lundi 16 novembre 2009

Report : exposition "Nimbus Vador" chez Opera Gallery (New York)


Quatrième et dernier volet des reportages consacrés aux expositions en cours à New York, celui concernant l'expo collective"Nimbus Vador" chez Opera Gallery. On dit souvent qu'on a gardé le meilleur pour la fin... Cette fois ce n'est pas le cas.
Pourtant la liste des participants à "Nimbus Vador" est de celle qui ferait pâlir de jalousie n'importe quel galliériste désireux de donner à voir du street art sur cimaises : The London Police, Crash, Futura, Shepard Fairey, Logan Hicks, Banksy, Faile, Blek le Rat et bien d'autres encore dont, quand même - excusez du peu - Keith Haring et Jean-Michel Basquiat.

Seulement voilà, il semble que Ron English, le commissaire invité de cette exposition (commissaire qui, à en croire le nombre de ses toiles accrochées chez Opera Gallery et ce jusque dans le sombre escalier menant à la réserve, doit être officiellement représenté par celle-ci), il semble donc que Ron English n'ai pas pris conscience qu'il ne suffit pas d'accrocher côte à côte des oeuvres, je cite, des "plus importants représentants du street art" pour faire sens ni, par voie de conséquence, pour faire exposition.


"Nimbus vador" pêche en effet par son absence de propos et, partant, par son manque de cohérence. Ici pas d'autre objectif que celui de l'anthologie, de la compilation, du best of. A l'arrivée donc une impression de pot-pourri, de rassemblement artificiel et sans âme d'oeuvres qui pourtant, pour la plupart, présentent chacune individuellement un véritable intérêt. C'est qu'aussi intéressantes soient-elles, elles cohabitent ici à la manière des habitants d'un même immeuble daignant à peine se saluer quand, par le plus grand des hasards, ils finissent par se croiser. Le véritable dialogue est exclu quand personne n'a de bonnes raisons d'être là...

Ceci étant dit, si elle échoue à être une véritable exposition, "Nimbus vador" n'est pourtant pas dénuée d'intérêt. C'est que devant pareille vacance de propos et face à des créations qui en elles-mêmes valent clairement le détour, le visiteur finit par créer lui-même des passerelles entre les oeuvres et se plaît à les confronter les unes aux autres à l'aune de ses propres critères : on observe avec intérêt l'évolution du pochoir dont témoigne la cohabitation d'une oeuvre de Blek le Rat et de plusieurs créations tout à fait hors normes de Logan Hicks ; on découvre une même propension au décoratif monumental chez The London Police et Shepard Fairey ; on s'interroge sur une classification artistique qui ne répugne pas à mettre dans le même panier l'abstraction maîtrisée d'un Futura et la figuration kitsche de graffeurs"historiques"qui décidément n'auraient pas du abandonner les lettrages de leurs débuts ; on se rassure en constatant qu'un Banksy mal inspiré peut bel et bien être de moindre intérêt que certains de ses succédanés...

"Nimbus vador" ou la démonstration involontaire du principe selon lequel si ce n'est pas l'observateur qui fait l'oeuvre, ce peut être à lui de concevoir l'exposition.


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vendredi 13 novembre 2009

Report : exposition "Subculture capital" chez Annonymous Gallery (New York, jusqu'au 15 novembre)


Sous le titre manifeste "Subculture capital" la galerie Annonymous présente, du 14 octobre au 15 novembre, les travaux de quatre artistes aux profils et aux styles fort différents.

Ronnie Cutrone fut assistant d'Andy Wahol à la Factory. Aujourd'hui son travail est exposé partout dans le monde, du Moma à la biennale de Venise. De son passé warholien, Cutrone a gardé un goût prononcé pour l'exécution d'images au charme graphique indéniable et faisant directement référence à la culture populaire américaine. Sous ses pinceaux le drapeau national devient un support comme un autre (comme un paquet de Corn Flakes par exemple) et n'attend que d'être orné d'un symbole simple - ici une croix, là le logo d'un groupe bien connu, là encore une tête de mort - pour évoquer dans un même mouvement une chose et son contraire ou plutôt une réalité telle qu'elle est généralement perçue d'une part et la manière dont elle est amenée à révéler sa véritable nature pour peu que l'on prenne la peine de la malmener un peu, d'autre part.

Auto-proclamé représentant du "futurisme gothique" (pourquoi pas ?), rejetant par contre l'étiquette d'"AfroFuturisme" que certains tentèrent de lui accoler (et on se demande bien ce qu'ils voulaient dire par là), Rammellzee fut une figure importante du mouvement hip-hop des années 80 avant de se faire connaître pour ses talents graphiques. Il le fit d'abord à la bombe sur les trains de NYC avant de s'incruster durablement dans les galeries et autres salles d'expositions via des toiles au charme un peu suranné et des créations 3D alliant sculpture et customisation d'objets divers et variés.

Qualifié de "Rauschenberg de notre génération" par Ian Astbury du groupe The Cult (bon, en même temps The Cult c'est déjà la génération d'avant pour la plupart d'entre vous), Kostas Seremetis propose depuis le début des années 2000 une relecture de certains grands mythes américains notamment au travers de son travail sur les super-héros qui, sous son pinceau, semblent plus à même de trucider tout à chacun que de venir en aide à la veuve et à l'orphelin.

Enfin les élégantes oeuvres de Rostarr présentées chez Annonymous se distinguent des autres créations de ses partenaires d'expositions par une approche volontiers plus abstraite, voire géométrique, des mêmes thématiques de telle sorte qu'un étudiant en histoire de l'art visitant cette exposition tiendrait là une belle occasion de développer une théorie à n'en pas douter fort intéressante sur les variations picturales autour de la tête de mort dans le pop art et le street art réunis...

