Cependant il me faut bien admettre que cette situation ne comporte pas que des avantages : les pigistes de l’AFP n’écrivent pas les articles que je signe ; je ne reçois pas de service de presse et suis donc contraint de me payer les livres dont je veux parler ; je ne suis pas invité aux visites d'expos la veille des vernissages et me vois donc obligé, comme tout à chacun, de jouer des coudes et de renverser au passage quelques centilitres de ma bière (payée sur mes deniers personnels) afin de pouvoir entr'apercevoir une toile, etc. Enfin ce non statut implique, je le confesse et le revendique tout à la fois, une certaine forme d'artisanat.

Par exemple, lorsque je veux m’entretenir avec quelqu’un en vue de publier une interview sur SCS, je fais au plus simple pour qui n’a ni carnet d’adresse, ni secrétaire : je fouille sur le net à la recherche d’une adresse électronique à laquelle envoyer mes questions. Je fais ensuite parvenir un mail présentant l’objet de ma requête à la personne concernée. Lorsque celle-ci m’a signifié son accord de principe, je lui envoie une série de questions puis attends ses réponses avant, le cas échéant, de poser de nouvelles questions pour rebondir sur ses propos. Ca vaut ce que ça vaut, c’est amateur en diable, mais enfin généralement ça ne fonctionne pas si mal.

Sauf que parfois ça foire. C’est notamment ce qui vient d’arriver avec Michael Dupouy, responsable de La MJC et éditeur d’All Gone. Désireux de m’entretenir avec lui à propos de ce livre et de la street culture en général, je suis allé visiter le site de La MJC, la page de contacts et y ai découvert un lien vers un site exclusivement consacré à All Gone . Puisque cela me paraissait tout à fait correspondre à ma recherche, je l’ai visité, ai cliqué une nouvelle fois sur « contact » et d’emblée, magie de la technologie moderne, mon logiciel de courrier électronique s’est ouvert en indiquant comme destinataire de mon message : info@allgonebook.com. Et j’y suis allé de ma désormais traditionnelle demande d’entretien.

C’était le 21 janvier dernier. Six jours plus tard, n’ayant reçu aucune réponse à mon message, j’ai conclu que Michael Dupouy ne souhaitait pas répondre à mes questions et ai donc publié, sans lui, l’article intitulé Non-entretien avec M. Dupouy, éditeur d’ « All Gone » .

Il se trouve que Michael Dupouy n’a jamais reçu ce message. La boîte mail en question ne fonctionne pas et se garde bien, qui plus est, de vous prévenir par un Mailer-Daemon des familles. Il se trouve également que M. Dupouy a lu l’article le concernant. Et que suite à cette lecture il a pris la peine de rechercher mon numéro de téléphone, de le trouver et de m’appeler ce midi.
Loin de vouloir éviter mes questions, il les juge intéressantes. Loin de fuir le débat il tient au contraire à y participer.

Rendez-vous donc dans quelques jours (ben oui, il faut un peu de temps pour rédiger de vraies questions ; eh oui, il en faut plus encore pour y répondre avec soin) sur SCS pour lire cet entretien !

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mardi 27 janvier 2009

Non-entretien avec M. Dupouy, éditeur d'"All Gone"


C'est devenu une agréable habitude. Chaque début d'année, à l'heure où fleurissent dans la presse écrite les listes des personnes les plus appréciées de la population, les plus riches ou encore les plus influentes de l'année, La MJC édite un ouvrage recensant les objets les plus innovants, les plus recherchés ou tout simplement les plus beaux de l'année écoulée : All Gone. The finest of street culture...


Pour la troisième année consécutive, All Gone débarque donc sur les rayonnages de nos bibliothèques et, comme à chaque fois, l'ouvrage se présente sous les meilleurs atours : sous une reliure cartonnée et sur papier glacé, chaque objet sélectionné - du jouet au tee-shirt, de la paire de sneakers à la planche de skate, du livre à la bicyclette - jouit d'une présentation soignée. Les prises de vue sont assurées par des photographes tels Terry Richardson ou encore Sol Sanchez et les notices, rédigées en anglais, sont à la fois synthétiques et bien pensées, quand elles ne prennent pas carrément la forme de courtes interviews.


L'ouvrage, distribué dans une sélection de shops à travers le monde, est disponible depuis la fin de la semaine dernière chez Colette ainsi que sur le eshop aussi élégant que peu pratique de la boutique de la rue St Honoré. Limité à 1000 exemplaires, il est proposé avec deux couvertures différentes, l'une rouge sur rouge (200 exemplaires) et l'autre blanc sur rouge (700 exemplaires).

A l'occasion de la sortie du cru 2008 d'All Gone, j'aurais aimé vous proposer un entretien avec Michael Dupouy, l'instigateur de cette bible du fétichisme post-moderne. Mais le mail que je lui ai envoyé en ce sens est à ce jour demeuré sans réponse. J'en suis d'autant plus navré que je voyais là une bonne occasion, certes, de parler du livre mais aussi d'ouvrir une réflexion sur la place de ce qu'il est convenu d'appeler la "hype" dans la street culture.

Plutôt que de rester avec mon lot de questions sous le bras, j'en soumets quelques unes à votre sagacité, manière de vous inviter à creuser par vous même la réflexion.


