vendredi 28 novembre 2008

Sarkobama : "yes, we can... nous foutre de la gueule du monde"


Nous vivons décidément une période de reconnaissance hexagonale grand public pour Obey aka Shepard Fairey. Alors que Beaux Arts Magazine lui consacre sa couverture, l'UMP le récupère. Il est des hommages qui font plus plaisir que d'autres...

"Les cons, ça ose tout. C'est même à ça qu'on les reconnaît" faisait dire Audiard à je ne sais plus quel personnage de ses Tontons Flingueurs. Et là il faut bien admettre que la bande à Sarkozy lance le ballon un peu loin.

L'UMP (où je ne sais lequel des groupuscules extrémistes qui gravitent autour) n'a en effet rien trouvé de mieux à faire que de reprendre à son compte la désormais célébrissime affiche conçue par Obey dans le cadre de la campagne présidentielle de Barack Obama.
On retrouve ainsi sur ces nouvelles affiches qui sont en train de fleurir ça et là aussi bien la charte graphique inventée par Obey (mais appliquée cette fois au portrait de Sarkozy) que le fameux slogan "Yes we can".


Ce slogan, que l'on pouvait jusqu'alors interpréter comme "oui nous pouvons élire un président métisse à la tête de la première puissance mondiale", "oui nous pouvons arrêter l'occupation en Irak", "oui nous pouvons rétablir un système de santé digne de ce nom", sera-t-il maintenant perçu comme renvoyant à un champ des possibles beaucoup moins réjouissant du type "oui nous pouvons renvoyer les étrangers par charters entiers en toute impunité", "oui nous pouvons travailler plus pour gagner assurément moins", "oui nous pouvons détruire la sécurité sociale" ?

Je l'ignore. Tout comme j'ignore comment Obey percevrait cette récupération de son travail au profit de la droite ultralibérale française s'il en était averti. Le fameux espoir ("Hope" était un autre des mots d'ordre appliqué sur l'affiche d'Obama) que l'affiche d'Obey avait participé à faire naître aux Etats-Unis se transforme, par chez nous, en un grand dégoût. Le dégoût que l'on ressent à observer un leader politique cynique au point de détourner à son profit une image qui disait fondamentalement le contraire de ce qu'elle dit aujourd'hui, maintenant que sa tronche remplace celle d'Obama ; cynique aussi au point de faire apposer ses affiches sur les panneaux électoraux réservés aux élections prud'hommales qui se déroulent actuellement... Que les travailleurs ne s'occupent pas de défendre leurs droits, je me charge de les faire disparaitre !

Puisqu'il est décidément des hommages qui font plus plaisir que d'autres, concluons sur cette jolie couverture de Beaux Arts Magazine qui, même si elle vide quelque peu le travail de Fairey de sa substance, ne lui fait cependant pas dire le contraire de ce pour quoi il a été réalisé.


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jeudi 27 novembre 2008

La série limitée façon Eboy


Devant le manque d'enthousiasme suscité par la mise en vente de leur pourtant très beau (et sans doute trop cher) Blockbob Eater en octobre dernier (produit à 70 exemplaires, le jouet est toujours disponible à la vente sur le site d'Eboy), le collectif allemand en commercialise aujourd'hui une version dite " Snow" (blanche quoi...), cette fois limitée à... 12 exemplaires dont 6 seulement sont disponibles à la vente (ben oui, faut en garder pour la famille aussi).

Au moins ne pourra-t-on pas les accuser de faire concurrence aux producteurs traditionnels de jouets d'artistes qui généralement ne peinent pas trop à écouler leurs séries "limitées" à 1500 exemplaires, voire plus. Par contre, voilà qui donne matière à réflexion concernant les goûts de la majorité des collectionneurs des dits jouets d'artistes...

Quoi qu'il en soit, cette fois au moins je risque moins de me tromper en affirmant qu'il faut faire vite si l'on veut se procurer le Blockbob Eater dans sa dernière version !

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mercredi 26 novembre 2008

400 % possessed...