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mardi 10 novembre 2009

Report : Jim Houser "Make room for the emptiness" à la Jonathan LeVine Gallery (New York, jusqu'au 21 novembre)


Le galliériste Jonathan LeVine est du genre insatiable. Sans doute trouvait-il insuffisant d'accueillir le 24 octobre dernier l'exposition collective "True Self". Il n'y avait là somme toute que quelques 40 artistes à exposer de telle sorte que sur les trois espaces distincts composant sa galerie, seuls deux d'entre eux étaient occupés...
Aussi propose-t-il en parallèle (et suivant le même calendrier, soit du 24 octobre au 21 novembre) une seconde exposition consacrée cette fois au seul travail de Jim Houser.

Originaire de Philadelphie, Jim Houser est un artiste aux multiples talents mêlant intelligemment peinture, sculpture et musique composé par ses soins.
"Make room for the emptiness" - sa troisième exposition solo chez Jonathan Levine - se présente donc sous la forme d'une installation globale dans laquelle peintures sur bois et sur toile, impressions, objets divers, sculptures et musique permettent au visiteur d'entrer dans l'espace clôt qui leur est consacré comme s'il pénétrait dans l'esprit de l'artiste.


L'espace investi par Houser se visite ainsi comme on découvre un journal intime à cette différence prêt que c'est ici le corps entier du visiteur/voyeur qui est mis à contribution. Chacun des éléments de cette installation peut être perçu comme relatant tel ou tel état d'âme, telle ou telle sensation vécue par Jim Houser de telle sorte que si l'ensemble a bel et bien la cohérence d'une existence singulière il n'en demeure pas moins que le journal extime qui est ainsi proposé s'apparente plus à une liste de faits vécus qu'à une narration à la première personne. C'est dire que l'impression de patchwork qui en découle, loin de faire obstacle à une juste compréhension du propos en est plutôt le postulat : chaque moment d'une vie peut être perçu indépendamment des autres moments avec lesquels il s'articule afin de former la trame générale de l'existence.

Au demeurant l'espace clôt de la galerie, conçu ici comme une chambre - voire une cellule - tout comme le style de l'artiste mêlant caractères typographiques, patterns, éléments figuratifs, le tout en utilisant une palette chromatique aussi réduite que reconnaissable entre toutes, font ici office de signature comme pour mieux souligner le caractère singulier de l'expérience qui est ainsi donnée à partager.

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samedi 7 novembre 2009

Report : exposition "True Self" à la Jonathan LeVine Gallery (New York, jusqu'au 21 novembre)


Prenez une des galeries d'art les plus influentes en matière de street art et de pop culture en général, la galerie Jonathan LeVine de New York. Ajoutez y un commissaire d'exposition invité qui n'est autre que Gary Baseman en personne. Imaginez ce que ça peut donner et vous aurez alors d'emblée une idée assez exacte de la qualité des travaux exposés à la galerie Levine depuis le 24 octobre dernier.

Baseman n'a en effet pas fait dans la dentelle et, plutôt que de faire un tri dans son carnet d'adresses, semble avoir contacté pour l'occasion l'ensemble de ses relations, soit les plus talentueux artistes de sa génération : Boris Hoppek, Dalek, Friends with you, Gary Taxali, Luke Chueh, Marion Peck, Mark Ryden, Ron English, Tim Biskup, Mark Todd, Cleon Peterson... je m'arrête là mais la liste est longue de 40 noms presque aussi prestigieux les uns que les autres.

Plutôt que de tenter de canaliser la variété de pareils talents et la disparité des styles et des médiums présentés par une thématique collective contraignante, il s'est en outre contenté de leur proposer un thème - "True Self" - permettant à tout à chacun de rester fidèle à son propre univers. Au risque certes d'un manque de cohésion générale de l'exposition, mais c'était là finalement un risque bien faible au regard de l'exceptionnelle qualité des travaux exposés, lesquels offrent ni plus ni moins qu'un panorama passionnant de la création contemporaine.

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mercredi 4 novembre 2009

Entretien avec Denis et Bee (LeLab toys)


Si les producteurs français de designer toys se comptent aujourd'hui encore sur les doigts d'une main, il n'empêche qu'il vous faut maintenant lever un doigt supplémentaire pour en dresser la liste. LeLab vient en effet de faire une entrée remarquée dans ce cénacle ô combien fermé en commercialisant il y a quelques jours sa première série de trois jouets dénommée Playing Art et en ouvrant les portes de son site internet.
Les semaines et les mois à venir devraient réserver d'autres belles surprises du côté de chez LeLab avec la sortie annoncée d'autres modèles de jouets, d'une série de minis ainsi que l'organisation d'un concours de designs qui débouchera sur la production du modèle lauréat.
Direction Nîmes donc pour nous entretenir avec Denis et Bee, les deux fondateurs de LeLab et en apprendre un peu plus à leurs côtés sur le monde des jouets.

LeLab c'est qui, c'est où, ça fonctionne comment ?
Denis et Bee : Le Lab, c'est Bee et moi-même. Bee s'occupe plus de la partie fabrication et logistique, moi je serais plus sur la communication et la direction artistique même si on a chacun notre mot à dire. On a depuis peu notre bureau à Nîmes, avec tous nos jouets. Nous avons longtemps travaillé chez nous, c'est aujourd'hui beaucoup plus facile de discuter face à face.

Comment vous est venu l'idée de passer à l'acte, de passer de la collection de jouets à la production ?
Denis : C'était une évidence, c'était ce que j'avais toujours voulu faire. Je suis passionné de dessin, de graphisme, de design, de street culture, de fringue, de sport, de bande dessinée, de jouet, de sculpture, de peinture… C'est bizarre que tous ces univers ne se soient pas mélangés plus tôt. En tout cas, j'ai envie d'en faire partie, il y a tellement de choses à découvrir, le toy est un support parfait.
Et puis ma famille m'a supporté, tout paraissait logique. Avec Bee associée dans l'aventure plus rien ne pouvait me stopper !
Bee : Nous nous connaissions déjà avec Denis, j'ai donc vu le projet évoluer dans sa tête puis sur le papier, et quand il m'a demandé d'y participer, j'ai réalisé que c'était une évolution logique et excitante de mon travail de fabricante. Aimant également les toys, le design et tout ce qu'on a cité plus haut, je ne pouvais qu'adhérer !



