Suite au succès rencontré par "Lille 2004 : capitale européenne de la culture", la ville de Lille a décidé de faire fructifier cette reconnaissance culturelle nouvellement acquise en proposant une biennale de l'art contemporain intitulée Lille3000.
La deuxième édition de cette biennale a débuté le 13 mars dernier et s'achèvera le 12 juillet prochain. C'est peu dire que le programme des festivités réserve quelques belles surprises.
La politique culturelle sous-jacente à cette biennale comme à la capitale européenne de la culture qui l'a précédée s'affiche comme ayant la volonté non seulement de rendre l'art contemporain accessible au plus grand nombre mais aussi de l'intégrer directement au coeur de la métropole et d'impliquer ainsi la population dans le processus créatif lui-même.
Pari compliqué... et qui a, on s'en doute, ses détracteurs. Passons sous silence les contempteurs de la gabegie économique que constituerait toute initiative culturelle subventionnée ; inutile également de s'arrêter sur les (non)arguments des tenants plus ou moins déclarés d'une culture ouvertement élitiste et arrêtons nous un instant sur ceux, autrement plus intéressants, défendus par un collectif anonyme.
Début 2005, alors que Lille s'apprête à redevenir simple capitale des Flandres, que la presse régionale comme nationale ne tarit toujours pas d'éloges sur ce qu'y vient de s'y dérouler, que le public venu par troupeaux entiers dans de prestigieuses expositions s'en est retourné et que les commerçants locaux affichent toujours sur leur vitrine, dans une unanimité quelque peu intéressée, leur soutien indéfectible à la manifestation, un livre fait son apparition dans les rues de Lille. Un petit livre broché, au titre rabat-joie (La fête est finie), à l'élégante couverture grise ne comprenant ni mention d'auteurs, ni éditeur, ni prix puisqu'il est gratuit...
Les différents auteurs de ce recueil d'articles font feu de tout bois à l'encontre de l'auto-proclamée fête populaire de la culture qui vient de s'achever. Leur style comme leurs arguments sont directement redevables au situationnisme d'antan et leurs critiques portent directement, non pas sur tel ou tel aspect de la programmation (au sein de laquelle il eut été difficile de ne rien apprécier), mais bien sur le principe même d'une telle manifestation, sur le statut de l'art dans notre société, sur la signification philosophique et politique d'une telle (ré)création...
Aujourd'hui, alors que la fête en question semble être vouée à ne jamais s'arrêter et à recevoir toujours plus de convives, les arguments alors avancés - appartenant à la catégorie de ceux qui invitent plus à être discutés qu'à provoquer l'adhésion (contrairement à ce que la conclusion de l'ouvrage en question s'entête à soutenir dans une envolée trop lyrique pour être prise au sérieux) - font toujours sens.
Cela tombe bien, La fête est finie est toujours consultable, gratuitement et dans son intégralité, sur le net.

0 commentaires:
Enregistrer un commentaire