Je vous parle d'un temps que les moins de 30 ans - de 35 même...- ne peuvent pas connaître. Une époque où mes copains et moi regardions en boucle une vidéo VHS - ben oui quoi, je vous rappelle qu'à l'époque ni les dvd ni Youtube ni même l'internet grand public n'existaient encore -, une vieille VHS pourrie donc sur laquelle nous avions enregistré un reportage diffusé dans "Les enfants du rock", reportage consacré au skate-rock.

Ca devait durer 10 minutes tout au plus. On y expliquait, images à l'appui, que les skaters américains nouvelle génération avait tourné la page des Beach Boys héritée des grands frères surfers pour se créer une musique sur mesure : plus violente, plus urbaine, plus bière qu'ambre solaire pour résumer... Le clou du spectacle était un extrait du clip vidéo du titre "Possessed to skate", tiré du premier album de Suicidal Tendencies.
On ne connaissait alors rien de ce groupe et il allait encore nous falloir patienter quelque temps pour pouvoir nous procurer leurs disques. Ben oui, je vous l'ai dit, internet n'existait pas encore et ce n'était pas le genre de LP qu'on trouvait chez le disquaire du coin...



Tout ça pour dire que s'en est suivi pour quelques-uns d'entre nous l'époque bénie du skate-core : une pratique hard-core du skate, éloignée des contest et autres fringues fluos, bercée en permanence par une bande son alliant punk, hard-core, speed-metal, fusion naissante (qui se souvient des Fishbones première manière ?) et d'un brin de hip-hop (les Beasty Boys quoi...).

Depuis, il faut bien le dire, le groupe de Mike Muir a pas mal vieilli. Au point où ils n'ont plus rien sorti de vraiment essentiel depuis une bonne dizaine d'années. Mais ça n'empêche pas la bande à Mike de continuer à donner des concerts un peu partout dans le monde à l'image de la dernière tournée française qui vient de s'achever. Le phrasé si particulier de Mike Muir, entre mélodie et violence contenue, est demeuré inchangé (même s'il a quelque peu perdu de sa puissance) et c'est donc toujours le même bonheur de les voir interpréter sur scènes leurs vieux titres.


On a appris la semaine dernière que Medicom allait commercialiser, en mai 2009, une version 400 % (27 cm) du Be@rbrick Suicidal Tendencies déjà sorti en 100% (7 cm) dans la série 15.

Ce Be@rbrick reprend ingénieusement le pattern du fameux bandana ST qui, par le passé, a fait couler tant d'encre. Associé au corps body-buildé des membres du groupe, accompagné de la chemise à carreaux boutonnée jusqu'au cou et de la casquette à visière frappée du sceau du crew de Venice, ce bandana donnait à la fine équipe un petit air de gang armé qui n'était pas fait pour les desservir. Bien sur, on était là dans un de ces mythes dont l'histoire du rock est si friande et Suicidal Tendencies n'avait pas manqué de démentir. Mais le pari était déjà gagné : le groupe avait une image, une de ces images qui suffisent bien souvent à assurer votre succès...



En reprenant ce simple pattern, Medicom frappe donc juste et se contente de la sorte d'appliquer la même recette que pour bon nombre d'autres Be@brick, notamment ceux consacrés à des groupes rock (Sex Pistols, Ramones, Rolling Stones...) : se contenter d'un simple signe distinctif (un pattern, un logo, une typographie...) afin d'évoquer un nom, lequel allié à l'image de marque de Medicom, garantit à l'ourson le statut d'objet fétiche permettant de rendre le culte mérité au groupe auquel il est consacré.
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dimanche 23 novembre 2008

"Bruxelles street art" : vous avez reçu une réponse...



En publiant récemment ici même un petit clip réalisé à partir de photos prises dans les rues de Bruxelles et en le qualifiant, dans le message qui l'accompagne, de "carte postale", je ne m'attendais pas à ce que celle-ci suscite pour autant une réponse en retour.


C'est pourtant bien ce qui vient d'arriver, Youtube est formel à ce sujet : Rosa Terrerare a mis en ligne "La bomboletta vola e i muri parlano" et, utilisant une option de Youtube que je ne connaissais pas jusque là, a choisi de présenter son clip en réponse au mien.