La production de jouets seule est-elle censée être rentable ou tout au moins viable pour LeLab ou envisagez vous de produire d'autres supports (tee-shirt, etc) ?
Denis et Bee : Le plan qui a été présenté aux banquiers ne tenait compte que des jouets et oui, apparemment, c'est viable. Ceci dit, nous allons faire d'autres supports : des prints, des livres, du T-shirt… mais cela restera limité par rapport aux toys.

Pouvez vous nous expliquer, phase par phase (du premier dessin à la production en chaine), comment se crée et est produit un jouet ?
Denis : Du premier dessin il faut arriver au dessin final. Déjà, c'est tout un travail… Et puis après il faut passer du dessin au volume. Nous avons choisi de travailler avec un modeleur 3D, ça nous permettait d'avoir des fichiers exploitables directement par l'usine et de gagner du temps sur l'étape de prototype. Mais pour faire du volume il y a un énorme travail d'interprétation et finalement on a à gérer une étape de sculpture traditionnelle mais sur ordinateur. C'est assez fascinant ! Donc de longs échanges avec Jérémie (Dgé2, le modeleur), à chaque étape il envoie une 3D de la pièce ou de la partie sur laquelle on travaille et à coup de captures d'écrans et d'annotations on avance sur la sculpture. Quand on hésite on contacte l'artiste et on continue. Et puis il y a aussi les peintures. Il faut que l'artiste nous donne les 6 vues en couleurs. Souvent les vues ne correspondent pas : un cercle sur une surface sphérique devient une ellipse mais l'usine risque de ne pas comprendre qu'il s'agit d'un cercle. Et puis un trait qui fait le tour d'une surface ne correspond pas toujours sur les 6 vues, il faut corriger, là aussi c'est un aller-retour d'échanges avec l'artiste. Quand nous sommes satisfaits et que l'auteur est satisfait, on sort les fichiers 3D, les plans, les 6 vues avec les références couleurs et on envoie le tout à l'usine.


Bee : C'est là que je prends le relais. Je transmets le fichier 3D à l'usine qui prépare alors un premier prototype issu numériquement, depuis les fichiers. Ce prototype permet uniquement de valider les formes extérieures du jouet et grossièrement les articulations. Lorsque cette étape est validée, on passe aux choses sérieuses : définir les matières qui conviendront le mieux pour chaque partie du jouet, la position des lignes de soudure pour les pièces en ABS, etc. Lorsque cela est défini, l'usine passe alors à la fabrication du moule proprement dit, ce qui prend environ 2-3 semaines. A partir de là on commence à recevoir des échantillons de pièces. Les têtes, par exemple, ont été produites en premier parce que le processus de rotomoulage est relativement long. Les pièces injectées prennent moins de temps. Après l'injection vient le temps du calage des moules, de la peinture et de la soudure (point délicat s'il en est !). On reçoit de plus en plus de jouets "finis" mais à perfectionner, et c'est un long processus de corrections/validations qui s'enclenche : resserer telle articulation, améliorer telle soudure, et ainsi de suite jusqu'à satisfaction (et/ou épuisement du temps imparti !). Pour les mascottes de Tizieu, il a aussi fallu fabriquer de minuscules t-shirts, vérifier la taille, la coupe, l'impression du logo... et les faire livrer à temps à l'usine de jouets vu qu'ils doivent être insérés avant l'assemblage final. En parallèle du travail sur les toys eux-mêmes, il ne faut pas oublier l'impression des boîtes, les blisters, l'inspection finale, l'organisation du transport... et la préparation des prochaines fabrications ! Pour un toy, il faut compter environ 4 à 5 mois pour la première production, parfois plus selon la complexité de la forme. Après, lorsque le moule est fait, cela peut aller nettement plus vite.

Bali-Bali par SpasmOne : univers graphique, template, jouet et packaging

Quant à la distribution, comment cela va-t-il se passer ?
Denis et Bee : Nous sommes en relation avec un distributeur spécialisé dans le réseau des librairies de bandes dessinées et un distributeur spécialisé pour les USA. Le reste, nous le gérerons nous-mêmes pour le moment, mais cela peut évoluer.

Vous parlez de créer "une alternative neuve et originale aux différentes propositions qui existent déjà" dans le domaine du jouet d'artiste. Quel diagnostic portez vous sur la production actuelle de jouets et comment décririez vous cette alternative que vous désirez proposer ?
Denis et Bee : Le "designer toy" a fait ses lettres de noblesses avec des artistes qui sont aujourd'hui devenus célèbres et très cotés. Il faut sortir de ce schéma art = profit. Nous cherchons à travailler avec des artistes pour leur talent et non leur "bankabilité". Je ne dis pas que nous n'allons jamais travailler avec des artistes renommés, mais simplement que ce n'est pas notre vocation première. On a simplement envie de se faire plaisir à produire untel ou unetelle.
Et puis il y aussi la forme de notre plate-forme, PLAYING ART™ : je te promets que ce n'est pas le jouet le plus évident à travailler et pourtant nous avons reçu plein de propositions réellement impressionnantes.

Moon-K par LeJam : univers graphique, template, jouet et packaging

Comment et selon quels critères avez vous choisi les artistes participants à la première série Playing Art™ ?
Denis et Bee : Au coup de coeur ! Pour la première série nous avons contacté des artistes que nous admirons et certains nous ont fait confiance. Nous avons reçu certains designs qui étaient plus adapté à un format mini, nous avons alors travaillé une version PLAYING ART™ mini… Et puis on avait décidé de ne garder que 3 designs pour la série, il a fallu choisir.
Aro est un artiste avec lequel nous voulions travailler depuis longtemps. Spasm One nous a sidérés avec son design : un vrai choc visuel ! Et LeJam ne nous a pas laissé le choix : il nous a présenté cinq designs différents. Bon d'accord, trois étaient des robots mais quand même...