- Alors qu'il est question dans la préface d'All gone de rendre hommage aux productions majeures de la street culture, la quatrième de couverture est plus précise et stipule quant à elle qu'il s'agit de recenser des objets en édition limitée. Que penser d'une culture qui, issue de la rue, de la démerde et du do-it-yourself, en vient à adopter et à revendiquer de la sorte la logique du consumérisme exacerbé à laquelle appartient précisément la technique de l'édition limitée ?
- La street culture n'aurait-elle rien d'autre à proposer que le fétichisme de l'objet de consommation qui sévit par ailleurs dans toutes les autres sphères de la société ?
- Plus fondamentalement encore, n'est-il pas restrictif de décrire une culture comme une série d'objets ?
- L'ensemble des objets dont il question dans All gone arborent fièrement leur logo et la quatrième de couverture du livre liste non moins fièrement les marques dont il sera question à l'intérieur de l'ouvrage au même titre que les créateurs et autres artistes qui y sont mentionnés. La street culture, c'est la culture mainstream avec des logos différents ?
- All gone recense, parmi les objets les plus importants de 2008, le Bape Book qui recense quant à lui les différentes productions de la marque du même nom. La street culture n'aurait-elle pas tendance à se regarder le nombril et, de ce fait, à tourner en rond ?
- Autre objet recensé dans le livre, la série de bouteilles de Malibu décorées par Delta, James Jarvis et So-Me. La street culture se réduit-elle à une forme de marketing ?
- Pour finir, petit problème d'éthique pratique : la majeure partie des objets recensés dans All gone sont très difficiles à se procurer, c'est d'ailleurs une des raisons avouées de leur présence dans le livre. En l'occurrence, pour ce qui concerne la France, la plupart d'entre eux ne sont commercialisés que par Colette, à savoir le magasin qui semble avoir une espèce de monopole pour la distribution d'All gone en France et dont l'édition précédente arborait le logo sur sa couverture. Est-il vraiment nécessaire que je pose de manière plus explicite ma question ou le problème apparaît-il de la sorte de manière suffisamment patente ?

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vendredi 23 janvier 2009

Entretien avec Jac et Johan (réalisateurs de "Vinyl & Co")



Ca faisait des années qu'on l'attendait, qu'on en discutait sur les forums spécialisés, qu'on s'impatientait toujours plus à chaque mise en ligne d'un nouveau trailer et puis, pendant les vacances de Noël, c'est arrivé. C'est arrivé sans crier gare, sous une forme inattendue, de manière tout à fait impromptue.


"Vinyl & Co", le premier documentaire consacré aux "designer toys" (ou tout au moins le premier dont la production fut annoncée), est enfin apparu sur nos écrans. Non pas sous la forme d'un dvd, comme cela été prévu, mais sous celle d'un documentaire télévisé au format standard de 52 minutes. Diffusé sur Planète, le film aura profité de plusieurs passages à l'écran (première diffusion le 24 décembre).
Pour autant, la sortie d'un double dvd susceptible d'offrir une immersion bien plus longue dans le travail de Jac et Johan est toujours attendue et certaines questions demeurent ouvertes.
Plutôt que de les laisser béantes, on les a posées aux deux co-réalisateurs.


Pour commencer, pouvez-vous vous présenter ? Qui êtes vous, quel sont vos parcours respectifs ? Et par quel biais vous êtes vous retrouvés à travailler ensemble ?

Johan : j'ai eu une scolarité catastrophique. J'ai vite compris que mon avenir n'était pas sur les bancs de l'éducation nationale. Et puis quand j'ai dit que je voulais faire du cinéma et qu'on m'a proposé une formation de projectionniste j'ai laissé la voix classique pour devenir autodidacte.

Jac : après un parcours scolaire classique j'ai rapidement eu envie de toucher à l'image. J'ai fait quelques courts métrages en vidéo, puis j'ai intégré les Beaux Arts.
J'en suis sortis et j'ai commencé à bosser dans la vidéo.
On s'est rencontré par le biais d'un pote il y a 8 ans. On a rapidement sympathisé et il se trouve qu'on voulait tous les deux bosser dans l'image. Moi je faisais des courts et j'avais commencé un doc sur les jeux vidéo et puis je taffais en vidéo pour rentrer de la monnaie.
Johan avait fait des videos pour Phoenix et faisais aussi des trucs de son coté.
On a alors essayé de lancer un ou deux projets ensemble assez rapidement, mais on était pas tombé sur les bons interlocuteurs.
Et puis un jour, alors que Johan était entrain de bosser sur un documentaire sur les Pockemon, un groupe de breakdancers de Lyon (champions du monde en équipe à l'époque), il m'a appelé et j'ai intégré le projet. Lorsque ce film a été fini on a continué à bosser ensemble.

Johan : on peut dire que j'ai été LA vraie chance de Jac (rires).


"Vinyl & Co" n'est pas votre premier film. Si je ne me trompe vous avez déjà réalisé des documentaires tournant autour de la street culture ou encore des clips musicaux ?

Jac : on a donc réalisé un film sur les Pockemon - « United we stand » - et un autre sur les jeux vidéos qui sortira peut être cette année.
Là on vient de boucler "Liloo : a breakdancer's story". C'est un film sur Liloo, champion du monde de breakdance et membre fondateur du Pockemon crew.
On a aussi bossé toute la partie video d'un de leurs spectacle.
On a par ailleurs réalisé le clip de Tito Mendoza, on l'a fait comme un hommage aux films de genre. On a eu des moyens ultra limités pour le tournage, mais l'ambiance est là.
Notre fond de commerce c'est la pop culture et la street culture. On est de la génération Goldorak, Star wars, comics, manga, les débuts du rap francais... On a eu la chance d'être à la croisée de pleins d'univers qui forment réellement une culture à part entière. A cela tu rajoutes le cinéma et la musique et les champs de possibilités sont infinis.
C'est vraiment là dessus que l'on a envie de bosser, montrer ce que l'on aime et démocratiser des niches culturelles parfois un brin trop refermées sur elles mêmes et les donner à voir et à comprendre.
On a quelques projets de clips et plusieurs projets de documentaires, et on a vraiment envie d'essayer des esthétiques et des ambiances différentes, tout en restant dans ses univers là.

Johan : oui, il y a des choses qui se profilent, qui se préparent... Néanmoins on ne peut pas affirmer qu'on fera tout ce qu'on dit. On reste des grandes gueules quand même...


