vendredi 23 janvier 2009

Entretien avec Jac et Johan (réalisateurs de "Vinyl & Co")



Ca faisait des années qu'on l'attendait, qu'on en discutait sur les forums spécialisés, qu'on s'impatientait toujours plus à chaque mise en ligne d'un nouveau trailer et puis, pendant les vacances de Noël, c'est arrivé. C'est arrivé sans crier gare, sous une forme inattendue, de manière tout à fait impromptue.


"Vinyl & Co", le premier documentaire consacré aux "designer toys" (ou tout au moins le premier dont la production fut annoncée), est enfin apparu sur nos écrans. Non pas sous la forme d'un dvd, comme cela été prévu, mais sous celle d'un documentaire télévisé au format standard de 52 minutes. Diffusé sur Planète, le film aura profité de plusieurs passages à l'écran (première diffusion le 24 décembre).
Pour autant, la sortie d'un double dvd susceptible d'offrir une immersion bien plus longue dans le travail de Jac et Johan est toujours attendue et certaines questions demeurent ouvertes.
Plutôt que de les laisser béantes, on les a posées aux deux co-réalisateurs.


Pour commencer, pouvez-vous vous présenter ? Qui êtes vous, quel sont vos parcours respectifs ? Et par quel biais vous êtes vous retrouvés à travailler ensemble ?

Johan : j'ai eu une scolarité catastrophique. J'ai vite compris que mon avenir n'était pas sur les bancs de l'éducation nationale. Et puis quand j'ai dit que je voulais faire du cinéma et qu'on m'a proposé une formation de projectionniste j'ai laissé la voix classique pour devenir autodidacte.

Jac : après un parcours scolaire classique j'ai rapidement eu envie de toucher à l'image. J'ai fait quelques courts métrages en vidéo, puis j'ai intégré les Beaux Arts.
J'en suis sortis et j'ai commencé à bosser dans la vidéo.
On s'est rencontré par le biais d'un pote il y a 8 ans. On a rapidement sympathisé et il se trouve qu'on voulait tous les deux bosser dans l'image. Moi je faisais des courts et j'avais commencé un doc sur les jeux vidéo et puis je taffais en vidéo pour rentrer de la monnaie.
Johan avait fait des videos pour Phoenix et faisais aussi des trucs de son coté.
On a alors essayé de lancer un ou deux projets ensemble assez rapidement, mais on était pas tombé sur les bons interlocuteurs.
Et puis un jour, alors que Johan était entrain de bosser sur un documentaire sur les Pockemon, un groupe de breakdancers de Lyon (champions du monde en équipe à l'époque), il m'a appelé et j'ai intégré le projet. Lorsque ce film a été fini on a continué à bosser ensemble.

Johan : on peut dire que j'ai été LA vraie chance de Jac (rires).


"Vinyl & Co" n'est pas votre premier film. Si je ne me trompe vous avez déjà réalisé des documentaires tournant autour de la street culture ou encore des clips musicaux ?

Jac : on a donc réalisé un film sur les Pockemon - « United we stand » - et un autre sur les jeux vidéos qui sortira peut être cette année.
Là on vient de boucler "Liloo : a breakdancer's story". C'est un film sur Liloo, champion du monde de breakdance et membre fondateur du Pockemon crew.
On a aussi bossé toute la partie video d'un de leurs spectacle.
On a par ailleurs réalisé le clip de Tito Mendoza, on l'a fait comme un hommage aux films de genre. On a eu des moyens ultra limités pour le tournage, mais l'ambiance est là.
Notre fond de commerce c'est la pop culture et la street culture. On est de la génération Goldorak, Star wars, comics, manga, les débuts du rap francais... On a eu la chance d'être à la croisée de pleins d'univers qui forment réellement une culture à part entière. A cela tu rajoutes le cinéma et la musique et les champs de possibilités sont infinis.
C'est vraiment là dessus que l'on a envie de bosser, montrer ce que l'on aime et démocratiser des niches culturelles parfois un brin trop refermées sur elles mêmes et les donner à voir et à comprendre.
On a quelques projets de clips et plusieurs projets de documentaires, et on a vraiment envie d'essayer des esthétiques et des ambiances différentes, tout en restant dans ses univers là.