Quel type de deal passez vous avec les artistes participants à vos différents projets ? On sait que dans le milieu du jouet, tout se fait généralement "à l'amiable" et que, traditionnellement, les artistes sont "rémunérés" par le biais de quelques exemplaires de leur jouet, charge ensuite à eux de se démerder comme ils veulent pour les vendre et se faire un peu d'argent de poche...
Denis et Bee : Dès la naissance du projet il était clair pour nous que les artistes avec lesquels nous travaillerions seraient rémunérés en droits d'auteurs et non pas en jouets. Pourquoi une personne qui contribue à la vente de nos produits par la qualité du travail qu'elle a effectué ne serait-elle pas payée et devrait-elle se débrouiller pour vendre elle-même ses jouets et récupérer son dû ? Ne pas considérer un toy designer au même titre que n'importe quel autre artiste nous semblait injuste.

Woodi par Aro : univers graphique, template, jouet et packaging

Vous venez donc de commercialiser une première série collective (Playing Art™) puis deux persos conçus par Tizieu, Marcel & Jessica, sont prévus pour bientôt. Et ensuite, quels sont les projets, quelles sont vos envies et à quelles échéances ?
Denis et Bee : Comme on le disait tout à l'heure, on a prévu un PLAYING ART™ mini. Nous avons demandé à Aro, Spasm One et LeJam de travailler dessus. Ils seront rejoints par CLBN, Stenkat, Tizieu, Baader, Kate Moross et Tan-Ki. Nous avons aussi d'autres projets qui avancent, mais n'étant pas encore signés nous préférons ne pas en dire plus pour le moment. En tout cas on aime faire preuve de curiosité, chercher des projets stimulants.

Marcel & Jessica par Tizieu

Pour finir, vous pouvez nous dire un peu ce que vous mijotez en matière de concours ?
Denis : Pour le lancement de notre site nous avons mis en place un concours de design pour un set PLAYING ART + PLAYING ART mini. Le thème est "Dr Freud et la folie". J'aimerais bien savoir ce que la psychanalyse pense d'adultes qui collectionnent des jouets ; que penserait le Dr Freud s'il voyait nos petits singes ? J'aime beaucoup cette idée, ça devrait donner lieu à de chouettes créations. Le concours est ouvert à tous, il suffit de rester fidèle au thème et fournir les 4 vues pour les 2 jouets avant le 30 novembre. Le vainqueur se verra proposer un contrat d'édition pour la production du set.
Parallèlement et plus localement, il y a un autre concours qui est organisé par la librairie Album à Montpellier. Il s'agit d'un concours libre de customs avec, là aussi, un contrat d'édition en premier prix. Laurent, le gérant de la librairie, a été séduit par le PLAYING ART et nous a soutenus dès le début. Là encore, je suis curieux de voir comment les artistes vont s'approprier la forme.
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vendredi 23 octobre 2009

See you soon

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mercredi 21 octobre 2009

Ludo / Claude Cattelain

"The Dandelion" by Ludo


"Video Hebdo n°20" by Claude Cattelain
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samedi 17 octobre 2009

Entretien avec POCH (exposition "Rien qu'en trainant" à Bordeaux et sur le MUR à Paris)


Activiste depuis plus de 20 ans, Poch est aujourd'hui au centre de tous les intérêts. Alors que le MUR du coin des rues St Maur et Oberkampf (comme par hasard...) expose une de ses créations au format 4 par 3 jusque fin novembre, le shop galerie Carhartt de Bordeaux lui ouvre grand ses portes pour une exposition (presque) solo jusqu'au 06 novembre prochain. Sans oublier ses interventions remarquées dans les expos collectives de la Fondation Cartier et de la galerie Agnès B... Autant dire qu'il n'y avait pas de meilleurs moments pour s'entretenir avec lui et l'inviter à évoquer pêle-mêle son encrage dans la scène punk française, ses relations avec le milieu du street art et du graff, ses créations passées, présentes et à venir...

Sauf erreur de ma part tu as commencé à peindre à la fin des années 80. Il y avait à l'époque pas mal de pochoiristes dans le milieu que l'on appelait alors "alternatif", bref chez les keupons et autres autonomistes. C'est dans cette mouvance que tu as débuté ?
J'ai effectivement commencé par le pochoir en 1988 via le punk-rock. Les pochettes de Sherwood Pogo, Crass, Conflict, Vice Squad et j'en passe m'ont donné l'envie de faire des pochoirs mais aussi les perfectos avec tous les noms de groupes marqués dessus. Et aussi tout simplement le pochoir lui-même avec des gens comme Blek le Rat, Marie Rouffet, Speedy Graffito.
Je suis ensuite venu au graffiti en 1989. Je vivais en banlieue et les tags m'intéressaient. Je m'y suis donc mis directement après avoir récupéré un article sur le hip-hop avec des graffitis des CTK en bas de page ! J'ai rencontré Shun cette même année et nous sommes devenus compères de graffiti.


Affiche, pochoir, graff, sticker... tu touches aujourd'hui à tout...
J'utilise effectivement différentes techniques pour continuer à m'amuser dans ce que je fais.

"Week-end sauvage", "Rêve de liberté", "Pas de voyous dans mon bar", j'en passe bien d'autres pour arriver au tout récent "Couleurs sur Paris" chez Agnès B. Tu aimes réaliser des pièces en partant de classiques punk français. Comment tu conçois ces pièces : illustration de titres phares, d'hymnes pour ainsi dire ? Hommage à des groupes (puisque bien souvent ils figurent eux-mêmes sur ces créas) ? Evocation d'une époque ?
Je travaille en général sur des groupes qui m'ont marqué pendant mon adolescence. J'essaye aussi de coller au lieu sur lequel j'interviens. Par exemple, pour l'expo chez Agnès B., la galerie se trouve dans le vieux quartier des Halles. J'ai donc tout de suite pensé à ce morceau d'Oberkampf - "Couleurs sur Paris" - qui parle de ce quartier, de graffiti en 1981 et qui est un morceau que j'adore. Et puis c'était en même temps l'occasion de rendre hommage au batteur du groupe, Ballat, décédé il y a deux ans.