Tous vos projets sont-ils réalisés en commun ou vous arrive-t-il de faire bande à part ?

Jac : en ce qui concerne la vidéo on fait tout à 4 mains. Après on est touche-à-tout et on a pleins d'envies, on écrit chacun de notre coté, parfois seuls, parfois avec d'autres. On a plein d'envies mais pour le moment on à pas épuisé le duo.

Johan : généralement c'est plutôt notre duo qui épuise !


En mars 2006, vous mettez en ligne le blog Vinyl & Co consacré au projet de film du même nom. Le premier article posté contient déjà des séquences vidéos... Pouvez-vous nous dire quand exactement vous avez commencé à travailler sur ce film ?

Jac : on a commencé à réfléchir à ce film fin 2005 et à bosser réellement dessus début 2006. On est alors monté à Paris et on a fait des interviews.
Johan : on a tout commencé en autoprod. On avait peur de rien, on était jeunes ! Plus sérieusement j'avais quelques contacts qui nous ont gentiment ouverts leurs portes (Pedro Winter, Fafi, So Me...) sans trop se poser de questions, ce qui était assez rafraîchissant.


Quelle est l'histoire de sa genèse et quels en sont les partenaires ?

Jac : tout d'abord on est fans de jouets. On en a chez nous, on en collectionne certains, et ils font partis de notre quotidien. Johan avait ramené des Jarvis et quand je les ai vus j'ai craqué direct dessus. Et puis en bon geek j'ai commencé a faire des recherches sur ces jouets d'artistes et à l'époque j'ai rien trouvé d'intéressant dessus. Un jour j'ai dit à Johan "faut qu'on fasse un truc là dessus". Lui aussi était curieux et c'est rapidement devenu une évidence.
Rapidement ces jouets nous sont apparus comme la synthèse de pleins de références qui nous parlaient et on voulait en savoir plus.
Johan avait eu le contact de Yann-Claude de chez Artoyz alors on est allez là-bas et on a rencontré Yann et Michael. Ils ont été emballés direct par l'idée de ce film et Michael à été le premier à nous suivre dans cette aventure et on l'en remercie.
On est partis au japon en août 2006 pour rencontrer les Devilrobots et d'autres et Artoyz a directement co-financé ce voyage avec nous.
Lorsque l'on est rentré Michael nous a présenté à certaines boite de prod. Après un essai infructueux on est arrivé chez 75 et ils nous on suivi dans cette aventure. C'était notre premier « gros » film et eux avait envie de produire leur premier film.


Qui finance et, à ce propos, un projet de ce type, ça donne quoi en terme de coût ?

Jac : c'est une co-production 75 & ARTOYZ qui coûte cher...

Johan : de toute façon en vidéo tout coûte cher !


Lorsque le buzz commence sur internet autour de "Vinyl & Co", il est alors question que ce soit le premier film sur les jouets d'artistes. Entre temps, "Toys are us. A revolution in plastic" et "Toy Punks" vont sortir en DVD. Quelle est la spécificité de "Vinyl & Co" par rapport à ces deux documentaires ?

Jac : c'est vrai que l'on a été les premiers à entreprendre de faire un film sur le mouvement et dès le départ on a dit que l'on voulait faire le film le plus complet sur ce mouvement.
En substance on a fait le tour du monde (Asie, Uurope et USA) et on a shooté plus de 60 interviews à travers le monde.
Les deux autres films dont tu parles sont différents sur ce point précis, mais pour nous il était très important que ce film soit exhaustif. Et pour raconter cette histoire on a du voir beaucoup de monde et faire des choix cornéliens au montage afin que le propos et « l'histoire » de cette culture soit la plus juste et la plus compréhensible.

Johan : et puis soyons honnêtes les deux films dont tu parles sont franchement pas terribles quand on voit le notre (rires).

Là dessus, on ne peut pas vous démentir ! Alors que vous n'avez cessé de communiquer autour du projet tout au long de sa conception, notamment par le biais du blog, le passage télévisé de "Vinyl & Co" sur Planète a semblé en quelque sorte tomber du ciel. Jusque là il n'avait jamais été question d'une diffusion à la téloche et c'est par une information assez laconique quelques jours à peine avant sa première diffusion que vous finissez par l'annoncer. Comment expliquez vous cela et comment cette diffusion télévisée a-t-elle été décidée ?

Jac : nous n'avons malheureusement eu la date de diffusion définitive qu'assez tardivement .

Johan : la production de film en France est un vaste casse tête chinois. Tout est compliqué. Tout peut aller très vite et se retrouver bloqué encore plus rapidement. Et le film qui se tourne devenir un vrai cauchemar parce que, à un moment donné, tu ne tombes pas sur les bonnes personnes. Et sans télé il n'y a quasiment aucune chance de produire un film dans ce pays. La France quoi...


Venons-en au film lui-même. Bien que se présentant notamment comme une histoire des origines et des évolutions du mouvement "designer toys", vous avez d'emblée choisi une approche géographique du sujet, comme en témoignaient d'ailleurs les différents trailers que vous avez rendu public au fur et à mesure de la réalisation du documentaire. Pouvez-vous expliquer ce choix ?

Jac : au depart effectivement on a choisi une localisation pour les différents trailers. Puis, lorsque l'on a fait le tour de la question, il est apparu que le mouvement avait lui aussi une histoire géographique.
James Lavelle avec UNKLE a été un des premiers à produire des toys et, à la même époque, Jarvis aussi faisait des choses au Japon. Ensuite, dans la logique, il fallait que le film aille au Japon et ainsi de suite...
Dans la version longue il y a plus de parties encore, et tout est encore plus compartimenté, mais le métrage complet en ressort plus fluide, car il y a des parties que l'on a du enlever pour la version télé.

