mercredi 17 décembre 2008

Nevermind Elden's bollocks


Le webzine Format a mis en ligne, le 11 décembre dernier, une sélection de 20 pochettes de disques hip-hop, ré-interprétées façon LEGO et shootées par le photographe Nick Hanekom.
Ce n'est pas la fameuse marque de jouets danoise, dont nous avions souligné en septembre dernier le visible désir de branchitude, qui s'en plaindra.
Pas plus d'ailleurs que le groupe Flickr "Lego Album Covers" qui, réunissant une poignée de mélomanes férus de Legos, avait lancé ce concept il y a quelques mois déjà.

Une des pochettes réalisée par un certain Nikc et présentée dans le cadre de ce pool Flickr, une excellente reprise de la pochette du "Nervermind" de Nirvana, entre d'ailleurs curieusement en résonance avec une nouvelle sans importance glanée ces derniers jours sur le web.


Shepard Fairey annonçait effectivement sur son site, à la date du 2 décembre dernier, avoir intégré dans son équipe un certain Spencer Elden. Ce nom ne vous dit sans doute rien et pourtant vous avez nécessairement déjà vu l'individu qui le porte, qui plus est dans le plus simple appareil.

C'est en effet Spencer Elden, alors âgé de trois mois, que l'on voit nager à la poursuite d'un billet vert sur la pochette de "Nevermind", deuxième album de Nirvana sorti en 1991, album aujourd'hui culte qui fit découvrir le groupe de Seattle tout comme le "grunge" au grand public.
Même si l'idée ne m'avait à cette époque pas même traversé l'esprit, il me paraît aujourd'hui probable que ce titre de "Nevermind" soit un clin d'oeil au "Nevermind the bollocks" des Sex Pistols. Si les bollocks en question ne sont plus citées dans le titre, elles sont cette fois bien présentes en image sur la pochette. Et ce sont précisément celles de Spencer Elden, immortalisées par Kirk Weddle, photographe jusqu'alors plus coutumier de la prise de vue aquatique que de l'imagerie rock.


Pour la petite histoire, sachez que Spencer Elden refait régulièrement parler de lui en se lamentant dans la presse sur le thème "c'est pas facile de construire sa vie quand tout le monde vous a déjà vu tout nu".
Et de retourner reprendre la pose dans la piscine du Rose Bowl Aquatic Center de Pasadena où avait été prise la fameuse photo... Il l'avait déjà fait à l'occasion des 10 ans de l'album, il vient à nouveau de se rejeter à l'eau. Ses parents n'ayant été payé que 20 $ pour la photo originelle, sans doute a-t-il prévu d'assurer ses vieux jours en rejouant la scène régulièrement dans le cas où son rôle de petites mains au service du Giant s'avérerait peu rentable.


Le simple fait que ces photos sans autre intérêt que de permettre d'étudier la courbe de croissance du sieur Elden soient systématiquement diffusées dans la presse papier comme sur la toile me semble être un indice tangible de la réussite de la pochette de cet album, pochette qui exprime avec une certaine candeur le nihilisme propre aux années 90 en général et au mouvement grunge en particulier.
Le fait que cette image ait été détournée quasiment aussi souvent que les titres de cet album ont été repris en est un autre.


Quoi qu'il en soit les différentes images avec lesquelles j'ai illustré cet article (lesquelles ne constituent qu'une infime partie des nombreux détournements opérés à partir de la pochette de "Nevermind"), prouvent à elles seules que, contrairement à ce que semble croire Spencer Elden (confondant ainsi son nombril de poupon avec celui du monde), une pochette de disque, comme n'importe quelle autre composition picturale n'est nullement réductible à son sujet. On observe en effet que, le petit Spencer réduit à une silhouette au loin (publicité pour LG), ou transformé en un personnage de Matt Groening (pour une couverture du magazine Rolling Stone) ou enfin tout simplement absent comme sur cette pochette de l'album de reprises "The String Quartet Tribute to Nirvana's Nevermind", la pochette de "Nevermind" n'en reste pas moins reconnaissable entre toutes, identifiable comme telle.


Une couleur dominante, un pattern, une typographie suffisent ainsi parfois à évoquer plus sûrement une image qu'un visage ou un corps y figurant pourtant.

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