Tes oeuvres sont peuplées de groupes aujourd'hui disparus. Par ailleurs, le collage que tu viens de proposer sur le MUR, intitulé "Death for glory", fait se côtoyer quelques grands disparus de l'histoire du rock. Dans ton cas, la nostalgie est-elle un des moteurs de la création ?
Pas vraiment de la nostalgie mais plus l'envie de parler de choses que j'apprécie et qui me touchent toujours. Mais c'est vrai qu'il y a quand même une petite nostalgie par rapport à mon adolescence.

Skinheads, punks, mods peuplent aujourd'hui encore tes travaux. Tu ne te sens pas un peu seul dans ce créneau à l'heure actuelle alors que tout ce qui touche de près ou de loin au street art est assez étrangement directement associé au hip-hop ?
Le milieu du graffiti a pas mal évolué ces dernières années et on y trouve beaucoup de gens qui revendiquent une autre culture que celle du hip-hop. Et puis les writters américains des années 70 étaient beaucoup plus proches du rock que du hip-hop. Ceci dit cela ne me pose pas de problème que nous soyons peu à parler de ce courant !


Tu participes actuellement aux expositions collectives "Né dans la rue" et "Etat des lieux". Ce type d'expo fait toujours débat surtout quand elles sont associées à des noms tels que Cartier et Agnès B. qui n'évoquent pas spontanément le monde de la rue. C'est peu dire qu'on ne les associe pas non plus naturellement au street punk, à la oï ou au ska.... Quel regard portes tu sur ces expos et comment conçois tu ta participation à ces événements ?
Je participe à certaines expositions, en essayant bien entendu de faire attention à mes choix, car c'est aussi important de pouvoir développer un travail différent de ce que je fais dans la rue. Je fais des expos avec des gens qui, en règle général, respectent mon travail. Pour la Fondation Cartier cela est aussi une bonne opportunité pour montrer mon travail à toute une catégorie de personnes qui sinon ne l'auraient jamais vu.


La hype, cette espèce d'aristocratie du consumérisme qui ne crée rien et récupère tout, s'entiche de nos jours de tout ce qui touche de près ou de loin à la rue : street art, skate, codes vestimentaires issus du punk et d'autres mouvements de ce type. Pour preuve, la marque Coolcats, pourtant plus branchée Docksides que Doc Martens t'a demandé un tee-shirt...
La branchouille, je ne m'en occupe pas trop. Pour la marque Coolcats, je connais bien So-Me qui vient lui aussi de Meaux (nous sommes tout un clan originaire de cette ville, comme DJ Pone de Birdy Nam Nam, Mehdi de Scénario Rock, Glop de Heb Frueman et bien d'autres, à être restés en contact). Il m'a juste proposé de mettre un de mes tee-shirts dans leur page "Friends", rien de plus.

Travaillant sur les tribus urbaines tu sembles t'intéresser tout particulièrement à leurs signes distinctifs. On retrouve ainsi de manière récurrente dans tes travaux des éléments graphiques fonctionnant comme autant de marqueurs culturels : le logo Fred Perry accompagné du col rayé, la batte de baseball des rudeboys, les lettrages improbables des slogans rageurs bombés par les punks, etc. Par contre j'ai beaucoup plus de mal à identifier le lion très stylisé que tu viens d'utiliser à plusieurs reprises (pour ton tee-shirt chez Coolcats justement et aussi à l'occasion de ton exposition en cours à Bordeaux)... Il me fait penser au lion des Flandres qui, par chez moi, est certes parfois utilisé par les skins mais, bien entendu, pas par ceux qui semblent avoir ta sympathie. Tu peux nous en dire plus sur ce lion ?
C'est un lion que j'ai trouvé en brocante sur un vieux tee-shirt de commando. Je le trouvais chouette et je l'ai repris !
C'est vrai qu'il ressemble un peu au lion des Flandres qui est noir sur fond jaune mais il n'a rien à voir avec lui... Mon tee-shirt fait rire pas mal de Belges comme les Partyharders qui connaissent très bien mon point de vue politique.


D'une manière générale, travailles tu différemment quand il s'agit de proposer quelque chose en galerie ou dans la rue ?
J'aime justement proposer un travail qui lie la rue à la galerie (bien sur quand c'est possible). C'est le cas à Bordeaux où je viens de faire des collages dans les rues ainsi qu'une série de pochoirs sur cartonettes pour la galerie. Sans oublier les photos de mes collages faites par Silvio Magaglio et qui sont exposées aux côtés de mes travaux.

Les mouvements "alternatifs" des années 80-90 dans lesquels on retrouvait en France aussi bien les punks que les skinheads correspondaient certes à des courants musicaux mais aussi à des options politiques. J'aime à penser que ce peut être également le cas pour le street art, que si l'on décide de peindre dans la rue ce n'est pas juste pour ne pas avoir à se confronter au regard d'un commissaire d'expo. Quel est ton avis sur cette question ? Conçois tu ta pratique artistique comme une forme d'expression politique ?
Je ne pense pas que mon travail soit réellement politique mêmes si on y trouve régulièrement des messages liés à l'antifascisme.
Je colle dans la rue pour me faire plaisir et pour que les gens voient mon boulot. Pour qu'il y ait aussi une interaction, un dialogue. Dans ce sens il y a peut-être effectivement une part de politique dans cette démarche. Je pense que le jugement de la rue est beaucoup plus sévère que celui d'un commissaire d'expo !
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mercredi 14 octobre 2009

"Psyckoze" par Patrick Le Fur (éditions Critères, coll. Opus Délits)


La maison d'édition Critères s'apprête à commercialiser, le 24 octobre prochain, les premiers volumes de sa nouvelle collection - "Opus délits" - consacrée au street art.