Johan : on trouve quand même que ce parti-pris géographique s'efface au fur et à mesure du film, à la fin tout est mélangé. C'était aussi une sorte de métaphore de la construction de ce mouvement.


Concernant les origines du mouvement, vous insistez à juste titre sur M. Lau, Bounty Hunter et Medicom. Pourtant seul le premier est effectivement présent dans le film à travers des extraits d'entretiens qu'il vous a accordé. Comment s'explique l'absence de BxH et de Medicom ? Dans l'interview que vous avez accordé à Last Mag (n°20), vous parliez de "jeu de cache-cache" avec les inventeurs du Be@rbrick, vous pouvez nous en dire plus à ce sujet ?

Jac : ah... Medicom ! Jusqu'au bout ils nous ont fait courir pour finalement décider qu'ils ne voulaient pas apparaître dans le film.
On est d'autant plus tristes de cette décision que l'on est fan de leurs toys. La preuve j'ai encore eu 3 Real Action Heroes Star wars à Noël !
Plus sérieusement je pense que la présence d'autres marques de jouets les dérangeait et dès le départ on s'était dit de ne pas vouloir privilégier un tel ou un autre.
Pour Bounty Hunter on a simplement pas reussi à se capter au bon moment au bon endroit, comme pour Futura et un ou deux autres d'ailleurs. Après t'es aussi obligé de faire avec le budget du film !

Johan : Medicom.... Nous sommes allés deux fois au Japon pour le film ! Ils n'ont pas daigné nous recevoir. Un coup oui, un coup non... Et on avait pourtant des soutiens de poids. Vraiment. Et comme dit Jac on est d'autant plus déçus qu'on est vraiment fans de leurs productions. Dommage, mais c'est finalement très japonais comme attitude.


Autre absence remarquée dans le documentaire, celle de Kaws qui est pourtant sûrement le représentant le plus reconnu de ce mouvement. Vous avez affirmé par ailleurs qu'il sera pourtant bel et bien présent dans le dvd à sortir. Pourquoi alors l'avoir supprimé de la version 52 minutes faite pour la télé ?

Jac : il faut bien garder quelques cartouches pour le dvd ! (rires)

Johan : c'est un peu notre Arche d'alliance, on le sortira qu'à la fin pour tuer nos derniers ennemis !

Existe-t-il d'autres modifications sensibles de ce type entre le film tel que vous l'avez originellement conçu et la version que vous avez fourni à Planète ?

Jac : dès le départ le film à été pensé pour un format 80. La version 52 est une version bien plus light.
Dans la version longue on trouvera plus d'intervenants, plus de contenu, pleins d'animations, plus de toys et plus de fond aussi. La version longue est une version bien plus geek et plus sexy que la version 52 !
On espère aussi qu'il y aura un disque bonus car on a plein de contenu à mettre dessus. Des interviews d'encore plein de gens, des versions longues des meilleures interviews, des extraits de vidéos, des diaporamas, des surprises...

Johan : la version 80 est un peu notre "Apocalypse Now" à nous. On galère, on explose les budgets, on paie que les italiens sur le tournage, y a des tempêtes, des overdoses, mais un jour le film sortira comme on l'a voulu !


Si vous donnez largement la parole aux créateurs de jouets dans "Vinyl & Co", vous n'y consacrez par contre aucune séquence aux collectionneurs et à tous ceux qui gravitent autour. Pourtant le rôle des dits collectionneurs est loin d'être marginal dans ce mouvement. Je pense notamment aux multiples sites internet et forums consacrés à la question, aux conventions, aux différents events organisés à travers le monde. C'est juste une question de choix nécessaires ou c'est que vous ne considérez pas que tout cela participe de fait au mouvement ?

Jac : bien entendu pour nous la communauté est toujours ce qui fait vivre un mouvement, une culture, une soirée, un mmorpg ou un jeu de rôle et en tant que fans de pleins de choses, nous aussi on est sur les forums.
Quand aux events, ben on est tellement fans qu'on a un projet de film sur le plus geek des events du monde !
Dans le film on a privilégié les interventions d'artistes car il s'est avéré que leur paroles étaient celles qui servaient le mieux le propos.
On a interviewé pas mal de fans et de collectionneurs durant nos voyages et aussi des orgas d'events, mais le fait est que les artistes de ce mouvement sont eux aussi des fans et des collectionneurs, des mecs comme Bryan Flynn, Erik Nakamura, Ultraman ou encore les Devilrobots sont avant tous des vrais passionnés de jouets et des collectionneurs qui feraient pleurer n'importe qui à la vue de leurs collections.
Ceci dit dans le dvd il y aura un peu plus de collectionneurs et d'images de collections.


Aujourd'hui, êtes vous en mesure d'affirmer que "Vinyl & Co" sortira bel et bien en dvd ? Une idée de date ?

Jac : malheureusement non. On cherche encore un distributeur mais on s'accroche et on lâche pas l'affaire.

Johan : peu importe la forme, vous verrez cette version !

Vous travaillez maintenant à un autre film, consacré cette fois aux robots, "R.O.B.O.T.S". A nouveau il sera question de jouets mais aussi de bien d'autres choses. Pouvez-vous nous en dire plus à ce sujet ?

Jac : "R.O.B.O.T.S" est effectivement notre prochain gros film. On est tous les deux fans de chogokin et de la marque Popy. Pas seulement pour les jouets, mais aussi le style graphique de l'époque.
On va essayer de parler de toute la culture robot. Le film aura certainement les robots jouets comme fil conducteur mais on va aussi essayer de parler histoire, littérature, art, science... Un gros projet en chantier. Bientôt le premier trailer alors comme le veut le dicton : STAY TUNED !!!

Johan : R.O.B.O.T.S, c'est encore plus gros, plus grand, plus fort que "Vinyl and Co" comme film ! C'est comme quand James Cameron est passé de "Terminator 2" à "Titanic" ! Et pourtant "Terminator 2" c'était déjà balaise.... Ferme les yeux, voyage...