Je ne sais pas si cette vidéo "répond" à proprement parler à celle que j'ai commise mais ce qui est certain c'est qu'elle y fait écho : réalisée de la même manière, c'est-à-dire à partir de photos et montée avec les moyens du bord (iMovie est mon ami), "La bomboletta vola e i muri parlano" est un témoignage complémentaire sur ce qui est donné à voir dans les rues de Bruxelles.
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samedi 22 novembre 2008

Nigel Peake, "Maps" (Analogue Books)


Nigel Peake est irlandais. Il vit et travaille à Edeinburgh où il enseigne le design à la School of Architecture. Ses illustrations font régulièrement l'objet de publications sous forme de prints et ont déjà été vues sur des pochettes de disque (chez Ninja Tunes) ou encore sur une gamme d'objets produits pour Habitat.
Architecte de formation, on ne s'étonnera donc pas de découvrir que ses principaux travaux ont pour thème l'urbanisme, la cartographie et les bâtiments de toutes sortes (maison, immeubles, château d'eau, grange, etc).

Le livre "Maps" qui vient de sortir chez Analogue Books (excellente maison d'édition dont je vous conseille fortement de feuilleter le catalogue) a donc pour thème principal, comme son nom l'indique, les cartes.


Des cartes subjectives en quelque sorte puisque N. Peake les dessine sans relevé topographique ni vue aérienne. Il se contente, pour tracer sur le papier les contours d'un quartier, d'y errer et de prendre quelques photographies, une manière selon lui de découvrir l'identité géographique de la zone concernée.
D'où parfois des cartes un peu chaotiques, où le quartier paraît totalement désorganisé, des cartes qui feraient passer une calme ville d'Ecosse pour un quartier de Tokyo.

Pour autant, ce n'est pas parce que l'approche est volontairement subjective que le traitement se ressent d'une quelconque forme de complaisance. Les cartes de Nigel Peake sont tracées avec rigueur et finesse au feutre fin noir et ne font l'économie d'aucun détails. Elles sont qui plus est le plus souvent rehaussées de couleurs (peinture à l'eau) aussi surprenantes que harmonieuses, que celles-ci soient appliquées avec parcimonie (parfois seules quelques touches de couleurs sont apposées en guise de ponctuation) ou avec plus de largesse.


De ces cartes, comme des constructions diverses que N. Peake aime tout autant à dessiner, se dégage une impression de fragilité extrême. Non pas que l'édifice semble mal bâti ou en équilibre instable ; bien au contraire le dessin de N. Peake, riche en détails donnant à ses créations de faux airs de patchwork, ne laisse en soi aucun doute quant à la solidité de ce qui est croqué. Ce n'est pas de cette fragilité là dont il est question mais plutôt de celle propre à la condition humaine, de celle inhérente à tout ce que l'homme s'ingénie à construire pour se protéger ou s'organiser... Cette fragilité qui condamne tout ce que l'homme fait tout comme celui qui s'y est consacré à nécessairement disparaître corps et âme, à perdre son risible et pathétique pari avec l'éternel.



Le livre "Maps" est disponible, depuis vendredi, sur le site de l'artiste, tout comme le précédent, "Sheds", consacré quant à lui aux différents abris que Peake a pu observer au gré de ses pérégrinations entre l'été 2006 et le printemps 2007 et qui profite depuis peu d'une deuxième édition.
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vendredi 21 novembre 2008

Cakeees : exposition Yukinori Dehara du 04 décembre 2008 au 17 janvier 2009 chez Artoyz, Paris


C'est un sacré cadeau de Noël que nous a concocté l'équipe d'Artoyz : la première exposition européenne de Yukinori Dehara, rien moins ! Et puis cerise sur la bûche, le sensei sera présent trois jours plus tôt (soit le 1er décembre à partir de 19 h 00) au Divan du monde pour une performance dont j'ignore ce que l'on peut en attendre mais c'est précisément ce qui fait tout le charme de ce genre d'individu inclassable.

Autant dire que c'est un rêve qui va enfin se réaliser. Un rêve que je nourris depuis la découverte de cet artiste en 2005, découverte due à Toy2r (ça fait combien de milliers d'années que Raymond Choy ne nous a plus fait découvrir personne ?!?). La firme hong-kongaise venait alors de sortir le Killer Tomato et le Killer Cabbage : deux magnifiques ovnis dans le ciel serein de l'univers des jouets d'artistes... Des jouets étranges, presque difformes, menaçants dans leur aspect comme dans leur posture, des jouets dont à l'époque bien peu connaissaient déjà le créateur.


