
Avant d'exposer à la galerie AAA -"Tout ou rien (S'adresser en face)" du 11 juin au 21 juin - Artus de Lavilléon expose actuellement, et ce jusqu'au 30 mai, chez The Lazy Dog. Sous le titre amusant de "Posters en vente à la boutique", il propose une série de dessins grand format à l'encre de Chine.



L'annonce de cette exposition a fait le tour des blogs s'intéressant aux arts graphiques tendance contre-culture. Il faut dire qu'en communicant inspiré Artus avait rendu public, quelques jours avant le vernissage de la dite expo, une note d'intention susceptible d'ouvrir l'appétit des plus perplexes. Qu'on en juge : « L’exposition « Posters en vente à la boutique », est la réponse à l’exposition « Tomorrow is the first day of the rest of you li(f)es », qui avait eu lieu à la galerie Patricia Dorfmann à mon retour de Chine en juin 2008. J’avais accepté d’y montrer un travail très politiquement correct qui m’avait valu la reconnaissance des milieux de l’art et, malgré les nombreuses ventes, m’avait laissé un goût de défaite dans la bouche. Chez Lazy dog je compte tenter de rétablir une vérité propre à ma démarche « contre culturelle » et à ses limites ».

Dans le cas où cette annonce de rébellion n'aurait pas suffi, le flyer de l'événement en rajoutait une louche : "Depuis que ça marchait je ne m'étais encore jamais senti autant dans la peau d'un vendu. Pour moi l'art servait à autre chose qu'à vendre des jolis dessins et avait beaucoup à voir avec la contestation des systèmes en place. Aujourd'hui "la contre culture" ne voulait plus rien dire qu'un beau chèque dans la poche un jour ou l'autre, et on voulait nous faire croire que ça ne dérangeais (sic) personne... Vraiment ?".
Mazette : on tenait là un artiste engagé, noble représentant d'une espèce pourtant malheureusement en voie de disparition ! Et comme pour mieux susciter une certaine nostalgie envers les belles année de l'art contestataire, Artus promettait une performance "saignante" le jour du vernissage de son exposition, à "21 h précise" : "vu que je suis très énervé contre tout en ce moment je vous conseille de ne pas la louper celle-là.... Ca va saigner !".
A 21 heure précise donc, le 30 mai dernier, Artus s'est mis à poil (ohhhhhhh !), a déchiré ses posters accrochés aux murs (ahhhhhhh !), derrière lesquels sont soudain apparus des mots grossiers peints en rouge (ihhhhhhh !).
Mazette : on tenait là un artiste engagé, noble représentant d'une espèce pourtant malheureusement en voie de disparition ! Et comme pour mieux susciter une certaine nostalgie envers les belles année de l'art contestataire, Artus promettait une performance "saignante" le jour du vernissage de son exposition, à "21 h précise" : "vu que je suis très énervé contre tout en ce moment je vous conseille de ne pas la louper celle-là.... Ca va saigner !".
A 21 heure précise donc, le 30 mai dernier, Artus s'est mis à poil (ohhhhhhh !), a déchiré ses posters accrochés aux murs (ahhhhhhh !), derrière lesquels sont soudain apparus des mots grossiers peints en rouge (ihhhhhhh !).