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mardi 20 janvier 2009

Steven Harrington au festival Sundance du cinéma indépendant


La renommée de l'artiste californien Steven Harrington n'est aujourd'hui plus à faire, notamment en France. L'année 2008 l'a vu s'attaquer à la couverture de "Clark magazine", sortir son premier jouet (un Dunny chez KidRobot), faire le tour d'Europe (Paris, Barcelone, Milan, Berlin) avec son exposition "Our mountain" tandis que la marque Sixpack, s'inventant pour l'occasion éditeur de livre, lui consacrait une très belle monographie ("Harrington book").


Sous des dehors très polissés, sous ses appâts purement décoratifs, le style d'Harrington - qu'il définit lui-même comme relevant du "contextual objectivism" (j'ignore ce que cela veut dire mais le sait-il lui-même ?) - se révèle paradoxal à plus d'un titre : les formes géométriques y entrent en parfaite harmonie avec les arabesques traçant des personnages au système pileu surdéveloppé ; les couleurs réussissent ce tour de force de paraître tout droit sorties d'un papier peint défraîchi des années 70 tout en conservant leur capacité à éblouir (une sorte de fluo délavé si vous voyez ce que je veux dire) ; le tout s'affiche comme étant totalement en phase avec notre époque alors même que les références au graphisme des années 60-70 y sont patentes.


On croyait ainsi parfaitement connaître Harrington et, au grès des multiples sorties de tee-shirt, de planches de skate, de prints, etc sous son propre label "National Forest Design" ou sous d'autres marques telles qu'Element ou encore Sixpack, être entré dans une certaine routine.

Voilà pourtant que vient d'apparaître sur son site internet une nouvelle pour le moins étonnante : Steven Harrington est actuellement présent, ou tout au moins son travail, au festival Sundance du cinéma indépendant...

Pour être plus précis, dans la mesure où il est possible de l'être face à l'étonnant manque d'information qui entoure actuellement le sujet, un film intitulé "The invension of the universe (in two parts. One after the other)", écrit, réalisé et animé par Karla Carnewal semble, en partie au moins, être conçu à partir des illustrations d'Harrington. Et c'est ce film dont on ignore presque tout qui est actuellement présenté au prestigieux festival Sundance.


A en croire cet extrait qui circule sur le net (mais s'agit-il au juste d'un extrait ? d'un trailer ? l'ensemble du film est-il basé sur les illustrations de l'artiste ? celles-ci en sont elles l'objet ou simplement le vecteur ?), on retrouve dans ce film tout ce qui fait la marque de fabrique d'Harrington : tandis que l'animation rudimentaire conserve l'aspect volontairement artisanal des installations en carton de l'artiste, une bonne partie de ses gimmicks graphiques tels ses tipis, ses personnages à tête de hippy impassibles ou encore ses pipes aux volutes de fumée anthropomorphiques sont présents à l'appel.

Pour le moment donc, goûtons cette agréable surprise en attendant d'obtenir le fin mot de l'histoire.
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samedi 17 janvier 2009

Jimmy Pantera, "Los tigres del ring" (ed. Ankama, 2009)


Les éditions Ankama, et plus précisément la collection 619 dirigée par Run, viennent de publier un livre d'iconographies sur le catch mexicain, la lucha libre.
Pour qui connaît un tant soit peu cette jeune maison d'édition, laquelle a récemment organisé, entre deux conventions pour ados geek, un tournoi de catch à Lille (dont l'affiche était dessinée par Run lui-même), ce n'est pas vraiment une surprise.

Ca l'est d'autant moins que la lucha libre est, à l'instar du Tiki art, dans l'air du temps : son esthétique fleurit sur les pochettes de disques, elle est sans aucun doute pour une bonne part dans le succès de la série "Mutafukaz" et elle fait les beaux jours de la série de comics (et de jouets) du même nom, "Lucha libre", de J. Frissen, Bill et Gobi (Les Humanoïdes Associés pour la BD, Muttpop pour les toys).


On ne fera cependant pas à Jimmy Pantera, auteur de "Los tigres del ring", le procès de surfer sur la vague de cette esthétique aussi kitsch qu'éminemment graphique. Ce citoyen belge de son état (comme son nom ne l'indique pas) est visiblement un passionné de longue date du catch mexicain et il nous en offre ici un portrait suffisamment riche et érudit pour susciter l'intérêt des plus réfractaires au sport en général et à la gym de combat en particulier.

Par le biais d'une quantité impressionnante d'images en tout genre - couvertures de revues spécialisées, "romans photos dessinés", vignettes style Panini, affiches de film, jouets, ex-votos, etc - "Los tigres del ring" explore de manière ludique l'univers lucha libre de ses origines (les années 1930) à nos jours (le dernier chapitre réunissant des prises de vue contemporaines de la photographe Lucie Burton).


En outre, en vrai passionné incapable d'aller se coucher sans avoir fait, chaque jour, quelques nouveaux adeptes pour sa secte, Jimmy Pantera intervient régulièrement dans le livre par le biais de courts textes offrant une description et une analyse du phénomène plutôt intéressante. Ainsi explique-t-il les origines de ce sport spectacle, ses codes, ses règles, ses icônes (El Santo, Blue Demon...), son statut au Mexique tout comme la raison d'être (vous irez voir par vous même !) des fameux masques qui ont tant fait pour la popularité de cette pratique.

En un mot comme en cent, "Los tigres del ring" est un livre amusant, stimulant, graphiquement riche (à l'image de son sujet) et qui a l'intelligence de ne pas prendre pour objectif de faire de son lecteur un spécialiste es lucha mais simplement de lui permettre d'en savoir suffisamment à son sujet pour goûter pleinement la richesse de son univers visuel.