Revenons en à "Cakeees". Malgré l'énigmatique sous-titre français figurant sur le flyer ("Georges rentre au pays"), "Cakeees" n'est pas un projet spécifique à cette exposition parisienne.

"Cakeees" c'est, avant tout, une série de courts métrages d'animation conçus à partir des personnages de Dehara. On y retrouve certes ses figures types que sont le salariman stressé ou encore le yakusa sanguinaire, mais aussi et surtout une foule de nouvelles créatures ayant pour thème commun la nourriture (le genre de bouffe qui donne plus envie de vomir que de passer à table). Car Dehara c'est avant tout cela : un fabuleux character designer, un artiste qui a le don de dessiner et de modeler des personnages desquels semblent, après coup, découler des scénarios possibles.



Pour le coup, Dehara ne s'est pas contenté de filmer avec les moyens du bord, comme il en a l'habitude, les folles aventures de ses personnages. Produit par TV-Tokyo, qui a diffusé l'ensemble des épisodes au début de cette année, "Cakeees" a profité d'un budget plus conséquent que les précédentes animations-bouts-de-ficelle du maître. De ce fait, de véritables acteurs ont été embauchés pour jouer les voix et le tout a été réalisé par Suguru Takeuchi.


Voilà pour la fiche technique. Quant au contenu, n'entravant que pouic à la langue de Mishima, je me garderais bien d'en dire quoi que ce soit sinon que "Cakeees" est un programme résolument décalé et subversif, axé cul et baston, le tout reprenant les codes du film de genre nippon. Vous pouvez vous en faire une idée on ne peut plus précise en vous procurant le DVD de la série ou, plus simplement encore, en en visionnant l'intégralité des épisodes sur Youtube...



Pour conclure, revenons en à l'exposition à venir chez Artoyz, car c'est bien là l'événement qui nous intéresse aujourd'hui. Que vous ayez déjà vu l'ensemble de la série ou que vous la découvriez aujourd'hui, cette expo reste un rendez-vous à ne pas manquer. Ce sera en effet une occasion unique de voir "en vrai" - je veux dire par là en moulage, ne vous imaginez pas croiser rue de l'Arbre Sec un cake sur pattes - l'ensemble des protagonistes de "Cakeees", d'observer de près leurs magnifiques difformités, de scruter leurs jouissives imperfections et de vous effrayer de l'étrange et paradoxale harmonie qui s'en dégage. Car c'est là, en effet, que réside le principal charme des créations de Dehara.
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mercredi 19 novembre 2008

A propos de Guy Peellaert


Je n'ai pas pour habitude de me faire l'écho des dépêches AFP ni même de me contenter de relayer des infos sans y apporter mon grain de sel.
Cas de force majeure, je déroge cependant aujourd'hui à la règle. On vient en effet d'apprendre le décès, lundi dernier, à l'âge de 74 ans, de l'artiste d'origine belge Guy Peellaert.

Peintre, photographe, illustrateur, affichiste, Peellaert était une figure majeure du pop-art.
Il s'était notamment fait connaître en 1968 à l'occasion de la publication de sa BD au style teinté de psychédélisme "Pravda la Surviveuse".
Certaines affiches qu'il avait conçues pour le cinéma l'avait ensuite fait connaître du grand public, telles celles pour "Paris, Texas", "Les ailes du désir" ou encore "Taxi Driver".


Mais c'est surtout pour ses travaux dans le domaine du rock que Peellaert est unanimement reconnu.
On se souvient notamment de la pochette kitschissime de l'album "It's only Rock and Roll" des Stones ou encore de la superbe double pochette de "Diamond Dogs" de Bowie.

Par ailleurs, Peellaert avait également réalisé, en 1974, un étrange recueil d'illustrations à l'aérographe sur le monde du rock, devenu depuis un véritable livre culte : "Rock Dreams". L'ouvrage qui alterne les portraits sous forme d'icônes des figures tutélaires du rock et les textes de Nick Cohn, est toujours disponible en librairie puisque Taschen avait eu la bonne idée de le rééditer en 2003.
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Archives Juxtapoz en ligne


Le magazine culte "Juxtapoz", créé en 1994 par Robert Williams, a récemment décidé de proposer ses archives en consultation libre sur son site internet.
Chaque semaine, un nouveau numéro entièrement numérisé sera ainsi mis en ligne sur le site de la revue.