Certes les ouvrages abordant ce secteur de la création contemporaine sont aujourd'hui légion et c'est peu dire que tous ne valent pas le détour par la caisse. Ceux rédigés en français sont par contre beaucoup plus rares et ce serait déjà là une bonne raison pour signaler la naissance de cette nouvelle collection. Figurez-vous qu'il en existe d'autres. La principale d'entre elles c'est que non contentes de publier des livres en français sur le street art, les éditions Critères ont pris le parti de ne pas prendre leurs lecteurs pour des cons ou des illettrés : loin des introductions vite torchées qui constituent d'ordinaire la seule lecture qu'offrent ce type de livres, les différents volumes de la collection "Opus délits" sont quant à eux relativement riches en textes et proposent notamment un entretien avec l'artiste concerné.

Autre atout de cette collection : le principe de la monographie. A la manière de l'excellente collection "Design&Designer" des éditions Pyramyd, "Opus Délits" évite l'écueil des livres fourre-tout pour consacrer chaque titre à un seul artiste. A l'heure où le street art s'est définitivement fait une place sur les rayonnages des librairies, il était en effet grand temps de passer le cap des ouvrages généralistes (à la ligne éditoriale généralement indéterminée) pour proposer aux lecteurs de véritables portraits d'artistes, des livres permettant d'entrer plus avant dans l'univers de tel ou tel créateur.


Ainsi, pour prendre l'exemple du premier titre paru consacré à cette figure bien connue du graff parisien qu'est Psyckoze NoLimit (aka Alexandre Stolypine), Patrick Le Fur nous en offre un portrait convaincant en évoquant pêle-mêle le milieu rock alternatif des années 80, les catacombes parisiennes et la faune qui s'y presse, les différents crews créés ou rejoints en 20 ans d'activisme urbain (KTA, MAC, 156, LGQFDT...) ou encore la question des squatts d'artistes. Au bout du compte, quiconque s'intéressant de près ou de loin au graff ou au street art trouvera là matière à réflexion, quand bien même il n'éprouverait pas a priori un intérêt particulier pour le travail de Psyckoze.

Ce serait peut-être cependant sur cette question du choix des artistes mis en avant par la collection que l'on pourrait émettre quelques réserves. En même temps que la monographie de Psyckoze sortent celles consacrées à C215, à VLP et au Collectif France Tricot. D'autres titres sont d'ores et déjà en préparation : Kouka, Lagautrière, Miss Tic, Mosko, Robin Soulier, Jérôme Mesnager. Beaucoup de valeurs sures donc... voire un peu trop sures. On attend certes d'une telle collection qu'elle se montre à même d'assouvir notre curiosité concernant tel ou tel artiste mais aussi et peut-être surtout qu'elle nous en fasse découvrir de nouveaux. Le communiqué de presse accompagnant la sortie des quatre premiers volumes de la collection annonce toutefois le parti-pris de faire alterner "des artistes tels que Ben avec de talentueux jeunes graffeurs, pochoiristes, fresquistes mais aussi photographes ou light-graffeurs !". Peut-être l'audace reste-t-elle donc à venir et avec pas moins de 20 titres prévus par an, il est certain qu'"Opus Délits" se donne d'emblée les moyens de faire se côtoyer ancienne(s) et nouvelle(s) écoles.

Quant on aura ajouté que les différents volumes de la collection sont vendus au prix de 9,90 €, on aura compris qu'il n'est pas de mise de bouder pareille naissance et qu'on tient là une bonne occasion de rendre visite à son libraire.
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samedi 10 octobre 2009

Report : exposition "Sur le fil" à Lille (à la MFW jusqu'au 22 novembre)


Si le canevas, la broderie et autre dentelle n'évoquent pour vous que le monde kitsch et ennuyeux au possible de belle maman, c'est sûrement que vous n'avez pas suffisamment porté attention ces dernières années aux multiples évolutions de l'art contemporain. Un peu à la manière de nombreux musiciens qui se ré-approprient depuis quelque temps la vieille guitare sèche à papa afin d'ouvrir de nouvelles perspectives à la musique en cette période de tout numérique, certains plasticiens - femmes et hommes confondus, faut il le préciser ? - se plaisent aujourd'hui à créer avec fil et aiguille.

Deux expositions témoignent actuellement de cet engouement : "Fils croisés" à la galerie L.J. à Paris (du 15 octobre au 28 novembre) et "Sur le fil" à la Maison Folie Wazemmes de Lille du 10 octobre au 22 novembre (puis au Musée des arts modestes de Sètes du 12 décembre 2009 au 19 avril 2010).

La singularité de cette seconde exposition réside dans le double parti pris de ses organisateurs (La Gamelle Publique), à savoir premièrement proposer des créations relevant tout aussi bien de l'art brut que de l'art contemporain et, deuxièmement, présenter des oeuvres textiles aux thématiques fort éloignées des paysages bucoliques et autres joyeusetés que l'on associe spontanément à ce type de médium. Sous-titrée "Déviances textiles", l'exposition "Sur le fil" met en effet en exergue des créations en prise directe avec notre époque et interrogeant aussi bien notre rapport au sexe et à la pornographie que des thématiques sociales voire politique (terrorisme, guerre, religion, etc).

Quant au parti pris consistant à ne pas distinguer les oeuvres relevant d'une part des arts contemporains et d'autre part de l'art modeste, de l'art brut ou encore de l'art outsider, il se traduit concrètement à travers la scénographie de l'exposition qui fait se côtoyer les créations de Claude Viallat (un des fondateurs du groupe Support/Surfaces) et des torchons brodés en provenance de Serbie, des oeuvres de Myriam Mechita et des ex-votos mexicains. Seule exception à cette règle, l'espace réservé au travail de Jacques Trovic qui, depuis les années 50 et en dehors de tout effet de mode, crée de manière monomaniaque d'étranges tapisseries relatant les non événements de sa vie quotidienne. Artiste atypique du nord de la France internationalement reconnu, il était en effet grand temps que son oeuvre fasse l'objet d'une exposition d'importance dans sa région d'origine.