Ajoutons pour conclure que l'ouvrage est de belle facture, comme cela est souvent le cas aux éditions Ankama. On peut en effet reprocher beaucoup de choses à cette maison, notamment d'avoir tendance à se conduire tel une anorexique ingurgitant tout ce qui passe à sa portée pour régurgiter l'ensemble quelques instants plus tard sans forcément prendre la peine de faire le tri, mais pas d'éditer à la va-vite. Ici comme souvent la mise en page comme l'impression sont donc soignées, le papier choisi avec goût et le tout joliment mis en valeur par une reliure au vernis sélectif tapageur (et donc tout à fait en harmonie avec son sujet).


A ce propos, les mauvais esprits verront peut-être dans le soin apporté par les éditions Ankama à la production de leurs titres une forme de marketing assez étrangère jusque là au monde des livres, laquelle finit par les faire plus ressembler à de vulgaires objets susceptibles de susciter l'envie du consommateur qu'à de vrais livres (un livre n'est pas un dvd, même "édition collector", quoi merde ! ). Le fait que "Los tigres del ring", malgré sa partition en chapitres, ne contienne ni sommaire ni table de matière, pourrait sembler leur donner raison. Mais ne boudons pas pour autant notre bonheur à la découverte de cet ouvrage stimulant et gardons nos flèches, à toutes fins utiles, pour un prochain titre !
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jeudi 15 janvier 2009

Entretien avec Mikostic (exposition "Propeace" du 31 janvier au 1er mars, MFW, Lille)

Ca devient une heureuse habitude pour la Maison Folie Wazemmes de laisser les clefs à des activistes locaux afin qu'ils organisent, comme bon leur semble, de vrais événements autour de la pop et de la street culture. On se souvient notamment de ZWE ou encore de l'exposition "Encrage" récemment mise sur pied par J.J. Tachdjian.


Cette fois c'est Mikostic qui s'y colle. Au fil des années, Mikostic a su se tailler une sérieuse réputation dans le milieu graff nordiste mais pas seulement. Sa main fait aujourd'hui partie du paysage urbain de la région lilloise et c'est aussi notamment à lui que l'on doit le livre "Cap Nord" (ed. Alternatives).

Cette fois, c'est avec la double casquette d'artiste et de commissaire d'exposition qu'il a pris les commandes de l'expo collective "Propeace" (du 31 janvier au 1er mars 2009, vernissage le 30 à 18 h 30). Au menu : Jef Aérosol, Jonone, Féfé, Remed, Isham, La Yeah!Produzione, 4letters et Mikostic...
Plutôt que de longs discours, on a choisi de lui laisser la parole. Et il l'a prise.

Salut Mikostic, pour commencer, pourrais tu te présenter pour ceux qui ne connaissent pas la main ou qui ignorent qui en est l'auteur...
Salut, je suis Mikostic de Roubaix, 34 ans, plasticien, scénographe et à certaine occasion commissaire d'exposition.
Mon pseudo de nuit est "La Main" (nom imaginer par la population), à l'origine c'est une simple empreinte. Je peints , colle et détourne cette icône à répétions, sous toutes les formes possibles et imaginables.
Cette empreinte représente le " Cinq9Land ", un pays tranquille et isolé du monde où les résidents n'ont rien à se vendre.


Tu es l'organisateur de l'expo "Propeace" à venir à la MFW. Tu as mis cet événement sur pied seul ou c'est le fruit d'un travail collectif ?
Sur ce coup là, seul ! L'idée de réunir plusieurs artistes dans un accrochage en deux temps - installation en volume suivie d'œuvres personnelles - me trottait dans la tète depuis un certain temps !
Un Jour de Vernissage à la galerie MFW j'ai remarqué les multiples possibilités techniques que pouvait offrir cette salle ; trois jours plus tard j'envoyais un projet à Olivier Sergent, directeur du lieu.
Nous étions au mois de juillet, au mois de septembre nous nous sommes mis d'accord sur le projet. Ont suivi les contacts, la paperasse, les phases de production, de com', les budgets, etc ... Et nous voilà à deux semaines du vernissage.

A propos de collectif, tu t'étais déjà fait remarquer comme étant une des chevilles ouvrières du livre "Cap Nord" édité aux éditions Alternatives en 2006. Comment tu expliques cette tendance à organiser du collectif plutôt que de ne bosser que pour ta pomme ? C'est la volonté d'organiser une certaine visibilité des talents qui te plaisent ? De faire connaître une certaine scène au grand public ?
Sur un projet comme CapNord, tu ne peux bosser que à plusieurs : rédacteur, graphiste, coordinateur, etc ...
Ma volonté d'organiser est instinctive. Rassembler des gens et construire une histoire avec du sens est une chose que j'aime et que je sais faire.
De plus, le graffiti à une particularité artistique : ce sont des inconnus de toutes les catégorie sociales qui désignent les meilleurs street artists et non le marché de l'art !


A l'inverse de ce qui se fait le plus souvent quand il est question d'expos collectives, "Propeace" ne proposera pas les travaux d'une foule d'artistes mais ceux d'une petite dizaine de créateurs seulement. Peux tu rapidement nous les présenter ?
On pourra y voir Jef Aérosol, un pionnier du pochoir dans la région.
Jonone, originaire de N.Y, qui vit à Paris depuis 15 ans et qui est maintenant un artiste peintre plus que confirmé.
Féfé et Remed, un couple d'artistes complètement délirants. Féfé vient de Sao Paulo, elle travaille le collage à l'aide d'une accumulation de lettres qui prennent au final la forme de monstres. Remed est originaire de Lille mais vit à Madrid depuis deux ans. Il fait essentiellement de la peinture.
Hachim " Isham " Bahous, personnalité incontournable de la scène graffiti !
La Yeah produzione : graffeur et illustrateur percutant.
Et 4letters, une personnalité très mystérieuse qui nous propose une animation détournée !