Les archives débutant par le numéro 1, c'est ainsi l'occasion de découvrir ou de redécouvrir ce qui pouvait bien faire les grands titres de la presse spécialisée dans le street art et la pop culture il y a quinze ans de cela.

Voici donc une manière intéressante de passer le temps en attendant la sortie tant attendue et tant retardée de la version française du magazine californien, annoncée tantôt sous forme de magazine, tantôt sous forme de livres rétrospectifs annuels (chez Ankama)...

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lundi 17 novembre 2008

Ji Lee versus Di Modica : le Charging Bull terrassé


Ji Lee, designer new-yorkais d'origine coréenne, a des clients comme Newsweek, les céréales Cheerios ou encore T Mobile à son tableau de chasse.

Parallèlement à ce travail de mercenaire faiseur d'images, il s'est également fait connaître, en 2002, comme étant l'initiateur du "Buble Project".
Soit au départ 50.000 stickers en forme de bulles de bande dessinée collées sur les affiches publicitaires des rues de New York. Sur ces bulles, strictement rien : au passant, donc, la possibilité de les remplir et de donner ainsi un nouveau sens aux publicités piratées. L'initiative a fait tâche d'huile et on a ainsi pu voir fleurir ces phylactères vierges sur les placards publicitaires des principales villes de la planète.


C'est aujourd'hui pour une couverture du magazine "Condé Nast Portfolio" que Ji Lee refait parler de lui. Illustrant le dossier principal du magazine consacré au crack boursier actuel, Ji Lee propose un photomontage représentant le fameux taureau de la bourse de New York, le "Charging Bull", au sol, allongé ou plutôt terrassé.

Véritable symbole de l'impérialisme financier américain et oeuvre d'Arturo Di Modica, le "Charging Bull" est aujourd'hui un des monuments les plus visités de New York.

C'est peu dire que le détournement de Ji Lee, représentant ce monument du mauvais goût bling-bling et pro-capitaliste avachi sur le trottoir comme le dernier des traders ruinés par la crise financière actuelle, est jouissif.


Mais c'est aussi l'occasion pour nous de revenir sur l'histoire du "Charging Bull" (également appelé "Wall Street Bull" ou encore "Bowling Green Bull) qui est loin d'être dénuée d'intérêt.

Arturo Di Modica a créé ce bronze à l'occasion d'un précédent crack boursier, en l'occurrence celui de 1987. Non pas pour faire preuve de cynisme mais au contraire en signe d'optimisme : c'est bien connu, la main invisible du marché est toujours à même de réparer ce qu'elle est parvenu à détruire (c'est d'ailleurs bien pour cela qu'actuellement les principaux Etats de la planète s'empressent d'injecter de l'argent public dans les marchés privés...). Le taureau de Di Modica, outrageusement virile et conquérant, fut donc conçu pour que le bon peuple jamais ne doute de cette capacité surnaturelle du marché a toujours vaincre l'adversité .


Ce qu'il est intéressant de noter, c'est que l'oeuvre n'avait pas été commanditée par la bourse ni même par la ville de New-York. C'est de son propre chef que Di Modica l'a créée et c'est dans l'illégalité la plus totale qu'en décembre 1989 il l'a installée de lui-même devant Wall Street en guise de cadeau de noël. L'histoire de l'art retiendra peut-être que Di Modica fut ainsi le premier (et peut-être même le seul) représentant de droite du street-art, mouvement généralement perçu comme étant foncièrement de gauche, notamment en raison de ses origines directement liées à la pratique d'une propagande contestataire et volontairement illégale.

La police de New York, qui n'aime pas trop qu'on laisse traîner des cochonneries sur la voie publique (surtout quand celles-ci pèsent plus de 3 tonnes), s'était, on s'en doute, empressée de déloger le mastodonte. Mais la tribu des messieurs en costume et des mesdames en tailleur qui passe ses journées dans le quartier et qui, bien entendu, goûtait fort cette représentation du système qu'elle contribue si bien à faire fonctionner, cette tribu donc prît la défense du "Charging Bull" et en réclama la réinstallation.