Johan : oui, il y a des choses qui se profilent, qui se préparent... Néanmoins on ne peut pas affirmer qu'on fera tout ce qu'on dit. On reste des grandes gueules quand même...


Tous vos projets sont-ils réalisés en commun ou vous arrive-t-il de faire bande à part ?

Jac : en ce qui concerne la vidéo on fait tout à 4 mains. Après on est touche-à-tout et on a pleins d'envies, on écrit chacun de notre coté, parfois seuls, parfois avec d'autres. On a plein d'envies mais pour le moment on à pas épuisé le duo.

Johan : généralement c'est plutôt notre duo qui épuise !


En mars 2006, vous mettez en ligne le blog Vinyl & Co consacré au projet de film du même nom. Le premier article posté contient déjà des séquences vidéos... Pouvez-vous nous dire quand exactement vous avez commencé à travailler sur ce film ?

Jac : on a commencé à réfléchir à ce film fin 2005 et à bosser réellement dessus début 2006. On est alors monté à Paris et on a fait des interviews.
Johan : on a tout commencé en autoprod. On avait peur de rien, on était jeunes ! Plus sérieusement j'avais quelques contacts qui nous ont gentiment ouverts leurs portes (Pedro Winter, Fafi, So Me...) sans trop se poser de questions, ce qui était assez rafraîchissant.


Quelle est l'histoire de sa genèse et quels en sont les partenaires ?

Jac : tout d'abord on est fans de jouets. On en a chez nous, on en collectionne certains, et ils font partis de notre quotidien. Johan avait ramené des Jarvis et quand je les ai vus j'ai craqué direct dessus. Et puis en bon geek j'ai commencé a faire des recherches sur ces jouets d'artistes et à l'époque j'ai rien trouvé d'intéressant dessus. Un jour j'ai dit à Johan "faut qu'on fasse un truc là dessus". Lui aussi était curieux et c'est rapidement devenu une évidence.
Rapidement ces jouets nous sont apparus comme la synthèse de pleins de références qui nous parlaient et on voulait en savoir plus.
Johan avait eu le contact de Yann-Claude de chez Artoyz alors on est allez là-bas et on a rencontré Yann et Michael. Ils ont été emballés direct par l'idée de ce film et Michael à été le premier à nous suivre dans cette aventure et on l'en remercie.
On est partis au japon en août 2006 pour rencontrer les Devilrobots et d'autres et Artoyz a directement co-financé ce voyage avec nous.
Lorsque l'on est rentré Michael nous a présenté à certaines boite de prod. Après un essai infructueux on est arrivé chez 75 et ils nous on suivi dans cette aventure. C'était notre premier « gros » film et eux avait envie de produire leur premier film.


Qui finance et, à ce propos, un projet de ce type, ça donne quoi en terme de coût ?

Jac : c'est une co-production 75 & ARTOYZ qui coûte cher...

Johan : de toute façon en vidéo tout coûte cher !


Lorsque le buzz commence sur internet autour de "Vinyl & Co", il est alors question que ce soit le premier film sur les jouets d'artistes. Entre temps, "Toys are us. A revolution in plastic" et "Toy Punks" vont sortir en DVD. Quelle est la spécificité de "Vinyl & Co" par rapport à ces deux documentaires ?

Jac : c'est vrai que l'on a été les premiers à entreprendre de faire un film sur le mouvement et dès le départ on a dit que l'on voulait faire le film le plus complet sur ce mouvement.
En substance on a fait le tour du monde (Asie, Uurope et USA) et on a shooté plus de 60 interviews à travers le monde.
Les deux autres films dont tu parles sont différents sur ce point précis, mais pour nous il était très important que ce film soit exhaustif. Et pour raconter cette histoire on a du voir beaucoup de monde et faire des choix cornéliens au montage afin que le propos et « l'histoire » de cette culture soit la plus juste et la plus compréhensible.

Johan : et puis soyons honnêtes les deux films dont tu parles sont franchement pas terribles quand on voit le notre (rires).

