mercredi 12 novembre 2008

Tribute to Hokusaï


Nous parlions récemment ici même de la distinction problématique entre le plagiat qui serait d'essence strictement littéraire et la copie dans le domaine des arts plastiques. C'est aujourd'hui une problématique assez complémentaire à celle-ci qui va nous intéresser, à savoir l'usage, qui serait cette fois strictement musical, de ce que l'on appelle le plus souvent la "reprise".

Un de mes usages favoris des plateformes peer to peer ou des blogs musicaux est la découverte de reprises de titres bien connus d'un groupe par d'autres artistes. J'aime écouter un morceau des Beatles entièrement interprété par des aboiements, entendre un vieux AC/DC façon chant mongole traditionnel, m'amuser avec un "Stairway to Heaven" de 20 minutes joué à l'ocarina, danser sur un Kraftwerk à la sauce mambo...
De l'hommage respectueux au détournement le plus facétieux, la reprise musicale est un art en soi, permettant tout à la fois de rendre hommage à un titre et à son créateur ainsi que de faire valoir la créativité de celui qui le reprend.

En écrivant récemment un article à propos du duo Kozyndan, je me faisais la remarque que la reprise, si elle était d'un usage courant dans le domaine musical, l'était finalement presque autant dans la sphère des arts plastiques.
Prenant pour point de départ la superbe version de la vague d'Hokusaï par le duo américain, je me suis amusé à chercher sur le net d'autres interprétations de cette partition plastique.
Des publicitaires aux artistes contemporains, des sculpteurs aux bidouilleurs informatiques, la vague a su susciter nombre de "reprises" parfois inspirées, parfois beaucoup moins. Je vous ai sélectionné celles que j'ai jugées les plus significatives.

Pour commencer, autant s'en débarrasser tout de suite, passage chez les publicitaires, lesquels, c'est bien connu, ne sont jamais les derniers pour utiliser à leur manière des images étant passées dans l'inconscient collectif.
En ce domaine comme en tant d'autres, le meilleur côtoie le pire comme en témoignent ces campagnes conçues respectivement pour Orangina, IBM et Levi's.


Les deux premières se passent de commentaire. La troisième a été conçue par Caroline Calvin (la photo étant de Peter Calvin) à partir de 35 jeans de la marque et la dernière est un panneau publicitaire 3D également produit pour la marque Levi's.

Pour en finir avec les pros de la récupération, rappelons, pour les plus distraits, que le fameux logo de la marque Quicksilver est lui aussi directement issu de l'oeuvre d'Hokusaï.

Passons maintenant aux choses sérieuses. Un peu dans la lignée futuriste de la campagne d'IBM, on trouve cette composition d'Aurore Caulson ("The geat wave. Tribute to Hokusai") où comment réinterpréter une estampe à l'aire du tout numérique...


Foncièrement plus pop et se démarquant de manière plus flagrante de son modèle par le biais d'une schématisation de la vague, d'une réduction à quelques traits, voici la version imaginée par Nicola Barker sous le titre pour le moins énigmatique de "Calcium wave".


A l'aire numérique, la Vague d'Hokusaï peut aussi être visualisée en mouvement. C'est en tout cas la drôle d'idée (drôle dans la mesure où, précisément, c'est tout le talent d'Hokusaï d'avoir su rendre le mouvement de sa vague par le biais d'une simple estampe) qui semble avoir guidé Robert Inventor dans son travail d'animation.



L'option tout-numérique n'est cependant pas l'unique alternative à un traitement novateur de la Vague. Il en existe bien d'autres que l'on peut diviser en trois grandes familles : la réinterprétation de la texture de la Vague, l'ajout d'éléments altérant la signification première de la Vague et enfin la transformation de l'écume de la Vague que l'on peut considérer comme étant une modalité spécifique de l'ajout d'éléments nouveaux.

Dans la famille réinterprétation de la texture, je demande donc Yuko Shimizu ("The big wave") dont la chevelure mouvementée happe littéralement le personnage à la pointe de la tresse.


Plus radical encore dans sa démarche, le plasticien Jeffery Laudenslager et sa sculpture kinétique. Ici la Vague, réduite à une simple silhouette, conserve sa capacité à évoquer le mouvement malgré le fait qu'elle soit figée dans le métal.



Passons maintenant à l'ajout d'éléments dans la composition d'Hokusaï. Restant fidèle à la pratique de l'estampe comme à l'oeuvre originale, Nana Shiomi crée un diptyque ("Hokusai's Wave - Happy Dog") dont le second panneau représente un chien. Jouant de la rupture d'échelle entre la vague et l'animal, celui-ci semble non pas confronté à une vague menaçante comme celle qui met en péril les pêcheurs peints par Hokusaï mais bien plutôt s'ébattre dans des vaguelettes de bord de plage...