Le New York City Department of Parks and Recreation prit donc la décision de le légaliser en l'implantant définitivement au Bowling Green Park, à deux pas de Wall Street, là où des milliers de touristes lui rendent quotidiennement visite, là où aujourd'hui il vient de s'effondrer au sol, grâce au souffle inspiré de Ji Lee, comme une grosse merde qu'il a toujours été.
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samedi 15 novembre 2008

Run, "Mutafukaz. It came from the Moon" (ed. Ankama)


D'abord annoncé pour septembre de cette année, le prochain tome des aventures de Vinz et Angelino sortira finalement le 04 décembre prochain. Encore faut-il préciser que ce prochain volet n'est pas la suite des deux premiers tomes de "Mutafukaz" mais bien plutôt le commencement (ce qu'il est convenu d'appeler une "préquelle" donc). En lieu et place de l'attendu tome III, c'est en effet le tome 0 que nous propose cette fois Run.

Autre originalité de cette sortie, "It came from the Moon", puisque c'est son titre, ne sera que partiellement dessiné par le graphiste lillois puisque la majeure partie des planches seront dues à Bicargo, Run s'étant toutefois octroyé le rôle de scénariste sur l'ensemble du livre.

Je ne suis pas un inconditionnel de "Mutafukaz" mais je n'attends pas moins cette sortie avec une certaine impatience.


Si je ne partage que modérément l'enthousiasme qu'ont suscité les deux premiers volumes de cette série (le tome I a été cette année réimprimé pour la troisième fois), c'est essentiellement pour des raisons purement subjectives liées au scénario. D'une façon générale, en matière de bande-dessinée, je goûte assez peu (voire pas du tout) les histoires d'aventure, de science-fiction, de baston tout azymut... Je me l'explique difficilement mais s'il m'arrive certes, comme tout à chacun, de passer un dimanche soir devant la télé à regarder un blockbuster débile plein de rebondissements, de héros qui gagnent forcément à la fin grâce à leurs pouvoirs plus ou moins naturels et de bimbos non moins favorisées par la nature, j'ai tout simplement l'impression de perdre dans mon temps quand il s'agit de lire ce type d'aventure. En matière de roman, que celui-ci soit graphique ou non, mon coeur penche de préférence pour des scénarios plus intimistes, plus subtils aussi, plus cérébraux pour tout dire. Cela ne s'explique pas et finalement peu importe.



Cette réserve mise à part, il n'en demeure pas moins que j'attends bel et bien avec impatience le prochain volet de "Mutafukaz". Cela pour des raisons, on l'aura compris, purement graphiques.

J'apprécie en effet tout particulièrement l'univers esthétique de Run : l'aspect général de ses personnages tout comme les décors qui servent de contexte à leurs aventures, bien que truffés de références à la société contemporaine dont nous faisons notre quotidien, n'a pas moins la capacité à plonger le lecteur dans une espèce de monde parallèle. Son trait, bien que parfois un peu imprécis, sait donner à l'ensemble un dynamisme incitant à lire "Mutafukaz" comme on regarde d'une traite un vidéo clip (ou comme on s'enfile cul-sec un godet de tort-boyaux) . Pour dire les choses clairement, on s'en prend plein la gueule du début à la fin et pour peu que l'on est envie de pareille expérience, c'est assez jouissif.
Et puis il y a également cette grande liberté formelle que s'octroie Run dans la conception de chaque titre de la série : passage du noir et blanc à la couleur pour le simple plaisir de réveiller le regard, changement à vu de style de dessin d'une page à l'autre, planches entières par des dessinateurs invités insérées au coeur même de la narration, etc.

Enfin, il y a cette passion communicative qu'a Run pour l'esthétique de genres et sa manière de rendre hommage à ceux-ci. A la manière d'un Tarantino faisant réaliser une séquence entière d'anime pour son "Pulp fiction" ou reprenant à son compte, dans un même film, certains clichés du western spaghetti, du film de yakusa ou encore des productions Shaw Brothers, Run rend à son tour des hommages appuyés aux genres qu'il affectionne comme la manga, la science-fiction, les comics, les films 3D avec lunettes bicolores sur le nez ou encore l'esthétique de la lucha libre, donnant de la sorte à ses albums des airs de patchwork délibérément postmodernes.