Là dessus, on ne peut pas vous démentir ! Alors que vous n'avez cessé de communiquer autour du projet tout au long de sa conception, notamment par le biais du blog, le passage télévisé de "Vinyl & Co" sur Planète a semblé en quelque sorte tomber du ciel. Jusque là il n'avait jamais été question d'une diffusion à la téloche et c'est par une information assez laconique quelques jours à peine avant sa première diffusion que vous finissez par l'annoncer. Comment expliquez vous cela et comment cette diffusion télévisée a-t-elle été décidée ?

Jac : nous n'avons malheureusement eu la date de diffusion définitive qu'assez tardivement .

Johan : la production de film en France est un vaste casse tête chinois. Tout est compliqué. Tout peut aller très vite et se retrouver bloqué encore plus rapidement. Et le film qui se tourne devenir un vrai cauchemar parce que, à un moment donné, tu ne tombes pas sur les bonnes personnes. Et sans télé il n'y a quasiment aucune chance de produire un film dans ce pays. La France quoi...


Venons-en au film lui-même. Bien que se présentant notamment comme une histoire des origines et des évolutions du mouvement "designer toys", vous avez d'emblée choisi une approche géographique du sujet, comme en témoignaient d'ailleurs les différents trailers que vous avez rendu public au fur et à mesure de la réalisation du documentaire. Pouvez-vous expliquer ce choix ?

Jac : au depart effectivement on a choisi une localisation pour les différents trailers. Puis, lorsque l'on a fait le tour de la question, il est apparu que le mouvement avait lui aussi une histoire géographique.
James Lavelle avec UNKLE a été un des premiers à produire des toys et, à la même époque, Jarvis aussi faisait des choses au Japon. Ensuite, dans la logique, il fallait que le film aille au Japon et ainsi de suite...
Dans la version longue il y a plus de parties encore, et tout est encore plus compartimenté, mais le métrage complet en ressort plus fluide, car il y a des parties que l'on a du enlever pour la version télé.

Johan : on trouve quand même que ce parti-pris géographique s'efface au fur et à mesure du film, à la fin tout est mélangé. C'était aussi une sorte de métaphore de la construction de ce mouvement.


Concernant les origines du mouvement, vous insistez à juste titre sur M. Lau, Bounty Hunter et Medicom. Pourtant seul le premier est effectivement présent dans le film à travers des extraits d'entretiens qu'il vous a accordé. Comment s'explique l'absence de BxH et de Medicom ? Dans l'interview que vous avez accordé à Last Mag (n°20), vous parliez de "jeu de cache-cache" avec les inventeurs du Be@rbrick, vous pouvez nous en dire plus à ce sujet ?

Jac : ah... Medicom ! Jusqu'au bout ils nous ont fait courir pour finalement décider qu'ils ne voulaient pas apparaître dans le film.
On est d'autant plus tristes de cette décision que l'on est fan de leurs toys. La preuve j'ai encore eu 3 Real Action Heroes Star wars à Noël !
Plus sérieusement je pense que la présence d'autres marques de jouets les dérangeait et dès le départ on s'était dit de ne pas vouloir privilégier un tel ou un autre.
Pour Bounty Hunter on a simplement pas reussi à se capter au bon moment au bon endroit, comme pour Futura et un ou deux autres d'ailleurs. Après t'es aussi obligé de faire avec le budget du film !

Johan : Medicom.... Nous sommes allés deux fois au Japon pour le film ! Ils n'ont pas daigné nous recevoir. Un coup oui, un coup non... Et on avait pourtant des soutiens de poids. Vraiment. Et comme dit Jac on est d'autant plus déçus qu'on est vraiment fans de leurs productions. Dommage, mais c'est finalement très japonais comme attitude.


Autre absence remarquée dans le documentaire, celle de Kaws qui est pourtant sûrement le représentant le plus reconnu de ce mouvement. Vous avez affirmé par ailleurs qu'il sera pourtant bel et bien présent dans le dvd à sortir. Pourquoi alors l'avoir supprimé de la version 52 minutes faite pour la télé ?