Dans cette composition dont je ne suis pas parvenu à découvrir l'auteur, un robot de la famille Gundam surgit littéralement des flots. De par sa nature menaçante, celui-ci donne à la vague d'Hokusaï l'aspect d'un tsunami annonciateur de grands périls.


Beaucoup plus anecdotique est cette création de Mapple proposée sur le site LaFraise.com en vue de l'édition d'un tee-shirt.


Pour finir, passons maintenant en revue les reprises jouant de la transformation de l'écume de la Vague d'Hokusaï.
On trouve notamment dans cette catégorie "Great wave moonkey" par Thinkforward ou encore "Coffee wave" par Quiche, deux reprises globalement dénuées d'intérêt. D'un côté l'écume se transforme, pour des raisons que nous ignorons, en singes ; de l'autre elle se mue en crème à expresso, le Mont Fuji au second plan étant lui-même relégué au statut de monticule de crème chantilly. On est ici bien loin de la méditation à laquelle la Vague d'Hokusaï a pour fonction d'inviter.



On retrouve également dans cette catégorie de l'écume métamorphosée le superbe "Uprisings" proposée par Kozyndan à la revue GiantRobot en guise de couverture. Pour le coup, la métamorphose se déroule pour ainsi dire sous nos yeux et invite à méditer, pour peu que l'on soit plus enclin à réfléchir sur les mystères de ce monde plutôt qu'à passer son temps à glander sur internet, sur les relations entre le monde matériel et le monde animal.


Enfin, pour finir, honneur au maître, puisque Hokusaï lui-même s'est amusé à ré-interpréter sa propre estampe. Où l'on se dit que la vague aux lapins de Kozyndan est peut-être plus un hommage à cette vague aux oiseaux qu'à la vague originelle...


Mise à jour du 11 janvier 2009 :

par Dhear1

Mise à jour du 31 mars 2009 :
par Jaybo

Mise à jour du 04 mai 2009 :
par Wakuda

"The great wave of San Francisco" par Doegox

par Shinji Mimura

par Sush Machida Gaikotsu

par Erni Vales

Mise à jour du 07 août 2009 (uniquement consacrée au street art et autres fresques murales) :



Mise à jour du 08 août 2009 :
"The geat Kanagawa Eagle"

"La vague de Hokusaï à Pen men (Groix)"

Installation d'Enbazuru

par Ninja Bunny


par OTO

par Oles

par Antonio de Felipe

Mise à jour du 03 janvier 2010 :
par Janvier Jean Benavides

Mise à jour du 23 février 2010 :
Affiche de la tournée d'anniversaire
du groupe Ange


Mise à jour du 24 février 2010 :
Pochette du disque de MGMT

Par Bernard Pras

Mise à jour du 18 mars 2011 :

Par Pure Evil

Par Alex



12 commentaires:

  1. fort interessant !

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  2. Excellent billet !

    Je le cite dans mon billet en tant qu'ouverture sur mon billet sur Hokusai :

    http://alain-werner.blogspot.com/2008/06/hokusai-estampes-japon-fuji-artiste.html

    Cordialement

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  3. Fantastique, bravo pour la quantité d'exemples.

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  4. Super ! Ca va bien m'aider pour mon exposé ! ;')

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  5. Excellent billet, bravo !
    Je viens de voir que le deuxième de MGMT, un groupe de musique a repris la vague également pour leur pochette...
    http://i50.tinypic.com/r0tp1h.jpg

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  6. Blog Cool Stuff24 février 2010 10:17

    merci vutheara-kham, je l'ajoute de suite à la liste !

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  7. hola, excelente, felicitaciones, great stuff, j'ai bien aimé cette page


    Eddison

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  8. Une version d'un quotidien régional suit au tsunami du 11.3.11
    http://entremont-autrement.blogspot.com/2011/03/tribute-to-kokusai.html

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  9. http://ctartscene.blogspot.com/2007_06_01_archive.html

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  10. Excellent tribut!
    je recherchais le nom de Bernard Pras ressuscité des flots numériques par vos soin,
    la fan d'Hokusaï que je suis en a plein les mirettes, il manque à ajouter l'hommage de Plantu
    http://www.delitdimages.org/2011/03/16/plantu-sinspire-dhokusai/

    Bien à vous
    alterdom

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