Si l'on veut bien ajouter à tout cela le soin mis par Run, directeur de collection chez son éditeur, dans la réalisation même de ses livres (utilisation de différents types de papiers selon le rendu désiré, couverture faussement défraîchie du volume à venir, chapitre bonus comprenant esquisses, textes explicatifs, album photos ou encore artworks de graphistes amis se pliant au jeu du fanart, etc) on aura compris, je pense, pourquoi on peut effectivement attendre la parution du prochain "Mutafukaz" avec une certaine impatience.
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mercredi 12 novembre 2008

Tribute to Hokusaï


Nous parlions récemment ici même de la distinction problématique entre le plagiat qui serait d'essence strictement littéraire et la copie dans le domaine des arts plastiques. C'est aujourd'hui une problématique assez complémentaire à celle-ci qui va nous intéresser, à savoir l'usage, qui serait cette fois strictement musical, de ce que l'on appelle le plus souvent la "reprise".

Un de mes usages favoris des plateformes peer to peer ou des blogs musicaux est la découverte de reprises de titres bien connus d'un groupe par d'autres artistes. J'aime écouter un morceau des Beatles entièrement interprété par des aboiements, entendre un vieux AC/DC façon chant mongole traditionnel, m'amuser avec un "Stairway to Heaven" de 20 minutes joué à l'ocarina, danser sur un Kraftwerk à la sauce mambo...
De l'hommage respectueux au détournement le plus facétieux, la reprise musicale est un art en soi, permettant tout à la fois de rendre hommage à un titre et à son créateur ainsi que de faire valoir la créativité de celui qui le reprend.

En écrivant récemment un article à propos du duo Kozyndan, je me faisais la remarque que la reprise, si elle était d'un usage courant dans le domaine musical, l'était finalement presque autant dans la sphère des arts plastiques.
Prenant pour point de départ la superbe version de la vague d'Hokusaï par le duo américain, je me suis amusé à chercher sur le net d'autres interprétations de cette partition plastique.
Des publicitaires aux artistes contemporains, des sculpteurs aux bidouilleurs informatiques, la vague a su susciter nombre de "reprises" parfois inspirées, parfois beaucoup moins. Je vous ai sélectionné celles que j'ai jugées les plus significatives.

Pour commencer, autant s'en débarrasser tout de suite, passage chez les publicitaires, lesquels, c'est bien connu, ne sont jamais les derniers pour utiliser à leur manière des images étant passées dans l'inconscient collectif.
En ce domaine comme en tant d'autres, le meilleur côtoie le pire comme en témoignent ces campagnes conçues respectivement pour Orangina, IBM et Levi's.


Les deux premières se passent de commentaire. La troisième a été conçue par Caroline Calvin (la photo étant de Peter Calvin) à partir de 35 jeans de la marque et la dernière est un panneau publicitaire 3D également produit pour la marque Levi's.

Pour en finir avec les pros de la récupération, rappelons, pour les plus distraits, que le fameux logo de la marque Quicksilver est lui aussi directement issu de l'oeuvre d'Hokusaï.

Passons maintenant aux choses sérieuses. Un peu dans la lignée futuriste de la campagne d'IBM, on trouve cette composition d'Aurore Caulson ("The geat wave. Tribute to Hokusai") où comment réinterpréter une estampe à l'aire du tout numérique...


Foncièrement plus pop et se démarquant de manière plus flagrante de son modèle par le biais d'une schématisation de la vague, d'une réduction à quelques traits, voici la version imaginée par Nicola Barker sous le titre pour le moins énigmatique de "Calcium wave".


A l'aire numérique, la Vague d'Hokusaï peut aussi être visualisée en mouvement. C'est en tout cas la drôle d'idée (drôle dans la mesure où, précisément, c'est tout le talent d'Hokusaï d'avoir su rendre le mouvement de sa vague par le biais d'une simple estampe) qui semble avoir guidé Robert Inventor dans son travail d'animation.