Et question subsidiaire : quel est le propos de cette expo ? Son objectif ?
L'idée première de "Propeace" est de rassembler dans un même lieu huit artistes issus du street art, de cultures, de générations et usant de techniques différentes.
Je ne sais pas si le mot "propos" est le bon, je parlerai plutôt de "sens". Sens qui réside dans la scénographie générale et dans la qualité des travaux de chaque artiste présent !
L'objectif d'une exposition est trés simple, il est en relation avec le lieu et sa fonction. Sur ce projet je travaille pour la galerie MFW donc mon objectif est de proposer aux visiteurs et aux amateurs de passer un bon moment en découvrant ou en redécouvrant ce mouvement artistique.

Le programme de l'expo précise que chacun des artistes participant présentera une installation originale réalisée dans les murs de la MFW pendant une semaine de résidence. Il ne s'agit pas de te faire dévoiler des secrets mais est-ce que tu peux un peu nous expliquer ce à quoi le visiteur peut s'attendre ?
Chaque artiste m'a fournit une illustration : personnage, lettrage, symbole, etc... Ensuite, j'ai réalisé dans un atelier chaque illustration en trois dimensions !
Comme je le disais plus haut, cette expo est en deux phases. Dans un premier temps une installation en volume qui sera personnalisée par les artistes pendant une semaine de résidence.
J'aimerai pouvoir t'en dire plus sur ces installations, mais c'est là toute la recette de cette expo !

En exclu quand même, 
une vue de l'installation de Remed pour l'exposition "Propeace"

Toi-même tu participes à "Propeace" en tant qu'artiste. Peut-être peux tu dévoiler un peu ce que tu comptes proposer ?

Oui, une enseigne lumineuse assez troublante de mon icône ainsi qu'une série de quatre collages du nerf de ma guerre, "La française des jeux".

Pour finir, en tant qu'observateur privilégié de la scène graff et hip-hop nordiste mais aussi en tant qu'acteur de cette scène, quel est ton sentiment sur l'état des forces ch'ti en présence ?
Il est trés difficile de parler des autres et de se positionner dans le décors culturel de sa région ! Comment te dire... Si tu as du respect, de la patience et des bonnes idées il y a des choses à faire, que ce soit ici ou ailleurs. Il y a des jeunes aussi avec une bonne motivation...
Bref, faites vous plaisir, il y a de la place, mais il n'y a que vous qui puissiez la trouver !

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lundi 12 janvier 2009

It could be me but it's actually Paul Paper


Paul Paper est photographe. Il vit et travaille à Vilnius, Lituanie, ville que les amateurs de rock français on appris à situer sur une carte en été 2003.

Accessoirement, Paul Paper est aussi amateur d'art et sans doute aussi adepte de l'Oulipo, le fameux Ouvroir de littérature potentielle créé par Queneau. C'est en tout cas ce que donne à penser le projet "It could be me but it's actually Paul Paper" dont il est l'auteur et auquel chacun a accès via le site internet "Could be me". Soit une galerie réunissant les travaux de dizaines d'artistes de toute nationalité et de toute pratique (photographie, illustration, typographie, design...) autour d'une même contrainte : la création d'une oeuvre ayant pour thème et faisant apparaître l'énigmatique sentence "It could be me but it's actually Paul Paper".

L'intuition de Queneau selon laquelle la contrainte est un stimulateur d'imagination, l'exercice de style une incitation à créer de nouvelles formes d'écritures vecteurs de nouveaux propos, se voit ici une nouvelle fois confirmée, tout comme sa capacité à être transposée dans le domaine des arts plastiques.


La polysémie de la phrase imposée faisant écho au fameux "c'est pas moi c'est lui" bien connu des cours de récréation, ouvre en effet une porte dans laquelle la centaine d'artistes actuellement exposée en ligne s'engouffre avec une jubilation toute communicative.


Ainsi se côtoient traitements purement graphiques de la sentence (travail sur le portrait, l'autoportrait ou encore le masque voire même sur la phrase elle-même avec certaines contributions portant sur la typographie, la mise en page, etc.) et questionnements philosophiques interrogeant les concepts de responsabilité, de dénonciation, de faux-semblant, de citation, d'hommage, d'anonymat ou encore, de manière plus attendue du statut de l'auteur.


Le site, s'enrichissant régulièrement, se feuillette donc comme se parcourt un véritable catalogue thématique nous permettant tout à la fois, à chaque nouvelle contribution, de découvrir un nouveau talent et de creuser plus avant l'un des nombreux thèmes inhérents au traitement de l'exercice imposé.
Paul Paper
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jeudi 8 janvier 2009

"Under the influence : an official tribute to Beastie Boys" : expo collective à Los Angeles


Après Suicidal Tendencies, l'actualité me permet de revenir sur un autre groupe majeur de la seconde moitié des années 80 et qui, comme les premiers, n'ont toujours pas baissé le son : les Beastie Boys.


La claque phénoménale que fut leur premier album, "Licensed to Ill" (1986), pour les teenagers d'alors est quelque chose que les djeunes de maintenant auront sans doute quelque difficulté à imaginer. C'est que, voyez-vous, jeunes gens, l'époque n'était pas très généreuse en matière de mélanges musicaux en tout genre comme l'est la période actuelle et voir un groupe de blancs becs débarquer avec un album de rap laissant la part belle aux riffs punk et à l'attitude joyeusement stupide constituait, en soit, un événement.
Depuis le groupe a su mûrir et, malgré une discographie finalement assez maigrichonne, a pris le temps de prouver qu'il pouvait tout aussi bien creuser le sillon punk que marquer durablement la culture hip-hop.


