samedi 21 novembre 2009

"Deux rencontres avec Presspop" par Skpop


Skpop vit et travaille à Séoul (Corée du Sud) où il tente, sans grand succès, de se faire passer pour un indigène. Il a eu la gentillesse d'accepter notre invitation à faire office de correspondant permanent de Some Cool Stuff en Asie. Pour son premier billet il nous présente Presspop, à la fois maison d'édition (traductrice de Chris Ware ou encore de Daniel Clowes au Japon), label de musique (ils éditent et distribuent notamment les disques des différentes formations musicales d'Archer Prewitt) et producteur de jouets (c'est à eux que nous devons les différents jouets imaginés par Jim Woodring) .

Quand j'ai rencontré Presspop pour la première fois, nous avons mangé des brochettes dans une guinguette de Kichijoji. Pour ceux qui se représentent un Tokyo hyper-urbain et futuriste, Kichijoji est une surprise : un quartier résidentiel, de petites rues, un joli parc avec une rivière. C'est dans ce coin-là que se trouvent les bureaux d'un des meilleurs éditeurs du Japon. Un des plus petits aussi puisqu'il ne compte que trois membres avec Yuji, qui s'occupe de la galerie de Kyoto, et Yasu et Maki, l'autre "moitié" de Presspop, à Tokyo.

Portraits volés de Yasu et Maki

Une fois à l'intérieur de leur petit bureau encombré de mille trésors, je me sens immédiatement en terrain familier. Toute la crème de la bande dessinée américaine est présente: Chris Ware, Dan Clowes, Jim Woodring... Les auteurs qui m'ont fasciné lors de mon adolescence et qui forment aujourd'hui une sorte de panthéon. Parmi ses multiples activités, Presspop s'occupe de représenter ces artistes au Japon, édite sous son label les traductions de leurs romans graphiques et produit des objets de collection tirés de leurs oeuvres.

Le bureau de Presspop

Ce travail d'édition, Presspop l'étend aussi à la musique, au DVD, au livre d'art... Un catalogue qui fait le lien entre l'Amérique et le Japon, comme le démontre leur site web bilingue et bicéphale où on trouvera, d'une part, une sélection de livres et de DVDs traduits pour le marché japonais et, d'autre part, un assortiment plus orienté vers l'exportation. Ainsi, le travail sur le jouet d'artiste, effectué en collaboration avec Archer Prewitt ou Jim Woodring pour ne citer qu'eux, est significatif de ce double mouvement puisqu'il s'adresse avant tout aux fans américains mais profite d'une initiative et d'un savoir-faire typiquement japonais.
Autre activité à double sens : la représentation d'artistes et la gestion des droits. Lors de cette première rencontre, Presspop fêtait le sacre du Nonoba de Shigeru Mizuki à Angoulème, un ouvrage qu'ils ont contribué à adapter.

Lors de notre deuxième rencontre, nous avons mangé des grillades dans un troquet de Hongdae. Presspop était de passage à Séoul pour discuter, justement, de l'adaptation de Mizuki par un petit éditeur coréen. Ce fut pour moi l'occasion de faire le guide et d'en apprendre un peu plus sur Presspop.

Aquarelle de Jim Woodring

Tout à commencé alors que Yasu et Yuji, encore étudiants en art, se mettent à écumer les marchés aux puces du Japon en quête de vieux jouets en forme de monstres, des "kaijus". Au même moment, ils découvrent la scène grunge de Seattle et les dessins de Peter Bagge. Suivront d'autres coups de coeur pour des artistes alternatifs comme Archer Prewitt et un amour croissant pour une certaine Amérique décalée et un peu rétro, celle des romans graphiques de Dan Clowes ou de Chris Ware.

Sérigraphies d'Archer Prewitt et de Chris Ware

Les deux compères sont bientôt rejoints par Maki. Parfaitement bilingue, ayant passé son enfance à New York, elle quitte un emploi tranquille dans la communication pour se lancer dans l'aventure. C'est elle qui traduira en japonais le premier livre de Dan Clowes et qui s'occupe aujourd'hui de l'essentiel des relations avec les artistes étrangers, parmi lesquels on trouve, outre les dessinateurs déjà cités, le réalisateur Charlie Ahearn (surtout connu pour son film Wild Style) et le claviériste Bernie Worrell (qui officia avec Funkadelic et les Talking Heads) ou encore l'inénarrable Daniel Johnston.

Maki et Yasu à Hongdae

A chaque fois, le matériel choisi est des plus pointus, et occasionnellement l'ouvrage ou le disque est publié par pur volonté de le faire exister, sans aucun espoir de rentrer un jour dans ses frais. Le recueil de dessins non figuratifs de Prewitt fait partie de ces projets. La présentation est soignée et souvent superbe. Il faut voir cette édition quasi dorée sur tranche de Jimmy Corrigan ! Bref, tout est fait pour satisfaire le fan exigeant.

Mais ce fan, qui est-il ? Au Japon comme ailleurs, le grand public est peu curieux et les connexions entre cultures du monde se font surtout par des gens comme toi, lecteur de ce blog, qui ne se complaisent pas dans le "mainstream". C'est finalement grâce à ce public très minoritaire, mais avide de découvertes et formant une sorte d'internationale de l'underground, que des auteurs comme Chris Ware ou Shigeru Mizuki peuvent connaître un certain succès.

Illustration originale de J. Woodring
pour la jaquette de Stranger, le film sur Bernie Worrell

Ma conversation avec Yasu et Maki louvoie comme nous louvoyons dans les rues d'Apkujeong-Dong et, à un moment donné, je leur explique que je souhaite, par ce petit article, tenter de comprendre un peu mieux la cohérence des choix de Presspop. Sur ce, Yasu rigole et lâche: "Et moi, j'aimerais bien que tu conclues par un: "finalement, je n'ai toujours rien compris!'". Eh bien, ami lecteur, j'ai tenté de percer pour toi le mystère de cet excellent éditeur qu'est Presspop, mais finalement, je dois bien avouer que je n'ai toujours pas compris...

1 commentaire:

  1. Bravo pour cet article, j'espère que cette collaboration durera longtemps. J'ai envie de dire que vous étiez faits pour travailler ensemble... ;)

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