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mercredi 7 octobre 2009

Merci de peindre sur l'emplacement prévu à cet effet


Deux informations récentes jettent un éclairage nouveau sur la manière dont la culture dominante s'emploie actuellement à domestiquer le graffiti. C'est pas le tout d'organiser à grands frais de prestigieuses expositions consacrées au genre, encore faut-il aussi, si on ne veut pas passer comme étant complètement schizophrène, trouver une forme d'accompagnement de cette pratique artistique autre que la convocation au tribunal !

On apprend ainsi que la commune de Mantes-la-Ville vient d'inaugurer, sous l'impulsion de l'association de "promotion des cultures urbaines" Kolor78, le premier "Graff park" de l'Hexagone. Après deux mois de travaux de réhabilitation d'une ancienne usine de Cellophane située au sein du Parc d'Activités de la Vancouleurs, celui-ci propose aujourd'hui aux graffeurs locaux l'équivalant de 8 murs (4 murs de 4 m de long, 2 murs de 24 m de long, 1 mur de 12 m de long et 1 mur de 42 m de long) à peindre à leur guise.

Quelle étrange idée me direz-vous que de dépenser 230.000 € (coût affiché des travaux) pour permettre aux graffeurs d'exercer leur talent sur une friche dont on peut imaginer qu'elle avait déjà eu à connaître leurs assauts par le passé. Pourquoi une telle démarche en apparence inutile de la part de la communauté d'agglomérations et de la commune concernées ? Tout simplement pour contrôler, pour encadrer, pour domestiquer... D'une part une telle opération permet aux élus locaux de faire valoir auprès de leurs électeurs le fait qu'une lutte constructive contre le graffiti sauvage a été entreprise et porte déjà ses fruits ("regardez, maintenant au lieu de souiller votre façade, ils restent éloignés du centre-ville et se contentent de vider leurs bombes sur des murs inutiles et hors de notre vue"), d'autre part elle ouvre grandes les portes d'une possible répression contre les petits rigolos qui s'amuseraient à peindre en dehors des clous ("on vous donne les moyens de vous exprimer dans votre coin et vous continuer à nous chier dans les bottes. Vous n'êtes pas des artistes mais juste des vandales méritant d'être punis comme tels"). Qu'on se le dise, grâce au Graff Park l'anarchie ne règne plus sur Mantes-la-Ville !


A bien y regarder, c'est la même logique qui était déjà à l'oeuvre quand, au milieu des années 80, certaines villes de France firent construire des Skate Park : je te donne d'une main la possibilité d'exercer ta passion en tout confort, je te prends de l'autre celle de l'exercer en toute liberté. Déjà à l'époque ce processus n'avait été rendu possible que par la collaboration de certains membres du "milieu" qui, en toute bonne foi, considéraient qu'il était somme toute plus agréable de rider un espace spécialement conçu à cet effet que d'errer toute la journée à la recherche d'un spot correct et non infesté de forces de l'ordre. C'était oublier un peu rapidement que, in fine, c'est précisément la recherche perpétuelle de nouveaux spots à skater qui constitue un des plus grands intérêts de cette pratique. Et qu'il existe une différence fondamentale entre rider le mobilier urbain et se contenter de ses succédanés en contreplaqué : le sentiment de liberté sinon la liberté effective...

C'est donc cette même navrante histoire qui se répète aujourd'hui avec la création du premier Graff Park sur le sol français. Et à nouveau cela n'est rendu possible que par le concours des principaux intéressés, victimes inconscientes de ce qu'elles participent à mettre en place. Il faut dire qu'en la matière l'exemple leur est donné par leurs prestigieux aînés.

Le 14 septembre dernier, quatre graffeurs chevronnés - Jonone 156, Seak, Sozyone et Zedz - acceptaient en effet l'invitation de la société Thalys à venir jouer en public les bêtes de foire en peignant chacun un wagon du nouveau train permettant de rejoindre Cologne et Amsterdam en un peu plus de trois heures. Si il est assez difficile de saisir le message que Thalys avait à coeur de transmettre au bon peuple par cette opération, le fait est que les graffeurs concernés ne semblent pas même s'être posé la question en acceptant de la sorte de participer à une campagne de communication ayant pour but de valoriser une entreprise qui n'a de cesse, par ailleurs, de poursuivre en justice leurs homologues moins chanceux. L'opportunisme des artistes n'a ici d'égal que le cynisme de l'entreprise qui les débauche.


Pour prendre l'ampleur de l'état de domestication des quatre graffeurs concernés il convient cependant de ne pas se contenter de cette seule information (pourtant déjà riche d'enseignements) et de visiter le site web de la société Thalys. On y apprend ainsi que Jonone "approche ce projet de la même manière qu'il approchait le challenge de peindre un train dans les années 1980 à NY" et qu'il loue de ce fait "le courage" de la société de transport ferroviaire ! Seak et Sozyone, quant à eux, sombrent tout à fait dans le lyrisme en affirmant, pour le premier, que "ce projet, c'est comme écrire une page de l'histoire de l'art paneuropéen" (rien moins...) et, pour le second, que "peindre un Thalys, c'est une autre dimension, c'est l'Etoile d'une autre galaxie, d'une autre constellation", enfin bref c'est là une expérience "astronomiquement cool". Zedz, enfin, voit là "une véritable contribution positive, dans les faits, à la discussion sur le statut artistique du graffiti". Où comment une vulgaire campagne de pub se voit comparée sans ambages au subway art des origines, est supposée enrichir la réflexion sur le caractère artistique de la pratique du graff et est considérée comme marquant une étape significative de l'histoire de l'art. Ben tiens !