Si je reviens aujourd'hui sur cette histoire ce n'est malheureusement pas parce que l'actualité musicale m'en offre une occasion sous la forme d'une sortie d'album par exemple (encore que je pourrais prendre pour prétexte le fait qu'une version remasterisée de l'album avant-gardiste "Paul's Boutique" soit en préparation en vue du 20ème anniversaire de sa première sortie), mais étrangement à l'occasion d'une exposition d'arts plastiques.


La Galerie 1988 de Los Angeles accueille en effet à compter d'aujourd'hui (et ce jusqu'au 29 janvier prochain) une exposition collective en hommage à nos trois loustics : "Under the influence : an official tribute to Beastie Boys".

Ce n'est pas la première fois que le rapport à l'image de ce groupe culte est interrogé par le biais d'un travail plastique. Une exposition sobrement intitulée "Beastie Boys Anthology Exhibition" avait déjà eu lieu à New York en novembre 2000. J'ignore en quoi elle consistait exactement et à vrai dire je ne sais trop quoi penser de celle qui sera inaugurée aujourd'hui.

Pas moins de 100 artistes, dont une majorité que je n'ai pas l'honneur de connaître (liste complète ici), ont en effet été invités à proposer à cette occasion une image en rapport avec le boys band new-yorkais. Si la présence de plasticiens comme Alex Pardee, Dave Chung, Dave Flores ou encore Le Merde tend à rassurer, je ne conserve pas moins quelques réserves sur ce genre de manifestation qui tournent beaucoup trop souvent au patchwork sans queue ni tête, et cela à plus forte raison quant la thématique retenue est si peu précise et, peut-être même, si peu pertinente.


Reste donc à espérer que la majorité d'entre ces artistes auront l'intelligence, contrairement à Mear One dont le travail a été retenu pour illustrer le flyer annonçant l'expo (ce qui, en soit, est plutôt inquiétant), de proposer un travail à l'image du groupe qu'ils ont à évoquer, c'est-à-dire finalement la capacité à ne pas donner dans le cliché, à ne pas aller là où on les attend nécessairement (reprise de pochette, logo Volkswagen, esthétique hip-hop à deux francs six sous, etc.), bref la capacité à étonner.

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mardi 6 janvier 2009

Un autre Disney World est possible !


En mai 1967, la revue "The Realist" (n° 74) publie un détournement à la sauce porno de l'univers Disney. Intitulée "The Disneyland Memorial Orgy", l'illustration est signée Wally Wood, dessinateur aux studios Disney...

Peter Pan et Pinocchio (au nez plus phallique que jamais) assistent à un strip-tease ; Mickey, complètement défoncé, reste indifférent à Pluto qui pisse sur son portrait et à Mimi s'offrant à Dingo pour quelques dollars ; tandis que 5 des fameux petits compagnons de Blanche-Neige se préparent à un gang-bang, les deux restants se donnent mutuellement bien du plaisir...


Paul Krassner, l'éditeur de la revue en question, réédite aujourd'hui une version colorisée de la dite image sous forme de poster pour la modique somme de 35 $. De quoi laisser pantois vos marmots, certes, mais aussi une manière sympathique d'assouvir votre soif de vengeance contre l'univers, écoeurant de bons sentiments, du père de l'animation moderne.

Plus sérieusement, je trouve cela finalement assez comique et riche d'enseignements de mettre en parallèle cette réédition à une nouvelle qui fit le tour des blogs hype au mois de décembre dernier : The Hundreds, marque bien connue de street wear, lançait alors une gamme de vêtements en collaboration avec Disney.


Le site Hype Quest n'hésitait alors pas à commenter cet événement en ces termes : "The Hundreds finit l’année en beauté et nous présente leur collection intitulée “The Lost Boys” développée en collaboration avec Disney. The Lost Boys correspond aux enfants perdus du célèbre film Peter Pan de Disney. C’est également la métaphore du crew The Hundreds, puisque comme les enfants perdus, ils ne veulent pas grandir et rester jeunes pour toujours et combattre les pirates, qui seraient les multinationales ou l’autorité". Collaborer avec Disney pour combattre les multinationales, rien que ça !

D'un côté donc l'hommage béat d'une génération soit disant "révoltée" au monde rose bonbon et réac du père de Mickey, de l'autre le détournement joyeux et intempestif venu de l'intérieur même de l'usine à rêves... La rébellion ne vient pas toujours de là où on l'attend !
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samedi 3 janvier 2009

This is where we liv(r)e


C'est un des poncifs du commentaire de texte tel qu'on le pratiquait lors des "cours de français" à l'époque où je posais encore quotidiennement mon cul sur les bancs du lycée : la littérature permet de vivre par procuration une foule d'existences que notre subjectivité comme notre trop court passage sur terre ne nous permettrait pas de vivre.
J'ignore si le commentaire de texte est toujours au programme du bac français mais ce que je sais c'est qu'aujourd'hui encore il n'est pas rare de lire dans les journaux pareils lieux communs sous la plume de "critiques" littéraires...

Le cours de philo, quant à lui, m'a notamment appris que si la doxa, principalement constituée de raisonnements simplistes et de clichés de ce genre, ne pouvait en aucun cas se prévaloir de la connaissance, il n'en demeurait pas moins qu'elle pouvait receler, par accident pour ainsi dire, quelques pépites de vérité.

Ainsi en va-t-il notamment, me semble-t-il, du lieu commun évoqué plus haut. Certes la littérature n'a pas pour unique fonction de faire voyager le lecteur au grès d'expériences extérieures à sa propre existence, mais il n'en reste pas moins vrai qu'elle en a le pouvoir.


Tel est le propos de ce joli film ("This is where we live") réalisé par Apt pour la maison d'édition britannique 4th Estate à l'occasion de son 25ème anniversaire. Pour les plus curieux le site internet mis en ligne à cette occasion recèle de séquences vidéos dévoilant les secrets de fabrication de ce petit bijou d'animation.
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