L'option tout-numérique n'est cependant pas l'unique alternative à un traitement novateur de la Vague. Il en existe bien d'autres que l'on peut diviser en trois grandes familles : la réinterprétation de la texture de la Vague, l'ajout d'éléments altérant la signification première de la Vague et enfin la transformation de l'écume de la Vague que l'on peut considérer comme étant une modalité spécifique de l'ajout d'éléments nouveaux.

Dans la famille réinterprétation de la texture, je demande donc Yuko Shimizu ("The big wave") dont la chevelure mouvementée happe littéralement le personnage à la pointe de la tresse.


Plus radical encore dans sa démarche, le plasticien Jeffery Laudenslager et sa sculpture kinétique. Ici la Vague, réduite à une simple silhouette, conserve sa capacité à évoquer le mouvement malgré le fait qu'elle soit figée dans le métal.



Passons maintenant à l'ajout d'éléments dans la composition d'Hokusaï. Restant fidèle à la pratique de l'estampe comme à l'oeuvre originale, Nana Shiomi crée un diptyque ("Hokusai's Wave - Happy Dog") dont le second panneau représente un chien. Jouant de la rupture d'échelle entre la vague et l'animal, celui-ci semble non pas confronté à une vague menaçante comme celle qui met en péril les pêcheurs peints par Hokusaï mais bien plutôt s'ébattre dans des vaguelettes de bord de plage...


Dans cette composition dont je ne suis pas parvenu à découvrir l'auteur, un robot de la famille Gundam surgit littéralement des flots. De par sa nature menaçante, celui-ci donne à la vague d'Hokusaï l'aspect d'un tsunami annonciateur de grands périls.


Beaucoup plus anecdotique est cette création de Mapple proposée sur le site LaFraise.com en vue de l'édition d'un tee-shirt.


Pour finir, passons maintenant en revue les reprises jouant de la transformation de l'écume de la Vague d'Hokusaï.
On trouve notamment dans cette catégorie "Great wave moonkey" par Thinkforward ou encore "Coffee wave" par Quiche, deux reprises globalement dénuées d'intérêt. D'un côté l'écume se transforme, pour des raisons que nous ignorons, en singes ; de l'autre elle se mue en crème à expresso, le Mont Fuji au second plan étant lui-même relégué au statut de monticule de crème chantilly. On est ici bien loin de la méditation à laquelle la Vague d'Hokusaï a pour fonction d'inviter.



On retrouve également dans cette catégorie de l'écume métamorphosée le superbe "Uprisings" proposée par Kozyndan à la revue GiantRobot en guise de couverture. Pour le coup, la métamorphose se déroule pour ainsi dire sous nos yeux et invite à méditer, pour peu que l'on soit plus enclin à réfléchir sur les mystères de ce monde plutôt qu'à passer son temps à glander sur internet, sur les relations entre le monde matériel et le monde animal.


Enfin, pour finir, honneur au maître, puisque Hokusaï lui-même s'est amusé à ré-interpréter sa propre estampe. Où l'on se dit que la vague aux lapins de Kozyndan est peut-être plus un hommage à cette vague aux oiseaux qu'à la vague originelle...


Mise à jour du 11 janvier 2009 :

par Dhear1

Mise à jour du 31 mars 2009 :
par Jaybo

Mise à jour du 04 mai 2009 :
par Wakuda

"The great wave of San Francisco" par Doegox

par Shinji Mimura

par Sush Machida Gaikotsu

par Erni Vales

Mise à jour du 07 août 2009 (uniquement consacrée au street art et autres fresques murales) :



Mise à jour du 08 août 2009 :
"The geat Kanagawa Eagle"

"La vague de Hokusaï à Pen men (Groix)"

Installation d'Enbazuru

par Ninja Bunny


par OTO

par Oles

par Antonio de Felipe

Mise à jour du 03 janvier 2010 :
par Janvier Jean Benavides

Mise à jour du 23 février 2010 :
Affiche de la tournée d'anniversaire
du groupe Ange


Mise à jour du 24 février 2010 :
Pochette du disque de MGMT

Par Bernard Pras

Mise à jour du 18 mars 2011 :

Par Pure Evil

Par Alex



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