Trêve d'ironie cependant. Malgré la dimension surannée et potache de la dite "performance", le travail d'Artus est loin d'être inintéressant. Cela a des faux airs de Raymond Pettibon dans le dessin, des vrais airs de Lichtenstein dans la composition et de vrais faux airs de Debord dans le propos comme dans la manière. Le tout avec une dimension autobiographique bien dans l'air du temps. C'est à la fois plaisant et intelligent, amusant et stylé et, faute de savoir susciter la révolte par des moyens nouveaux, cela a au moins le mérite d'évoquer une période où d'autres, sans doute plus inspirés ou plus révoltés, savaient le faire. On pourrait se contenter de conclure là dessus.
Sauf que la lecture de certains magazines actuellement en kiosque nous réserve une certaine surprise. Le Crédit Coopératif, filiale du Groupe Banque Populaire (faisant depuis hier l'objet d'une enquête préliminaire pour présentation de faux bilan et diffusion de fausses informations au marché), lance en effet une nouvelle campagne de publicité sur le thème "Une banque qui me défend, ça se défend !". Pour mieux faire avaler la pilule de son slogan démago, la banque s'est adjoint les services d'un artiste, d'un artiste pourfendeur du "politiquement correct", d'un artiste contestataire... Ca y est ? Vous avez deviné ? Ben oui : Artus. Le même.
Sauf que la lecture de certains magazines actuellement en kiosque nous réserve une certaine surprise. Le Crédit Coopératif, filiale du Groupe Banque Populaire (faisant depuis hier l'objet d'une enquête préliminaire pour présentation de faux bilan et diffusion de fausses informations au marché), lance en effet une nouvelle campagne de publicité sur le thème "Une banque qui me défend, ça se défend !". Pour mieux faire avaler la pilule de son slogan démago, la banque s'est adjoint les services d'un artiste, d'un artiste pourfendeur du "politiquement correct", d'un artiste contestataire... Ca y est ? Vous avez deviné ? Ben oui : Artus. Le même.
Il y aurait certes là de quoi rire. Ou se mettre en colère. C'est pourtant un malaise d'un tout autre genre que l'on ressent pour peu que, tentant de parfaire son opinion sur le cas Artus, on prenne la peine d'aller fouiller un peu sur son blog. On y découvre en effet un gars intelligent, cultivé, critique envers le milieu dans lequel il évolue, s'interrogeant sur le rôle de l'artiste dans la société comme sur les tenants et les aboutissants de la contre-culture... Bref un artiste qui en plus de ne pas être dénué de talent serait visiblement honnête, notamment envers lui-même. Même pas un salaud !
Point de colère donc, mais de la tristesse, tristesse de voir une nouvelle fois vérifié le constat debordien : en ce début du XXIème siècle, la société du spectacle est plus que jamais capable de récupérer à son profit les critiques qui lui sont adressées, d'assujettir contre-culture et contre-pouvoir et de continuer ainsi à reigner seule... laissant aux spectres des artistes et autres contestataires le soin de divertir et d'endormir ceux qui ont la naïveté de croire encore en eux.
Point de colère donc, mais de la tristesse, tristesse de voir une nouvelle fois vérifié le constat debordien : en ce début du XXIème siècle, la société du spectacle est plus que jamais capable de récupérer à son profit les critiques qui lui sont adressées, d'assujettir contre-culture et contre-pouvoir et de continuer ainsi à reigner seule... laissant aux spectres des artistes et autres contestataires le soin de divertir et d'endormir ceux qui ont la naïveté de croire encore en eux.

Merci pour ce sujet extrêmement intelligent !
RépondreSupprimermerci à toi : ça fait plaisir
RépondreSupprimerj'aime beaucoup le ton et l'intelligence de ton analyse, bravo !
RépondreSupprimern'en jetez plus, la couple est pleine (merci quand même, ça fait plaisir)
RépondreSupprimerPour faire le chiant,
RépondreSupprimerje dirais "rien de nouveau".
De tout temps les artistes ont fait la pute,
ils sont comme tout le monde ils préferent être riche et bien portant pour créer que pauvre et le ventre vide.
Et ne me dites pas que certains sont mort dans l'annonymatle plus total,c'est juste qu'il n'ont pas été reconnu en leur temps.
Et les portrait de bougeois et de roi que l'on se tappe à longueur de musée si c'est pas de la pub ,je ne sais pas ce que c'est d'autre.
En fait ce qui me choque le plus dans cet article c'est qu'Artus est qualifié d'"artiste".
Cà, ca me pose problème.
Mais beau boulot quand même
salut Manche de pioche,
RépondreSupprimercomprends bien que ce n'est pas tant qu'Artus travaille pour la pub et pour une banque qui m'attriste dans cette affaire. Mais plutôt le fait qu'il énonce dans le même temps un discours on ne peut plus "rebelle", anti-politiquement correct, situ (ou plutôt pro-situ).
merci
RépondreSupprimerArtus
ahaha
RépondreSupprimer"des faux airs de Raymond Pettibon dans le dessin"
Même ses réponses en interview (vraies ou fausses) sont pompées chez Pettibon.