Non contents de ne pas être foutus de voir la différence qu'il y a entre créer librement et s'exprimer de manière nécessairement élogieuse sur un sujet et dans un cadre imposé, nos amis décorateurs de trains ne se contentent donc pas de louer leurs services, ils vont jusqu'à vendre leur parole quand bien même celle-ci peut être utilisée pour desservir la pratique qui est pourtant censée être la leur. Quand les acteurs d'une contre-culture se font ainsi les fervents laudateurs de leur propre aliénation volontaire, c'est que l'entreprise de domestication de la dite contre-culture n'est déjà plus une menace mais d'ores et déjà un fait.
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jeudi 1 octobre 2009

Entretien avec Jana & JS


Elle est autrichienne, il est français, ils vivent et travaillent ensemble à Salzbourg. En quelques années ils sont parvenu à imposer leur style ("une certaine idée du pochoir polychrome" disent-ils) et leurs thématiques propres : regard sur la ville, regard sur sa population et aussi, voire peut-être surtout, regard sur le regard. A l'occasion de leur actuelle exposition à la galerie Itinerrance (Paris, jusqu'au 21 octobre), Some Cool Stuff vous propose un entretien avec le duo de pochoiristes Jana & JS. Cerise sur le gâteau, le reportage photo sur leur exposition en cours est également signé des deux artistes. Qu'ils soient donc doublement remerciés.

Vous travaillez le pochoir en couple depuis 2006. En faisiez vous déjà séparément avant votre rencontre ? Pourquoi et comment avoir choisi cette méthode ?
JS : J’ai commencé à découper des pochoirs à peu près au moment de notre rencontre en 2003. Jana s’y est mise plus tard, et nous avons travaillé chacun de notre côté pendant une courte période. Quand Jana est venue me rejoindre à Paris nous avons réellement commencé à travailler ensemble.
J’ai découvert le pochoir lorsque nous vivions à Madrid. Il y en avait pas mal sur les murs de la ville. Cette technique m’est tout de suite apparue comme parfaite pour moi.


Vous travaillez en duo. Concrètement, comment est-ce que cela fonctionne ? Y a-t-il répartition des tâches ?
Jana : Au départ il y en avait une. Je travaillais plus sur les portraits et Js sur la thématique urbaine. Mais très vite nous nous sommes mis à traiter tous les deux les mêmes sujets. Il nous arrive maintenant de découper ensembles des pochoirs.

Vous faites partie du collectif WCA créé par Artiste Ouvrier. Vous pouvez nous en dire plus sur ce collectif, sur ce qui vous réunit et ce qui vous a amené à en rejoindre les rangs ?
JS : J’ai été le premier « élève » d’Artiste-Ouvrier, puisqu’il à voulu le collectif comme une sorte d’école du pochoir. Ce qui nous rassemble sont les techniques de découpe et de peinture particulières.
Ce collectif regroupe cinq artistes (Marybel et 6lex en plus d’Artiste-Ouvrier et de nous). Si aujourd’hui les distances nous freinent dans un véritable travail collectif, celui-ci nous permet toutefois de partager la passion du pochoir et de confronter des styles et des thématiques différentes autour d’une technique commune.
La WCA est aussi très liée au collectif ASA (regroupant Dash3ultra, Quasikunst, Anne Pfirsich et Pihro) qu’Artiste-Ouvrier a fondé en Allemagne. A ce sujet, je précise que les neufs membres de ces deux collectifs exposent ensemble leurs travaux à la Galerie Ligne 13 (“WCA ASA - International Stencil Crew”) à partir de ce 1er octobre.


Quelle est cette technique particulière propre au collectif WCA ? C'est possible d'en apprendre un peu plus à ce sujet ?
JS : Nous n'aimons pas trop parler de technique, mais de manière basique on peut dire que la technique WCA repose sur la découpe systématique de deux pochoirs (sans intervention informatique sur l'image d'origine), une part importante de peinture sans pochoir et une approche polychrome.

Depuis 2006, année de votre entrée dans l'univers du pochoir, quelles évolutions avez vous pu observer concernant cette pratique ?
Le pochoir a aujourd'hui une place plus importante dans l’univers de l’art urbain. Il y a de plus en plus d’évènements d’importance, d’expositions collectives ou personnelles en galerie et du coup une visibilité et une reconnaissance plus importante.


Il y a une présence récurrente dans vos créations d'appareils photos ou de photographies comme de fenêtres. Est-ce une manière de mise en abîme, une façon de susciter la réflexion sur ce qui est donné à voir ?
Effectivement, la mise en abîme est un de nos thèmes de prédilection. Notre travail porte en grande partie sur le regard que nous portons sur les choses qui nous entourent et en particulier sur la ville. Cela peut en effet porter à réfléchir la ville et son développement tout comme ce que l’on fait de certains héritages.


Une des critiques les plus souvent prononcées à l'égard du pochoir est que celui-ci ne serait in fine qu'une forme de copie d'un document, d'une image préexistante. Vous travaillez quant à vous à partir de photographies que vous prenez vous-mêmes...
Oui,nous avons la volonté de contrôler totalement nos créations. Le fait d’utiliser nos propres photos fait partie de notre démarche puisque la photographie y a une grande part et répond au besoin d’avoir une relation et une proximité avec les sujets traités.


Il vous arrive d'exposer en extérieur des oeuvres sous forme de collages et non de pochoir à même le mur. Pour quelle raison ?
Le fait de travailler sur papier pour beaucoup de nos œuvres extérieures repose surtout sur le fait que nos travaux nécessitent un certain temps de préparation et que nous ne voulons pas travailler dans la précipitation.


Vous travaillez le plus souvent en extérieur mais participez aussi régulièrement à des expositions collectives ou solo comme actuellement à la galerie Itinerrance. Comment envisagez-vous le travail d'exposition ? Est-ce juste pour vous l'occasion de proposer sur support "prêts à emporter" des créations que vous avez conçues pour l'extérieur ou les créations "indoor" et "outdoor" sont-elles foncièrement différentes ?
Les travaux que nous proposons dans le cadre des expositions sont différents de ceux qui sont dans les rues puisqu’ils sont de fait amputés de tout le contexte urbain. Si nos thématiques sont les mêmes et que nous utilisons souvent les mêmes pochoirs dehors et dedans, nous attachons une grande importance aux supports que nous utilisons. Nous travaillons à intégrer notre peinture à ceux-ci pour que finalement les œuvres exposées aient un intérêt hors de la rue et autre que celui qu’on les mêmes images dans la rue.
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