
Brian Donnelly est aujourd'hui un des artistes contemporains américains les plus en vu. En témoignent notamment le nombre d'expositions consacrées à son travail depuis la fin de l'année dernière, le reportage que lui a consacré au début de ce mois la chaîne CBS News comme les articles récemment publiés dans le New York Times et le Los Angeles Times ou encore la quantité de VIP (plus ou moins auto-proclamés) s'affichant dans les médias, sinon avec l'artiste lui-même, du moins avec une de ses créations.
Paradoxalement, tout se passe comme si son public si prompt à l'aduler ne prenait, le plus souvent, pas même la peine de regarder son travail, de l'observer, de l'admirer... Ainsi la plétore d'articles et de discussions que l'on trouve en ligne sur Kaws témoignent à leur manière - assez cruelle dans leur candeur - de cet état de fait : on attend de Kaws qu'il se dépêche de sortir un Companion "10 years after", qu'il commercialise un jouet détournant Astroboy, qu'il appose le logo Original Fake sur plus de co-brandings... Mais rien, ou si peu, relevant d'un véritable intérêt pour sa démarche artistique. Kaws est une marque et sa clientèle a le même type d'exigences envers celle-ci qu'à l'égard de toute autre marque.
Sans doute faut-il voir dans ce phénomène une conséquence du parti-pris résolument pop-art de la démarche de l'artiste. Une bonne part de la notoriété dont il jouit découle en effet de sa capacité à produire des objets d'art en série et à prix abordables, tels ses jouets ou les accessoires de sa marque Original Fake.
Il n'en demeure pas moins que cet engouement sélectif et donc partiel a de quoi étonner en cette période où Kaws se voit consacrer presque coup sur coup trois expositions personnelles, lesquelles démontrent clairement que, loin de se contenter de répéter à l'infini les mêmes recettes, il affine toujours plus sa démarche, l'enrichissant et la complexifiant tout à la fois, et n'hésite pas à faire siennes de nouvelles techniques.

Précisément, qu'était-il exposé à la galerie Emmanuel Perrotin de Miami en septembre 2008 comme à la galerie Gering & Lopez de New York en novembre de la même année ? Et qu'est-il possible de voir à l'exposition "The long way home" à la galerie Honor Fraser de Los Angeles depuis samedi dernier et ce jusqu'au 04 avril prochain ?
Certes, certaines choses ont un goût de déjà-vu : accueilli par un Chum géant connu de tous (dans son principe comme dans sa forme, sinon dans sa couleur ou son matériau) depuis l'exposition collective "Beautiful losers" (2004), le visiteur se voit proposer certaines toiles de petit format sous blister ainsi que de plus grands formats représentants, pour certains, des personnages issus de la culture mainstream revisités à la manière, maintenant bien connue, de l'artiste (oreilles et dentition façon squelette de comics, yeux en croix...).
Les amateurs de la première heure ne seront pas déçus, ils sont là en terrain connu et Bob l'éponge tout comme les Schtroumpfs, nouveaux personnages du panthéon personnel de Kaws, suffisent à leur offrir le sentiment réconfortant d'une esthétique sachant s'enrichir tout en restant reconnaissable entre toutes. Mais le véritable intérêt de ces expositions ne réside pas tant dans ces créations que dans d'autres oeuvres à la tonalité résolument nouvelle.

Ainsi de ces toiles qui, abandonnant le parti-pris du seul premier plan qui a longtemps était celui de Kaws, propose une vision plus complexe, traversée de diagonales comme autant de points de fuite, instaurant un chaos artificiel dans l'image ou au contraire, à l'aide de formes géométriques, la re-cadrant de manière exponentielle à l'intérieure même de la composition.
Les gimmicks de l'artiste demeurent (croix en guise d'yeux, main et dentition de Companion, queue de Bendy...) mais ils sont ici comme dé-contextualisés, séparés des personnages qui les portent habituellement. Il ne s'agit plus tant de reconnaître de quelles icônes les personnages de Kaws sont le détournement que de s'intéresser à ces mêmes personnages devenus eux-même icônes d'une certaine modernité et donc reconnaissables à la vue d'un seul de leur attribut.

Et puis il y a ces toiles présentant de nouveaux personnages originaux, plus proches, dans leur esthétique, des flops de l'artiste que de ses traditionnels personnages aux fausses allures de cartoon. La rupture entre anciens et nouveaux sujets est ici consommée, assumée et même revendiquée, l'absence de tout oeil faisant office d'ultime pied de nez à l'ancienne esthétique kawsienne, comme si la signature de l'artiste n'avait plus lieu d'être.
Il faut encore évoquer les couleurs utilisées, lesquelles brillent pas leur exubérance (la palette n'en a jamais été aussi riche et les teintes choisies sont presque saturées) quand elles ne sont pas tout simplement niées à l'occasion de toiles noir sur fond noir.

Le succès rencontré par ces trois expositions comme le battage médiatique qui les a entouré le prouvent clairement : en osant remettre en question sa propre pratique artistique, Kaws est parvenu à s'octroyer un nouveau public, celui des galeries (voir à ce sujet l' intéressant article mis en ligne sur le site de la MJC). Ce dernier n'est pas, en soi, plus valorisant que celui constitué des amateurs de la première heure ayant appris à apprécier Kaws pour ses interventions dans la rue (graff, publicités détournées, etc.) comme pour ses créations en série (jouets, objets divers). Il a cependant le mérite, de par le regard neuf qu'il pose sur les travaux de Kaws, de l'inciter à pousser plus loin ses expérimentations, de l'amener à se questionner et à remettre en cause son travail. Il y a ainsi tout lieu de se réjouir de cet état de fait.

article super intéressant, comme je les aime
RépondreSupprimerbravo
beaucoup de chose dire,beaucoup de chose à répondre,beaucoup de chose à commenter
RépondreSupprimermais hélas pas assez de temps