Jac : il faut bien garder quelques cartouches pour le dvd ! (rires)

Johan : c'est un peu notre Arche d'alliance, on le sortira qu'à la fin pour tuer nos derniers ennemis !

Existe-t-il d'autres modifications sensibles de ce type entre le film tel que vous l'avez originellement conçu et la version que vous avez fourni à Planète ?

Jac : dès le départ le film à été pensé pour un format 80. La version 52 est une version bien plus light.
Dans la version longue on trouvera plus d'intervenants, plus de contenu, pleins d'animations, plus de toys et plus de fond aussi. La version longue est une version bien plus geek et plus sexy que la version 52 !
On espère aussi qu'il y aura un disque bonus car on a plein de contenu à mettre dessus. Des interviews d'encore plein de gens, des versions longues des meilleures interviews, des extraits de vidéos, des diaporamas, des surprises...

Johan : la version 80 est un peu notre "Apocalypse Now" à nous. On galère, on explose les budgets, on paie que les italiens sur le tournage, y a des tempêtes, des overdoses, mais un jour le film sortira comme on l'a voulu !


Si vous donnez largement la parole aux créateurs de jouets dans "Vinyl & Co", vous n'y consacrez par contre aucune séquence aux collectionneurs et à tous ceux qui gravitent autour. Pourtant le rôle des dits collectionneurs est loin d'être marginal dans ce mouvement. Je pense notamment aux multiples sites internet et forums consacrés à la question, aux conventions, aux différents events organisés à travers le monde. C'est juste une question de choix nécessaires ou c'est que vous ne considérez pas que tout cela participe de fait au mouvement ?

Jac : bien entendu pour nous la communauté est toujours ce qui fait vivre un mouvement, une culture, une soirée, un mmorpg ou un jeu de rôle et en tant que fans de pleins de choses, nous aussi on est sur les forums.
Quand aux events, ben on est tellement fans qu'on a un projet de film sur le plus geek des events du monde !
Dans le film on a privilégié les interventions d'artistes car il s'est avéré que leur paroles étaient celles qui servaient le mieux le propos.
On a interviewé pas mal de fans et de collectionneurs durant nos voyages et aussi des orgas d'events, mais le fait est que les artistes de ce mouvement sont eux aussi des fans et des collectionneurs, des mecs comme Bryan Flynn, Erik Nakamura, Ultraman ou encore les Devilrobots sont avant tous des vrais passionnés de jouets et des collectionneurs qui feraient pleurer n'importe qui à la vue de leurs collections.
Ceci dit dans le dvd il y aura un peu plus de collectionneurs et d'images de collections.


Aujourd'hui, êtes vous en mesure d'affirmer que "Vinyl & Co" sortira bel et bien en dvd ? Une idée de date ?

Jac : malheureusement non. On cherche encore un distributeur mais on s'accroche et on lâche pas l'affaire.

Johan : peu importe la forme, vous verrez cette version !

Vous travaillez maintenant à un autre film, consacré cette fois aux robots, "R.O.B.O.T.S". A nouveau il sera question de jouets mais aussi de bien d'autres choses. Pouvez-vous nous en dire plus à ce sujet ?

Jac : "R.O.B.O.T.S" est effectivement notre prochain gros film. On est tous les deux fans de chogokin et de la marque Popy. Pas seulement pour les jouets, mais aussi le style graphique de l'époque.
On va essayer de parler de toute la culture robot. Le film aura certainement les robots jouets comme fil conducteur mais on va aussi essayer de parler histoire, littérature, art, science... Un gros projet en chantier. Bientôt le premier trailer alors comme le veut le dicton : STAY TUNED !!!

Johan : R.O.B.O.T.S, c'est encore plus gros, plus grand, plus fort que "Vinyl and Co" comme film ! C'est comme quand James Cameron est passé de "Terminator 2" à "Titanic" ! Et pourtant "Terminator 2" c'était déjà balaise.... Ferme les yeux, voyage...

1 commentaires:

C'est nous les gros a dit…

Le film tire dans les chevilles !

Enregistrer un commentaire